Le pure-player qui vous sort de votre quotidien

Le 24 Novembre 2017, 08h25

Le Département devra sans doute accueillir de nombreux mineurs isolés avec l'ouverture des zones tampons en Italie. Mais les moyens manquent. 

Actuellement, 298 mineurs isolés sont pris en charge dans le Loiret, dont 22 filles et 276 garçons. La grande majorité de ces jeunes viennent de Côte d’Ivoire (64), de Guinée (91), du Mali (48), les autres ayant fui l’Afghanistan, l’Albanie, l’Angola, le Congo ou encore le Pakistan.

EFFET PAPILLON - Trouver des réponses à l’échelle locale à des problèmes d’ordre international : le Département du Loiret fait face actuellement à cet enjeu avec l’arrivée de plus en plus importante de mineurs qui fuient leur pays dans l’espoir de trouver en France les moyens d’entamer, ou de poursuivre, une scolarité et donc de se construire une vie future décente. Dans le jargon juridico-administratif, on les appelles les MNA, acronyme de Mineurs non accompagnés. 

« Leur nombre peut doubler d’ici quelques semaines avec l’ouverture des zones tampons en Italie »

« Leur nombre peut doubler d’ici quelques semaines avec l’ouverture des zones tampons en Italie. Et quand elles vont s’ouvrir avec la fin de l’état d’urgence et le contrôle aux frontières, le nombre de mineurs à accueillir peut devenir encore plus important. Un phénomène conjoncturel devient structurel et les réponses que le Département peut apporter ne suffisent plus », prévient Alexandrine Leclerc, présidente de la commission de l’enfance pour le Département du Loiret.

Actuellement, 298 mineurs isolés sont pris en charge dans le Loiret, dont 22 filles et 276 garçons. La grande majorité de ces jeunes viennent de Côte d’Ivoire (64), de Guinée (91), du Mali (48), les autres ayant fui l’Afghanistan, l’Albanie, l’Angola, le Congo ou encore le Pakistan. « Chaque pays a ses départements, donc ses filières manifestement », note au passage Olivier Coindeau, directeur Enfance-Famille au Conseil départemental.  

Or, sur ces 298 mineurs isolés pris en charge par le Département, 228 sont hébergés dans des hôtels, soit l’écrasante majorité. Une « solution » par défaut, aucunement satisfaisante du moins dans ces proportions-là, mais qui répond à la saturation des autres structures, et notamment à la Maison de l’enfance dont le personnel avait justement entamé un mouvement de grève pour protester contre un manque de moyens et de places. Aujourd’hui, le nombre d’enfants accueillis en Maison de l’enfance est redescendu à 41, conformément aux réelles capacités d'accueil. 

En décembre 2014, 84 mineurs isolés étaient accueillis dans le Loiret, contre 192 en 2016 et donc 298 cette année

« En temps normal, il nous fallait cinq jours pour évaluer la majorité ou la minorité du jeune qui arrive et pour définir s’il était vraiment seul. Avec l’arrivée de plus en plus importante de ces jeunes à partir de mai dernier, le système s’est embolisé et il a bien fallu les mettre à l’abri le temps que l’on organise des effectifs supplémentaires pour que ces évaluations soient plus rapides », souligne Alexandrine Leclerc. En décembre 2014, 84 mineurs isolés étaient accueillis dans le Loiret, contre 192 en 2016 et donc 298 cette année. Et les dotations de l’État pour faire face à cette augmentation très significative n’ont, elles, pas augmenté. Loin s’en faut. Le Département a donc voté, en juin dernier, une rallonge de 2,8 millions d’euros au budget déjà conséquent de 6 millions pour assurer cette prise en charge. « C’est une hausse de 50% sans aucune compensation de l’État  et sur une politique que l’on ne maitrise pas », commentait Olivier Geffroy, conseiller départemental et rapporteur général du budget.

Toute la journée du mercredi 8 novembre a été consacrée, au sein de l’Hôtel du Département, à une très large concertation et à des nombreux échanges entre tous les acteurs qui œuvrent à la prise en charge -sociale, éducative, juridique, sanitaire, etc.- de ces jeunes fin, notamment, de gagner en cohésion et en efficacité. « Sur le sujet de la scolarisation, nous avons aussi un déficit de places pour trouver des formations et la plupart des structures sont à Orléans ce qui pose un problème de concentration qu’il faut gérer », argue Olivier Coindeau. Reste que si les questions d’alphabétisation et de parcours scolaires sont évidemment cruciales, celles liées à l’hébergement et aux moyens qui y sont alloués restent naturellement prioritaires. Et là, les solutions manquent également. 

« On est face à une pression internationale, on peut à notre niveau faire des choses bien sûr, mais vous comprenez que l’on ne peut pas tout anticiper»

« On est face à une pression internationale, on peut à notre niveau faire des choses bien sûr, mais vous comprenez que l’on ne peut pas tout anticiper. L’État l’a quand même entendu. On ne va pas mettre en place des usines à gaz que l’on n’aura pas les moyens de gérer ensuite. On veut être pragmatique et agir en fonction de l’évolution de la situation », poursuit Olivier Coindeau. Une manière de dire une certaine forme d’impuissance face à un phénomène migratoire dont nul ne semble en mesure de prévoir l’ampleur. « On va s’adapter au fil des mois », lâche Alexandrine Leclerc. Rappelons que le Département avait décidé, avant l’été, de débloquer une bourse de 50.000 euros destinée à récompenser le parcours exemplaire d’un certain nombre de ces mineurs. « Ils ne posent aucun problème de comportement et sont tous très désireux d'apprendre le français et d'entamer une formation », souligne l'élue. Une dizaine d’entre eux pourraient en être les lauréats d’ici quelques mois. « On s’est réuni pour définir les critères et on regarde les dossiers. Nous sommes partis sur le principe de délivrer jusqu’à dix bourses par an », complète Alexandrine Leclerc. Et l’arrivée probable de nombreux mineurs isolés dans les semaines qui viennent ne remettra pas en cause ce coup de pouce financier basé sur le mérite de chacun. 

Anthony Gautier.