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Le 27 Mai 2018, 16h41

La présidente nationale de SOS Racisme souhaiterait que la mairie d'Orléans s'oppose à la venue de l'humoriste le 11 janvier. 

« Quand on fait de la politique, on doit savoir que Dieudonné a présenté des listes antisionnistes, on doit savoir qu'il a été condamné pour antisémitisme »

Résumé: 

RACISME. Agée de  29 ans, Cindy Léoni est présidente de l'association SOS racisme depuis juillet 2012. Le mois dernier, elle a gagné son procès contre Dieudonné qui avait porté plainte contre elle après qu'elle eut dit qu'il ne « faisait plus rire personne ». Entretien avec une jeune femme militante, Brignolaise de surcroît, et qui lutte contre la propagation des idées de l'extrême droite. (Photo : Huffington Post)

 

apostrophe45. Un militant UMP orléanais crée la polémique ce week-end en reprenant la gestuelle de Dieudonné. Un humoriste que vous connaissez bien pour avoir été en justice face à lui.   
Cindy Léoni (présidente de l'association SOS Racisme). On sait bien toute la signification que Dieudonné met dans ce geste. Évidemment que ce n'est pas un geste tolérable. Maintenant la vraie question qu'il faut se poser concerne la propagation d'une espèce de « Dieudonnite » dans la jeunesse qui reprend son idéologie et ses codes. Alors, il y a peut-être un petit conseil à donner à ces jeunes qui sont manifestement des jeunes de droite. Quand on s'engage en politique, on se doit d'être irréprochable, c'est le premier élément. Le deuxième, il faut rappeler que Dieudonné appartient à une nébuleuse, à une nébuleuse de l'extrême droite dont la boussole est le Front national. Et quand on fait de la politique, on doit savoir aussi que Dieudonné a présenté des listes antisionnistes (ndlr : il a été candidat aux dernières législatives sous les couleurs du Parti antisioniste à Dreux), on doit savoir qu'il a été condamné pour antisémitisme, on doit savoir qu'il y a des liens entre Dieudonné, Soral, les Le Pen et d'autres encore. J'espère que ces jeunes pèchent seulement par naïveté mal placée. 

apostrophe45. Doit-on lui interdire de venir au Zenith d'Orléans le 11 janvier prochain ? 
Cindy Léoni. Dieudonné, dans chacun de ses spectacles, fait chanter à son public « Shoananas », chanson pour laquelle il a été condamné. Il a peut-être fait appel mais il a été condamné. C'est d'ailleurs ce qui a valu qu'il me poursuive puisqu'à l'issue de la condamnation, l'année dernière, j'ai eu le malheur de dire à l'AFP que Dieudonné ne faisait rire personne. Ce que je comprends, c'est que lorsqu'on attaque Dieudonné sur le terrain de l'antisémitisme, cela lui fait ni chaud ni froid, mais, par contre, quand on le traite de mauvais humoriste, alors là monsieur est vexé. « Shoananas » est une chanson de haine, de haine antisémite, à partir du moment où il continue à distiller cette haine antisémite au sein de ses spectacles, qu'il continue de faire chanter ces chansons-là, ce n'est pas un humoriste, c'est quelqu'un qui tient des meetings politiques sous couvert de spectacle et de show. Il faut donc prendre la mesure de l'escroquerie Dieudonné. 

apostrophe45. Donc de l'interdire... 
Cindy Léoni. Oui. 

« Tout l'état major du FN était là, il ne manquait plus que Philippot pour que la photo de famille soit complète »

apostrophe45. Vous êtres originaire de Brignoles. De Dieudonné à l'extrême droite, il n'y a pas beaucoup de chemin à faire. Et même si ce n'est qu'une élection cantonale partielle, y voyez-vous une annonce funeste de ce qui menace la France républicaine en mars prochain ? 
Cindy Léoni. Il faut remettre les choses à leur place. C'était la troisième fois que les électeurs étaient appelés à voter pour une cantonale partielle. A partir du moment où on en vient à voter pour la troisième fois, c'est que les deux fois précédentes les élections ont été invalidées par le tribunal administratif car entachées de soupçons de fraude. C'est donc une crise démocratique à laquelle nous devons faire face. C'est d'abord une défaite de la gauche et de la droite qui les renvoie à leurs propres responsabilités plutôt qu'à une victoire idéologique du Front national. 

apostrophe45. Vous étiez sur place dimanche ?
Cindy Léoni. Oui, j'ai passé la journée à Brignoles. C'est ma ville, j'y ai grandi, j'y ai ma famille. Hier, j'ai passé ma journée à croiser Bruno Gollnisch. Jusqu'à preuve du contraire, il n'est pas Brignolais. Il y a quelques semaines Marine Le Pen était à Brignoles. En fin de journée, Marion Maréchal Le Pen arrive aux côtés de Laurent Lopez de manière triomphale. Peu ou prou, tout l'état major du FN était là, il ne manquait plus que Philippot pour que la photo de famille soit complète sachant que l'ombre de Jean-Marie Le Pen n'est jamais très loin. (...) Aucun représentant national, de gauche ou de droite, n'est venu faire le déplacement à Brignoles. Les partis républicains n'ont pas pris la mesure de ce qui se passait. Face à ce rouleau compresseur frontiste, c'est vraiment compliqué. 

Propos recueillis par Anthony Gautier

Pour aller plus loin : « La quenelle : le bras armé de Dieudonné » sur apostrophe45

 

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