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Le 22 Janvier 2018, 03h07

Dans cette tribune, Jean-Paul Briand, médecin à la retraite, interroge l'efficacité réelle des Maisons de santé pluridisciplinaires présentées par le gouvernement - comme par nombre d’élus locaux - comme LA solution à la désertification médicale.

«En 2019, il ne restera probablement qu'un seul médecin dans la maison de santé de la Source qui ne prend déjà plus de nouveaux patients», Jean-Paul Briand.

REMÈDE MIRACLE ? Orléans n’échappe pas à la règle. Après celle de La Source, puis celle de l’Argonne, la ville a lancé le projet d’ouvrir une troisième Maison de santé pluridisciplinaire, dans le quartier Saint-Marceau cette fois. Très coûteuses pour la collectivité, ces MSP remplissent-elles réellement et totalement le rôle qui est censé être le leur, à savoir lutter contre la désertification médicale et donc faire venir de nouveaux praticiens sur des territoires qu’ils auraient boudé autrement. Pas si sûr. En tous les cas, les premiers bilans faits à partir des MSP existantes, localement comme nationalement, n’ont semble-t-il pas démontré la réelle efficacité des ces structures. Pour apostrophe45, Jean-Paul Briand livre son analyse sur ce sujet devenu un problème de société central, et en particulier dans le département du Loiret.  

« Le 13 octobre dernier, le Premier ministre, Edouard Philippe, accompagné de sa ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a présenté son plan de lutte contre la « désertification médicale ». Parmi les mesures décidées, le gouvernement prévoit que le nombre de maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) soit doublé sur 5 ans avec une dotation de l’Etat de 400 millions d’euros par an. C’est une fuite en avant avec toujours et encore plus de ces Maisons de santé pluridisciplinaires qui poussent déjà un peu partout, sans vraiment apporter la solution attendue à la « désertification médicale ».

Même si les jeunes médecins ne sont pas des chasseurs de primes, les MSP sont de belles opportunités, voire d’authentiques aubaines financières pour les candidats à l’installation. Force est de constater que malgré les sommes englouties, l’Etat, la Sécurité sociale, les collectivités territoriales, les associations d’usagers, les politiques, ne font aucune réelle évaluation de l’amélioration du service rendu à la collectivité par les MSP.

« Des MSP risquent de rester désespérément vides après quelques années de fonctionnement »

Des MSP risquent de rester désespérément vides après quelques années de fonctionnement. Pour un grand nombre d’entre elles, ces MSP sont, en effet, portées et occupées initialement par des médecins proches de la retraite. La MSP de la Source en est un bien désolant exemple. Le Docteur Guy Bernardie, initiateur du projet de cette MSP, atteint l’âge de la retraite et n’exerce plus qu’à mi-temps. Deux autres médecins devraient partir au printemps 2018. En 2019, il ne restera probablement qu'un seul médecin dans la maison de santé de la Source qui ne prend déjà plus de nouveaux patients.

« Un travail de redéfinition du modèle libéral est devenu incontournable »

Au-delà du réel problème de la pénurie de médecins généralistes en rapport avec la mise en place du numérus clausus, avec l’attirance toujours plus grande pour les spécialités par les étudiants, les contraintes et difficultés du métier de généraliste, la bi-activité des couples, il existe un rejet de plus en plus flagrant pour la pratique libérale. Pour les dernières inscriptions 2016/2017, à l’Ordre des médecins du Loiret, prés de 72% l’ont été en salariat. Il conviendrait donc que nos chers décideurs politiques, avec leurs conseillers tout aussi coûteux, se posent la question de savoir pourquoi l’exercice libéral n’attire plus. Un travail de redéfinition du modèle libéral est devenu incontournable. Avant d’ouvrir cet épineux dossier, il est peut-être temps de simplifier la mise en place de ces maisons médicales, très tendances chez les politiques.

« Un pari à tenter »

Créer un simple cabinet médical comprenant un parking, une salle d’attente, un secrétariat, un WC handicapé, un local d’archivage et de simples bureaux de consultations. Proposer ce local à des professionnels de santé salariés en contrats à durée déterminée (CDD), avec une rémunération vraiment attractive, serait une solution tenant compte des desiderata actuels des professionnels de santé. De plus, si ces cabinets médicaux pouvaient associer cinq généralistes, permettant ainsi une permanence des soins plus aisée, avec une sage-femme et un pédiatre, l’ensemble des soins de premières lignes seraient ainsi réalisés. A la fin du CDD, de trois ans par exemple, soit le professionnel souhaite partir avec son pécule, soit rassuré et ayant goûté une certaine qualité de vie, il s’installera probablement sur place en libéral. C’est un pari à tenter localement.

« La désertification n’est pas uniquement médicale »

Mais avant d’attirer matériellement des médecins, il convient que le lieu soit attractif, car la désertification n’est pas uniquement médicale. Certains territoires cumulent un ensemble de fragilités et de manque d’attractivité en rapport avec des contextes sanitaire et social difficiles, une raréfaction des services administratifs et des commerces, un manque d’intérêts culturel et environnemental, de faibles possibilités d’emplois pour un(e) conjoint(e), une offre en logements limitée, une insécurité réelle ou ressentie, un retard numérique,… On pourra y construire de belles maisons médicales mais encore faut-il des médecins qui acceptent pour venir les remplir. Pour ces territoires abandonnés, seule une politique volontariste d’aménagements pourra contrecarrer efficacement leur dénuement médical. 

D’autres territoires ne souffrent pas de tous ces maux et ont de très nombreux atouts. Pourtant ils n’attirent pas. Pour ces lieux, on peut imaginer que la solution passe par la promotion et le combat pour une plus grande attractivité… Un CHU à Orléans tel qu’il est demandé dans la pétition initiée par CitLab, par exemple ? »