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Le 19 Octobre 2017, 09h21

Dans sa tribune pour apostrophe45, le docteur Jean-Paul Briand alimente le débat sur cette problématique liée à l’indépendance - ou non - de la Catalogne.

«Orléans a signé un pacte de jumelage avec la ville catalane de Tarragona en 1978, précédé d’une charte d’amitié en 1975. Ces liens ne peuvent laisser indifférents les Orléanais vis-à-vis de la Catalogne»

POUR OU CONTRE - Le dimanche 1er octobre dernier, catalanes et catalans ont répondu à la question « Voulez-vous que la Catalogne devienne un État indépendant sous la forme d’une république? ». Quelques 2,3 millions de personnes ont participé au scrutin. Selon Barcelone, avec plus de 2 millions de votes positifs, soit 90 % des voix, le oui a gagné. La Catalogne comptant 5,34 millions d’électeurs, ces chiffres représentent une participation de près de 42,3 %. 

Le premier ministre du gouvernement central espagnol, Mariano Rajoy, a tout fait pour que ce référendum ne se tienne pas et s’est félicité que le déploiement policier ait défendu l’Etat de droit en perturbant la tenue du scrutin. Pour ce faire 10 000 policiers et gardes civils avaient été envoyés pour fermer les bureaux de vote et saisir le matériel électoral parfois avec une violence excessive. Les services de santé auraient soigné près de 900 blessés selon le gouvernement régional de Catalogne. D’après certaines informations, il se pourrait que le nombre de bulletins saisis par la Guardia civil se situe autour de 700 000. Si ce nombre additionnel de suffrages exprimés est exact, le taux de participation s’élèverait alors à 54%. 

Dans son allocution du mardi 3 octobre, le Roi d’Espagne, Felipe VI, n’a pas cherché l’apaisement. Il a bien au contraire durci le ton en dénonçant fermement, mais assez logiquement, l'attitude des séparatistes catalans qui rejettent la royauté et veulent mettre en place une authentique république. Cette volonté républicaine est une constante dans la vie de cette province. Elle fut tragiquement démontrée et réprimée lors de la résistance courageuse du peuple catalan au fascisme durant la guerre civile espagnole de juillet 1936 à avril 1939. 

Que l’on pense que l’actuel gouvernement catalan a imposé son référendum séparatiste hors de tout cadre légal et souhaite l’indépendance pour de mauvaises raisons, ou que le comportement obtus du gouvernement central madrilène, préférant la répression à toutes conciliations, est la cause première de cette volonté de sécession catalane, la vraie question n’est-il pas de savoir s’il existe véritablement un peuple catalan ayant le droit à son autodétermination ? 

La notion de peuple 

Qu’est-ce au juste un peuple ? La notion de peuple a une charge symbolique intense. Suivant le lieu, l’époque, les conséquences redoutées, les objectifs souhaités, chacun peut y aller de sa définition, de sa conception et de son appréciation. Trop souvent la notion de peuple consiste à considérer qu’une partie d’un groupe humain, même si elle est reconnue comme une fraction significative, constitue le tout d’un collectif. Croire qu’une entité, toute homogène qu’elle soit, est le socle d’une communauté entière est fréquemment une fiction utilisée à des fins politiciennes. Néanmoins, deux critères sont traditionnellement avancés afin de définir un peuple et de dépasser les intérêts particuliers : Un peuple serait constitué par des éléments authentifiés et partagés à la fois ethniques, culturels, linguistiques et géographiques d’une part et accompagnés par la volonté commune de vouloir vivre ensemble d’autre part. 

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Jean-Paul Briand.

Malheureusement, l’inclusion dans cette notion de peuple, d'une partie de la population d'un territoire qui détient ces caractéristiques identitaires reconnues, rejette de fait ceux qui, vivant sur le même territoire, ne les ont pas. L’affirmation radicale que seules des particularités distinctives d'une communauté sociale permettent de revendiquer son appartenance à un peuple bien identifié, nie la réalité qu’un peuple peut être parfaitement constitué d’une multitude hétéroclite d’individus vivant en relative harmonie. 

Un dangereux dilemme 

Soit l’on considère que la Catalogne est une composante historique du peuple espagnol, agrégation conflictuelle de communautés disparates, et que l’on juge que la spécificité relative de la province catalane est suffisamment reconnue par son autonomie politique et économique actuelle, alors sa revendication de sécession n’est pas licite, raisonnable, ni acceptable.
Soit l’on reconnaît qu’il existe objectivement des critères identifiés aussi bien géographiques, culturels, ethniques et linguistiques qui démontrent un vrai particularisme catalan, alors il est raisonnable d’accepter que le peuple catalan existe bien en tant que tel. Dans ces conditions son droit démocratique à l’autodétermination doit lui être reconnu. L’Espagne a l’obligation dans ce cas d’accepter la tenue et les résultats du référendum sur l’indépendance catalane. Le Royaume-Uni ne s’est pas opposé au référendum en Écosse, pas plus que le Danemark vis à vis du Groenland ou des îles Féroé et le Canada pour le Québec.
Qui doit trancher ce dangereux dilemme risquant de dégénérer violemment et aux conséquences économiques probablement dommageables ?
Malgré la demande réitérée de médiation de la part des autorités catalanes, les institutions européennes font preuve d’un attentisme embarrassé, décevant, voire irresponsable. Cette timidité de Bruxelles démontre la fragile cohésion de la communauté européenne et sa crainte d’un risque de contagion sécessionniste dans tout l’espace européen. 

Orléans et nos amis Catalans 

Orléans a signé un pacte de jumelage avec la ville catalane de Tarragona en 1978, précédé d’une charte d’amitié en 1975. Ces liens ne peuvent laisser indifférents les Orléanais vis-à-vis de la Catalogne, surtout si les évènements devaient dramatiquement évoluer. Quelle devrait être alors le comportement, la position d’Orléans et de ses élus vis-à-vis de nos amis catalans ?