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Le 19 Octobre 2017, 09h13

Dans sa tribune, le docteur Jean-Paul Briand brise le tabou de la vieillesse, des premiers signes de fatigue et de la prise en charge par la collectivité. Une problématique de société.

«Que faire dès que les choses se compliquent avec les ans et que notre chère Sécu a commencé à investir dans notre vieille carcasse ? Faut-il espérer un retour sur investissement en continuant son parcours de vie ou arrêter abruptement les frais, au sens strict du terme ? Faut-il éliminer tous les vieux qui commencent à coûter et appliquer la célèbre formule de Boris Vian : « Les vieux, il faudrait les tuer dès la naissance » ?»

SANTÉ - « La vieillesse est un décès par petits morceaux » (Albert Cohen). Les années passent inexorablement. Je vieillis. Déjà ma mémoire, pourtant particulièrement entraînée, commence à me trahir. Pour la première fois, j’ai dû faire appel à de jeunes confrères afin qu’ils vérifient puis réparent, in situ, ma tuyauterie coronarienne. Je suis désormais obligé de consommer, matin et soir, ces médicaments que j’ai moi-même ordonnés, souvent avec réserve, pendant mes années d’exercice médical. Par délicatesse et par amour-propre, je ne vais pas aller plus loin dans la description de toutes ces marques inconfortables et délétères du passage des ans. Comme le poète Albert Cohen nous le pronostique lucidement et férocement, « la vieillesse est un décès par petits morceaux ». J’ai donc, pour la première fois, occasionné personnellement des frais pour ma santé, auprès de la Sécurité Sociale. 

«Décéder brutalement ou vivre en bonne santé»

En 1982, l’inénarrable Jacques Attali expliquait dans le livre “L’Avenir de la vie” : « Dès qu’il dépasse 60/65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte cher à la société. Je crois que dans la logique même de la société industrielle, l’objectif ne va plus être d’allonger l’espérance de vie, mais de faire en sorte qu’à l’intérieur même d’une vie déterminée, l’homme vive le mieux possible mais de telle sorte que les dépenses de santé soient les plus réduites possible, en termes de coût pour la collectivité. Il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement plutôt qu’elle se détériore progressivement. L’euthanasie sera un instrument essentiel de nos sociétés futures ». L’objectif déclaré est donc de décéder brutalement mais, si l’on doit vivre vieux, autant être en bonne santé le plus longtemps possible, afin d’occasionner le minimum de dépenses pour la collectivité.

« Les vieux, il faudrait les tuer à la naissance » (Boris Vian)

Que faire dès que les choses se compliquent avec les ans et que notre chère Sécu a commencé à investir dans notre vieille carcasse ? Faut-il espérer un retour sur investissement en continuant son parcours de vie ou arrêter abruptement les frais, au sens strict du terme ? Faut-il éliminer tous les vieux qui commencent à coûter et appliquer la célèbre formule de Boris Vian : « Les vieux, il faudrait les tuer dès la naissance » ?
Autrement dit, d’une façon moins tranchante et abrupte, dans notre société libérale, la prise en compte de la dimension économique du vieillissement est devenue désormais prioritaire. En effet, compte-tenu de l’évolution démographique, si les années supplémentaires de vie sont dominées par une diminution rapide des capacités physiques et intellectuelles, les implications financières pour les personnes âgées, et surtout pour la collectivité, seront bien plus négatives.
Ainsi, sur sa feuille de route, notre Ministre de la santé, Agnès Buzyn, a confirmé la nécessité d’une réflexion pour la réduction de la charge de la dépendance. Son objectif est de faire en sorte que le seuil de la dépendance recule et se déroule dans de bonnes conditions de santé. Ceci évitera que la perte d’autonomie débouche trop rapidement vers la grande dépendance particulièrement ruineuse. Il y a là, non seulement un défi médical et social mais surtout financier. 

Les premiers baby-boomers ont atteint l’âge de 60 ans à partir des années 2005-2006 et ont une espérance de vie d’environ 23 ans pour les hommes et de 25 ans pour les femmes. La pyramide des âges de la population française évolue vers une augmentation de la proportion des plus de 80 ans qui va tripler d’ici les années 2050. 

«Il faut investir dans le bien-vieillir»

Au delà du préoccupant problème de financement des retraites, et pour des raisons trivialement économiques, il faut investir sans délais dans le bien-vieillir.
Il est à noter que, le 19 juin dernier, le Réseau Mondial OMS des Villes et des Communautés Amies des Aînés a fait de Paris son 500ème membre. 

Le maire de Paris, Anne Hidalgo, a officialisé son engagement à faire de Paris une ville où les environnements seront pensés de façon à ce qu’ils soient plus particulièrement accueillants pour les personnes âgées...
Si l’on décide de sauvegarder les anciens, y aura-t-il alors plus de bancs et de vespasiennes dans notre bonne ville pour les vieux orléanais ? »

Dr. Jean-Paul Briand