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Le 20 Septembre 2018, 02h46

Jean-Paul Briand publie cette tribune qui rappelle l'engagement de MLK pour la défense des droits civiques des noirs américains et pas seulement.

« La violence n’est pas un moyen parmi d’autres d’atteindre la fin, mais le choix délibéré d’atteindre la fin par n’importe quel moyen », Jean-Paul Sartre. 

TRIBUNE - Par Jean-Paul Briand. « Il y a 50 ans, le 4 avril 1968, alors qu'il se tient au balcon du premier étage du Lorraine Motel, dans la ville de Memphis (Tennessee), où il séjourne avec ses partisans, Martin Luther King (MLK), âgé de 39 ans, est tué par un tireur isolé blanc. MLK était venu à Memphis afin de soutenir une grève des éboueurs de la ville.

 

Un prédicateur parti en croisade

Tout le monde se souvient du sermon de MLK, du 28 aout 1963, au Lincoln Mémorial à Washington, devant plus de 200.000 personnes. Avec son art oratoire lyrique unique, il y dénonçait la ségrégation raciale dont étaient victimes les noirs américains. King termina son discours par une péroraison prophétique qui restera à jamais célèbre dans laquelle il reprend à sept reprises : « I have a dream ».

Son engagement ne s’arrêtait pas à la défense des droits civiques des noirs américains. Il critiqua le soutien du gouvernement américain aux dictatures d’Amérique latine. Il dénonça l’engagement des Etats-Unis au Vietnam après la défaite de la France dans la reconquête de sa colonie. Ses discours, à l’exceptionnelle puissance émotionnelle, étaient toujours ceux d’un prédicateur parti en croisade pour la démocratie, contre la pauvreté, le militarisme et le racisme où qu’ils sévissent. « Je parle comme un enfant de Dieu et comme le frère des pauvres qui souffrent au Vietnam /…/Je m’exprime en tant que citoyen du monde », prêchait MLK le 4 avril 1967 dans l’église Riverside de New-York.

King était combattu par une partie de la société noire américaine

Malgré son succès avec l'adoption, en juillet 1964, du Civil Rights Act, loi autorisant le gouvernement fédéral à faire appliquer l'abolition de la ségrégation dans les logements publics et à interdire la discrimination dans les lieux publics et les entreprises, King était combattu par une partie de la société noire américaine. « Un homme fort doit être énergique autant que modéré », préconisait MLK mais de nombreux jeunes noirs radicaux critiquaient cette prudence excessive et le brocardaient même en public. Portée par le Black Power, une nouvelle forme d’activisme, avec à sa tête le prêcheur musulman afro-américain Malcolm X, prône le repli identitaire et le séparatisme noir. Malcom X refuse la méthode que MLK a choisie. Avec ses partisans, il préconise l’affrontement direct et violent vis-à-vis des blancs.

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Martin Luther King, un orateur hors pair (Photo. DR)

Un des grands promoteurs  de la lutte non-violente

Afin de lutter contre la ségrégation raciale aux États-Unis, le célèbre pasteur baptiste noir américain, admirateur du Mahatma Gandhi, avait choisi la non-violence pour faire aboutir ses justes revendications. MLK obtient à ce titre le prix Nobel de la paix en 1964. King a voulu montré la force qui pouvait être tirer d’une lutte collective qui ne soit pas basée sur la haine ou la vengeance. « L'action directe non violente vise à créer un état de crise et une tension suffisante pour obliger à négocier une communauté qui s'y est toujours refusée », expliquait MLK. Par la force de sa personnalité charismatique, MLK a permis que la ségrégation raciale aux Etats-Unis diminue. Il fut également un des nouveaux grands promoteurs  de la lutte non-violente. Cette dimension non-violente fut essentielle tout au long de sa vie et a imprégné toutes les actions qu’il a entreprises. MLK a réussi à rallier à cette forme de lutte des milliers d’hommes et de femmes.

La non-violence fait souvent référence à une tradition religieuse

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Martin Luther King et Malcom X, le 26 mars 1964. (Photo. DR)

Avec Gandhi, Martin Luther King symbolise la non-violence, qui est différente du pacifisme et de la résistance passive. En effet, il n’est pas possible de qualifier de « passives » des actions dans lesquelles, sous certains régimes politiques, leurs initiateurs prennent parfois des risques extrêmes. Le choix n'est pas alors entre violence et non-violence mais entre action non violente et passivité. La non-violence promeut une attitude de respect de l'autre dans le conflit. Souvent utilisée pour combattre les injustices, elle est construite sur un rapport de forces qui met en œuvre des moyens de pression économique, politique ou culturelle. La non-violence fait souvent référence à une tradition religieuse pour des motifs de conscience. Même si il n’y a guère de musulmans qui aient vu dans leur foi une invitation à exclure toute violence, Mahmoud Taha, « le Gandhi soudanais », a proposé une interprétation du Coran relativisant tous les textes qui justifient la violence, la discrimination envers les femmes et les non-musulmans.

Le principe même de la démocratie devrait être celui de la non-violence

Si l’article 35 de la Déclaration Française des Droits de l’Homme et du Citoyen du 24 juin 1793 stipule que « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs », rappelons que le principe même de la démocratie devrait être celui de la non-violence. Malheureusement trop de leaders gouvernementaux, sans doute dépourvus d'éthique politique, considèrent que la fin justifie tous les moyens, y compris les plus violents. « La violence n’est pas un moyen parmi d’autres d’atteindre la fin, mais le choix délibéré d’atteindre la fin par n’importe quel moyen », affirmait, pour sa part, Jean-Paul Sartre.  

(*) Jean-Paul Briand est un médecin à la retraite, ancien conseiller municipal d'opposition après la défaitre de Jean-Pierre (PS) en 2001, aujourd'hui citoyen engagé et impliqué dans la vie d'Orléans et notamment au sein de CitLab, un collectif de citoyens de la métropole orléanaise.