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Le 23 Mai 2018, 07h12

Dans cette tribune, Hélène Mouchard-Zay, fille de Jean Zay, revient sur l’utilisation de la formule « pays réel » par Laurent Wauquiez.

« Laurent Wauquiez, ne peuvent ignorer que pour Maurras « le pays légal », celui des institutions républicaines, est occupé par « quatre États confédérés, juifs, protestants, maçons, métèques »

MISE AU POINT - Dans une déclaration faite après la victoire de deux candidats LR lors d'élections législatives partielles, Laurent Wauquiez, le nouveau patron des Républicains, a employé l’assertion « le pays réel a parlé ». Une formule que l’on doit à Charles Maurras, journaliste et écrivain d’extrême-droite, vichyste notoire et partisan d’un antisémitisme d’État, qui opposait le « pays légal » au « pays réel ».

Or, interrogé sur LCI le 12 février sur l’utilisation de cette formule, Brice Hortefeux, conseiller de Laurent Wauquiez, a revendiqué la référence politique à Maurras. « On assume notre histoire. On ne se cache pas », ainsi déclaré. «La France n'est pas une page blanche. C'est une histoire. Et il faut assumer toute cette histoire. Il faut assumer toute notre histoire », a poursuivi Brice Hortefeux. Pour mémoire, rappelons que la ministre de la Culture Françoise Nyssen a annoncé dans un communiqué, le 28 janvier 2018, avoir demandé le rappel du livre des commémorations nationales 2018 et sa réimpression « après retrait de la référence à Maurras », afin de « lever l'ambiguïté » sur « des malentendus qui sont de nature à diviser la société française ».

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Dans un billet publié sur les réseaux sociaux, dont elle a autorisé la publication sur le site apostrophe45, Hélène Mouchard Zay, fille de Jean Zay, revient sur l’utilisation de cette formule et sur l’héritage politique et idéologique qu’elle véhicule.

« Interrogé sur les propos récents de Laurent Wauquiez reprenant l’opposition maurrassienne entre « pays légal » et « pays réel » , et interpellé sur l’opportunité, pour un responsable politique, d’ainsi se référer à un homme qui n’a cessé d’affirmer ses convictions royalistes, antirépublicaines, nationalistes, antisémites et xénophobes, Brice Hortefeux a déclaré, sans démentir la référence à Maurras : « La France n'est pas une page blanche. C'est une histoire. Et il faut assumer toute cette histoire. Il faut assumer toute notre histoire. » Il poursuit : « On assume notre histoire. On ne se cache pas. On ne la gomme pas. On assume.»

Propos plutôt énigmatiques, qui, venant en défense des propos de Laurent Wauquiez, revendiquent clairement leur inspiration maurrassienne, d’autant plus qu’immédiatement après, Hortefeux dit vouloir « reconstruire une droite qui soit à la fois forte », « une droite populaire », « une droite sociale »

Souhaiterait-il, explicitement cette fois, se mettre, pour cette reconstruction, dans les pas de Maurras, afin sans doute de récupérer les voix du FN qui, lui, n’a jamais renié l’héritage de Maurras ? Il semble le confirmer…

Ils « assument » ?

L’un comme l’autre, et tout particulièrement le « surdiplômé » Laurent Wauquiez, ne peuvent ignorer que pour Maurras « le pays légal », celui des institutions républicaines, est occupé par  « quatre États confédérés, juifs, protestants, maçons, métèques »,  alors que le pays réel, le seul légitime à ses yeux, est celui du travail, de la famille, de la paroisse, de la patrie.

Ils  assument donc …

Ils ne peuvent ignorer les attaques incessantes, tout au long des années 30, du journal de Maurras, l’Action Française, contre la République et le régime parlementaire, contre les Juifs, jugés responsables de la « décadence » du pays.

Ils ne peuvent ignorer les appels au meurtre répétés, par Maurras lui-même, contre Léon Blum, dont l’élimination est pour lui une obsession, et plus généralement contre les hommes du Front populaire, objet d’une détestation absolue. Blum, « un détritus humain à traiter comme tel… C’est un homme à fusiller mais dans le dos » ( 9 avril 1935) ; « C'est en tant que Juif qu'il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum »

Et toujours dans L'Action française, octobre 1939 : « Vous avez quelque part un pistolet automatique, un revolver, ou même un couteau de cuisine ? Cette arme, quelle qu'elle soit, devra servir contre les assassins de la paix dont vous avez la liste. »

Ils ne peuvent ignorer que l’arrivée de Pétain au pouvoir fut saluée par Maurras comme « une divine surprise », car elle allait permettre de se débarrasser de cette République haïe.

Ils assument …

Le 29 septembre 1938, on lit dans l’Action française : « Il faut que nos premières balles soient pour Mandel, Blum et Reynaud… »

Un homme manque, étrangement, dans la liste : c’est Jean Zay qui pourtant réunissait les quatre caractéristiques de ce « pays légal » énoncées plus haut et reprises par Vichy comme représentant « l’anti-France » : juif, franc-maçon, protestant, métèque (car tout juif était par définition un métèque…).

Vichy, lui, n’oubliera pas : Jean Zay sera assassiné le 20 juin 1944 par la milice, et Mendel quelques jours plus tard, le 7 juillet… »

Hélène Mouchard-Zay, fille de Jean Zay