Le pure-player qui vous sort de votre quotidien

Le 21 Août 2018, 08h44

Olivier Carré, président d’Orléans-Métropole, explique les raisons pour lesquelles la ville se porte bien au niveau de l'immobilier. 

« Orléans n’a jamais connu de crise majeure de l’immobilier. Il y a des villes qui ont connu des grands à-coups dans les périodes d’euphorie et après de gros coups de frein », Olivier Carré. 

IMMOBILIER - Orléans et sa métropole sont, à en croire les professionnels du secteur, de plus en plus attractifs au niveau de l'immobilier. Depuis deux ans, le retard que connaissaient la cite johannique et son agglomération sur sa « grande » rivale Tours est en train d’être progressivement grignoté. Les promoteurs immobiliers investissent davantage à Orléans qu’à Tours de sorte que des programmes immobiliers sortent de terre aux quatre coins de la ville, à la faveur des ZAC - Zone d'aménagement concerté - notamment. À quoi attribuer ce nouveau dynamisme ? Quels moyens dispose l’exécutif municipal pour favoriser la bonne santé de ce marché, voire l’amplifier ? Quels sont les projets à court et moyen terme pour pérenniser cette progression ? Olivier Carré, maire d’Orléans et président d’Orléans-Métropole, répond aux questions de la rédaction d'apostrophe45.

Orléans rattrape son retard sur Tours selon les professionnels de l’immobilier. Comment analysez-vous cet inversement des courbes ? 

 

Olivier Carré. Déjà, le cycle immobilier se déclenche quand il y a de la valeur attendue, et à prendre. C’est le pari que fait tout investisseur : il investit pour la valeur que le bien va garder ou prendre et il importe donc de créer une forme de confiance sur l’avenir qui encourage les personnes à investir sur 20 ans, 25 ans, donc des temps très longs. Et derrière cela, il faut que les gens sentent qu’il y a une vraie dynamique. On pourrait croire que c’est du marketing, que c’est de la com’ mais dans la réalité cela se traduit par le fait que tout le monde regarde les villes qui développent du foncier, qui réalisent des équipements, qui ont une logique. C’est pour cela que ce qui était important pour moi, c’était de montrer la vision à long terme que l’on a sur le projet métropolitain. Outre le fait que ce soit porté par les élus de tous bords ou presque, c’est aussi la marque qu’un territoire s’engage sur un vision longue, et ça c’est quelque chose qui plait beaucoup aux investisseurs pour les raisons que j’ai évoquées.

IMG_8763_0.JPG

« Orléans n’a jamais connu de crise majeure de l’immobilier »

Cette confiance doit s’écrire dans des actes forts, non ? 
Olivier Carré. Oui. Si tout le monde sent qu’il y a une certaine maîtrise du temps, une confiance s’établit puisque, jusqu’à présent, à peu près tout ce que nous avons dit que nous ferions, nous l’avons réalisé. Après, il faut du temps pour tout cela. Nous sommes des gens raisonnables, nous ne voulons pas augmenter les impôts, et ça aussi, c’est déterminant. Bref, tous ces éléments-là forment une sorte d’alchimie. Orléans n’a jamais connu de crise majeure de l’immobilier. Il y a des villes qui ont connu des grands à-coups dans les périodes d’euphorie et après de gros coups de frein. Nous, à Orléans, il y a toujours eu la volonté de maitriser une forme de croissance qui était d’environ 1% par an, c’est la règle que j’avais fixée quand j’étais adjoint à l’urbanisme, et 1%, cela permet d’absorber ce qu’on appelle la décohabitation - ndlr : quand l’enfant d’une famille, devenu adulte, prend un appartement à son nom, soit deux logements pour le même nombre de personnes -, cela n’augmente pas la population mais ça rend nécessaire l’apparition de nouveaux logements, et ça couvre, à peu près, 0,7% de besoins. Et puis après, pour arriver à 1%, c’est ce qu’il est utile d’avoir « en stock » pour qu’il n’y ait pas de pénurie de logements, donc pas de crise immobilière. Quand il y a un développement économique avéré, cela se traduit par le fait que les prix ne s’envolent pas. Le cours de l’immobilier suit alors tranquillement son évolution, compatible avec le pouvoir d’achat des Orléanais. Pour moi, tout cela est très important. Tout cela tricote la confiance que j’ai évoquée. 

« Proposer du foncier régulièrement empêche les emballements spéculatifs »

Ce nouveau statut de métropole, que Tours a également obtenu, a-t-il eu un impact sur cette bonne santé de l’immobilier ? 
Olivier Carré. Oui, il y a un coup de booster. Nous sommes passés métropole l’année dernière, nous avons des finances en bonne santé, nous avons un environnement économique bien plus dynamique qu’il y a ne serait-ce qu’un an ou dix-huit mois, donc ces éléments-là, ajoutés à la visibilité que nous avons sur le territoire, c’est ce qui a fait que des opérations qui étaient mûres se déclenchent et intéressent les investisseurs. C’est plutôt bien. Il y a des éléments conjoncturels qui nous échappent et d’autres que nous nous efforçons de maîtriser. Cette bonne santé est un mélange de tout cela. 

IMG_8757_1.JPG

En tant que collectivité, vous pouvez créer des ZAC - Zone d’aménagement concerté - et donc libérer du foncier. C’est un levier important également, non, pour déclencher des opérations immobilières ?  
Olivier Carré. Oui, proposer du foncier régulièrement empêche les emballements spéculatifs et permet de réguler tranquillement le marché du nombre de logements. Et c’est pour cela que c’est important d’avoir plusieurs ZAC en même temps, soit environ 400 à 500 logements potentiels. Si vous avez quatre zones avec 500 logements, cela représente 7 à 8 ans de promotion devant vous et  pour les  opérateurs, c’est important de savoir qu’ils vont pouvoir travailler tranquillement. Il y a bien sûr un degré d’exigence, mais globalement, nous ne sommes pas une ville qui traque les promoteurs. D’ailleurs, et c’est très utile, nous avons nombre de promoteurs de petits groupes familiaux. Ce sont donc des professionnels très attachés au territoire. Si je prends, par exemple, Sully-Promotion, la famille Le Roy Liberge est très attachée au territoire, c’est utile, et cela les engage à faire de la qualité. Et c’est pareil pour Xaintrailles, et d’autres. Ces groupes, ils existaient au début des années 2000, ils étaient de petits opérateurs locaux, aujourd’hui, ce sont des gens qui travaillent dans la région Centre, la région parisienne, etc. et qui ont donc pris une certaine taille. Ils ne travaillent pas à Orléans par simple opportunité. Et puis, nous avons aussi des grands groupes nationaux, je pense à Nexity, à Bouygues-Immobilier, qui ont décidé, eux, de s’investir vraiment localement sur du long terme et qui ont développé des équipes sur place. Et, vraiment, c’est ce que j’apprécie. 

« Il faut que l’on écoute les riverains qui vont voir arriver un immeuble »

Le dialogue avec les promoteurs et les architectes est-il toujours facile alors que chacun défend ses impératifs ? 
Olivier Carré. Globalement, ça va. Des fois, ça râle un peu, c’est vrai, mais cela se passe bien car ils savent que nous avons la volonté d’avancer. J’ai appris que certaines villes mettaient en place des chartes en obligeant les opérateurs à les signer, moi je n’ai jamais trouvé que c’était une bonne idée. Nous avons des prescriptions réglementaires, c’est déjà la base et puis après, il y a effectivement un dialogue qui s’instaure. L’architecte est parfois tiraillé entre les exigences de la ville et les impératifs économiques du promoteur. Cela nécessite que l’on passe un peu de temps sur chaque dossier et puis il y a un quatrième acteur très important, c’est le voisinage. Il faut que l’on écoute les riverains qui vont voir arriver un immeuble. Il y a deux natures de remarques : de la part de ceux qui sont impactés directement, les futurs voisins, et qui sont naturellement attentifs à des sujets liés à l’ensoleillement, à la vue, etc. ; et puis l’environnement un peu plus large qui lui est attentif aux conditions de circulation, de stationnement, etc. Dans des secteurs très contraints, comme à Saint-Laurent, avec la transformation de la clinique de la Reine-Blanche ou encore la rue des Murlins, ce sont des dossiers sur lesquels nous avons être très à l’écoute des riverains pour trouver des solutions.

Propos recueillis par A. G.