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Le 21 Août 2018, 08h43

À l'occasion de la journée internationale du livre, Jean-Paul Briand interroge les conséquences de l'immatérialité du livre digital. 

« En dépit des craintes, l’étude montre que le danger des écrits électroniques reste très limité », Jean-Paul Briand. 

TRIBUNE - Par Jean-Paul Briand (*). Comme chaque année, le 23 avril, a lieu la journée internationale du livre, jour anniversaire de la mort de William Shakespeare, l’un des plus illustres écrivains, dramaturges et poètes de la culture occidentale, mais aussi date de la disparition du grand Miguel Cervantes.

« Le livre est devenu immatériel »

Le livre en papier était jusqu’à présent l’outil le plus efficace de diffusion et de préservation du savoir, de la connaissance et d’une grande partie du patrimoine culturel de l’humanité. Objet palpable, tangible et concret, il nous donnait une sensation physique souvent agréable. Respecté et parfois même sacralisé par les anciennes générations, le livre papier devient-il un support suranné, incommode voire inutile ? L’édition numérique a-t-elle vocation à se substituer au papier ? Devons-nous avoir la nostalgie de ceux qui pensent que le livre serait déjà mort ? Les bibliothèques remplies de volumes aux formats composites et inégaux seront-elles toutes remplacées par des serveurs informatiques ? Hier, il y avait une différence immédiatement identifiable entre le livre, l’encyclopédie, le journal, la lettre, la revue. Aujourd’hui, l’objet-livre se métamorphose sous l’influence d’Internet et devient un ordinateur, une tablette ou un smartphone, tous vecteurs mobiles anonymes des textes. Numérique, le livre est devenu immatériel et virtuel.

« Notre relation au livre est en train d’être transformée »

Au fil du temps, le livre a énormément évolué dans sa forme. Initialement réservé à une élite lettrée, les conditions techniques de reproduction des textes ont permis que le livre se propage progressivement dans toute la population. Qu’il soit une copie manuscrite, une impression mécanique moderne, l’œuvre intellectuelle, le discours, le texte lu appartenaient toujours à son auteur et le livre manufacturé à celui qui l’avait acquis. Avec le numérique, notre relation au livre est en train d’être transformée. L’objet-livre dématérialisé n’existe plus. Le récit, l’œuvre littéraire, la narration demeurent seuls. Le numérique permet de passer de la bibliothèque individuelle à une bibliothèque mondiale. Déjà la Bibliothèque nationale de France (BNF) avec Gallica et Google ont amorcé ce travail de numérisation et de divulgation internationale. N’est-ce pas là, les signes annonçant la mort des bibliothèques vivantes, lieu de recherches, de consultations et d’échanges. Ces endroits deviendront-ils bientôt uniquement des conservatoires climatisés, aseptisés, déshumanisés, des coffres forts virtuels, fichiers de la pensée universelle et de la culture écrite au fil des siècle ?

« La lecture est une acquisition difficile »

Quelle qu’en soit sa forme, tout livre a besoin, pour authentiquement exister, d’être lu. Or la lecture n’est possible qu’avec une maîtrise correcte du déchiffrage et du sens des signes symboliques constituant l’écriture. La lecture nécessite un acquis individuel préalable obtenu par un apprentissage, habituellement scolaire. L’entraînement facilitera la compréhension rapide de textes complexes car c’est l’acte même de la lecture qui la renforce. La lecture à haute voix, proche de la parole, est donc plus facile de compréhension. Elle mobilise des zones cérébrales différentes de la lecture silencieuse qui oblige d’intérioriser le texte afin d’en saisir tout le sens. Le langage nous vient naturellement et progressivement dès la naissance en interaction avec notre entourage, lorsque nous sommes exposés à la parole. La lecture est une acquisition beaucoup plus difficile. Entre 5 et 10 % d’enfants rencontrent des difficultés importantes au cours de l’apprentissage de la lecture. Ce pourcentage peut atteindre 30% si on prend en compte les enfants qui rencontrent des difficultés pour d’autres raisons (milieu socio-économique défavorisé, troubles du langage oral, troubles d’apprentissage non spécifique, déficits attentionnels). La lecture comme l’écriture sont des apprentissages. Ce sont des activités cognitives non innées et récentes dans l’histoire de l’humanité, probablement apparues en Mésopotamie à la fin du IVe millénaire av. J.‑C.

« L’écriture immortalise la parole et la pensée »

Si, comme la lecture, l’écriture était anciennement réservée à une élite, elle l’est restée plus longtemps. L’écriture permet aux individus de communiquer, de transmettre leurs pensées, leurs visions du monde. C’est donc un vecteur de socialisation. L’écriture immortalise la parole et la pensée. Elle donne consistance aux idées. Bien maîtrisée, l’écriture permet de structurer, d’organiser, de préciser et de transmettre intelligiblement son raisonnement, sa pensée, son discours. Initialement scolaire, l’écriture devient très vite extra scolaire participant ainsi à l’insertion professionnelle, à la vie citoyenne et aux échanges culturels. L’écriture est donc un des facteurs indispensables et prépondérants à l’intégration et la réussite sociale de chaque individu.

« L’écran gagne irrésistiblement du terrain »

Dans son dernier rapport, « Ecrire & Rédiger », le Conseil national d’évaluation du système scolaire français (CNESCO) fait état d’une étude qui a cherché à connaître les effets de l’écriture de SMS. Cette enquête, sur 479 collégiens de 3ème, a permis « de mesurer, au-delà du discours ambiant, les effets réels de l’écriture électronique sur la variété standard et en particulier sur l’orthographe ». En dépit des craintes, l’étude montre que le danger des écrits électroniques reste très limité. Qu’on le veuille ou non, l’écran gagne irrésistiblement du terrain. Les nouveaux lecteurs et écrivains sont désormais adeptes des nouvelles technologies. Pour les jeunes générations, Internet est la voie d’accès prioritaire au savoir et à l’écrit. L’école s’équipe en matériel informatique et forme aux nouvelles technologies numériques. Manuels scolaires, apprentissage de la lecture et de l’écriture seront numériques.

À quand une médiathèque entièrement numérique accessible par tous les habitants d’Orléans métropole depuis leur domicile ?

(*) Jean-Paul Briand est un médecin à la retraite, ancien conseiller municipal d'opposition à Orléans après la défaite de Jean-Pierre Sueur (PS) en 2001, aujourd'hui citoyen engagé et impliqué dans la vie d'Orléans et notamment au sein de CitLab, un collectif de citoyens de la métropole orléanaise.