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Le 19 Octobre 2018, 17h46

Gérald Dumont présente mercredi, à Orléans, son spectacle « Lettre aux escrocs de l'islamophobie », d'après le livre posthume de Charb. Entretien. 

Le spectacle est présenté mercredi 14 mars, à 20 heures, à la Maison des arts de la culture dans le quartier Saint-Marceau, à Orléans. Pour des raisons de sécurité, il n'est accessible que sur réservation. 

SPECTACLE - Le 7 janvier 2015, une attaque terroriste décimait la rédaction de Charlie Hebdo. Parmi les douze victimes, Charb, le directeur de la publication du journal satirique, qui venait de mettre le point final, deux jours plus tôt, à un livre intitulé « Lettre aux escrocs de l'islamophobie qui font le jeu des racistes ». De cet ouvrage publié à titre posthume est né un spectacle, joué et mis en scène par Gérald Dumont, et qui sera présenté mercredi 14 mars, à 20 heures, à la Maison des arts de la culture dans le quartier Saint-Marceau, à Orléans. Une représentation qui n’est accessible que sur réservation et qui sera entourée de mesures de sécurité importantes compte tenu du contexte terroriste. 24 heures avant de monter sur scène, Gérald Dumont a accepté de répondre à quelques questions de la rédaction. 

apostrophe45. A-t-il été facile d’organiser ce spectacle à Orléans alors que certaines municipalités ont refusé de l’accueillir eu égard au sujet traité ? 
Gérald Dumont. Ce n’est pas moi qui suis à l’initiative de cette organisation. Mais d’une manière générale, c’est difficile parfois de savoir pourquoi une mairie refuse le spectacle et on ne peut pas toujours mettre cela sur le compte du spectacle lui-même. Par contre, quand il est programmé et qu’il est ensuite annulé, là, évidemment, ça ne passe pas inaperçu. Mais cela n’arrive plus. On a réagi aux annulations dans Charlie Hebdo, ça la foutait mal alors pour les mairies en question, et depuis nous n’avons plus eu ce problème-là. C’est un spectacle différent qui engage de la sécurité puisqu’il est perçu comme étant clivant, alors qu’il ne l’est pas. 

« C’est une réaction au 7 janvier bien sûr, et puis surtout à ce qui s’est passé après »

apostrophe45. Comment est née cette envie de mettre en scène le livre posthume de Charb ?
Gérald Dumont.  C’est une réaction au 7 janvier bien sûr, et puis surtout à ce qui s’est passé après. Les « oui mais », les « ils l’ont quand même bien cherché », etc. C’était insupportable. J’avais l’impression qu’on crachait sur leur tombe. 

apostrophe45. Ce spectacle réaffirme la liberté de la presse, et plus encore celle de la caricature. C’est ainsi que vous le concevez?
Gérald Dumont. Oui, on a le droit de critiquer les religions, la caricature n’est pas un crime, c’est un droit qu’il faut exercer, qui existe en France depuis 200 ans, et quelle chance nous avons !  

apostrophe45. Il n’est pas question que de cela dans ce spectacle. 
Gérald Dumont. Non, il est question aussi du rapport à la presse. Quand on voit les couvertures des magazines sur l'islam systématiquement avec des femmes voilées et des barbus, c’est toujours cet islam radical qui est mis en avant. Il est question aussi des cathos intégristes qui sont opposés à la loi 1905, des intégristes juifs. En fait, le spectacle est un peu un condensé de Charlie Hebdo. C’est un spectacle qui s’adresse d’ailleurs peut-être aux jeunes d’abord, il y a de la vidéo, des images, c’est ludique. Et dès que l’on peut mettre un pied dans un lycée pour le présenter, on le fait !  

« C’était bien vu d’être avec des associations communautaristes parce que ça fait des voix supplémentaires»

apostrophe45. Que reste-t-il aujourd’hui du « Je suis Charlie » d’après les attentats ? 
Gérald Dumont. On avait besoin de cette grande manif du 11 janvier, et cette cohésion nationale était très importante. Mais « Je suis Charlie » ne veut plus rien dire maintenant. C’est un slogan qui a été détourné et une partie de la gauche en est, à mon avis responsable.  

apostrophe45. Pourquoi dites-vous cela ? 
Gérald Dumont. Des choses n’ont pas été dites et, pour des raisons électoralistes, c’était bien vu d’être avec des associations communautaristes parce que ça fait des voix supplémentaires. Cette gauche anti-raciste défendait des associations qui versaient dans un islam radical. On s’en est rendu compte quand on joué le spectacle à l’université Paris VII- Denis Diderot et qu’un syndicat étudiant a appelé à l’annulation du spectacle. C’était d’ailleurs des gens qui n’avaient pas lu le livre. C’est dur à dire pour quelqu’un de gauche comme moi, mais j’ai été davantage soutenu par des gens de droite que par des gens de gauche. C’est un peu terrible, mais c’est comme ça. 

apostrophe45. Est-ce qu’il n’y pas eu, aussi, une forme d’incompréhension chez de nombreuses personnes qui ont soutenu Charlie Hebdo en se disant que la ligne éditoriale de la revue allait finalement changer, s’amender, s’adoucir d’une certaine manière et qui ont été à nouveau choquées par certaines Unes ? 
Gérald Dumont. Il n’y a pas un journal qui est scruté avec la même attention que Charlie Hebdo, pas un, sinon il ne tiendrait pas ! Le moindre petit dessin fait le tour de la planète et peut être interprété de manière différente. On ne peut  pas s’arrêter parce qu’au Pakistan, un dessin n’a pas plu. Après, comme dans toute publication, il y a des dessins qui sont moins bons que d’autres, des éditos qui sont moins bons que d’autres, c’est comme dans toutes les rédactions, sauf que c’est encore plus compliqué de travailler dans une rédaction qui est devenue un bunker.

Propos recueillis par Anthony Gautier.