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Le 22 Août 2018, 09h16

Le Burn out est-il une maladie ? Est-il le nouveau mal du siècle de nos sociétés modernes ? Le docteur Jean-Paul Briand répond à ces questions dans cette tribune.

«Les troubles sont progressifs et insidieux. Le BOS s’exprime à la fois par des manifestations somatiques, comportementales, émotionnelles et cognitives. Le BOS a longtemps été considéré comme étant propre au monde de la santé. Ce n’est plus le cas aujourdhui.»

TRIBUNE - « Le « Burn Out Syndrome » (BOS), ou syndrome d’épuisement professionnel, n’est pas considéré comme une maladie par les autorités médicales et n’est pas un nouveau problème de santé, selon le docteur Jean-Paul Briand.

Le BOS n’est pas une maladie mais un syndrome, c’est-à-dire un ensemble de troubles appartenant à toutes les souffrances morales liées au travail. C’est une crise, en réaction à une exposition prolongée à des situations particulièrement stressantes, dans un contexte professionnel. Le BOS met en danger la personne qui vit cette crise lorsque ses capacités d’adaptation et d’équilibre sont dépassées.

Il n’existe pas de symptomatologie spécifique au BOS. Les troubles sont progressifs et insidieux. Le BOS s’exprime à la fois par des manifestations somatiques, comportementales, émotionnelles et cognitives. Le BOS a longtemps été considéré comme étant propre au monde de la santé. Ce n’est plus le cas aujourdhui.

Le BOS n’est pas nouveau. Déjà en 1768, Samuel Auguste Tissot (1728-1797) écrivait un « Traité de la santé des gens de lettres, méfaits sur la santé de l’acharnement au travail ». Burn Out est un terme emprunté au vocabulaire de l’aérospatiale qui décrit ainsi la combustion interne inapparente du carburant d’une fusée, allant parfois jusqu’à l’explosion.

C’est le psychanalyste Freudenberger qui, en 1974, utilise pour la 1ère fois le terme de Burn Out. Il avait observé, dans un centre dédié aux toxicomanes, que les professionnels de santé développaient, au contact de leurs patients, un état d’épuisement particulier, accompagné de plaintes, de difficultés à accepter les situations génératrices de frustration, de sentiments de colère et de suspicion dirigés contre l’entourage. Freudenberger avait conclut que certains soignants étaient parfois victimes d’incendie tout comme les immeubles. Sous l’effet de la tension, leurs ressources en venaient à se consumer, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semblait intacte. C’est la psychologue Christina Maslach qui, en 1976, caractérise le BOS. Après de multiples entretiens avec des professionnels de la santé mentale, elle identifie trois dimensions progressives du BOS.

• La première dimension : l’épuisement émotionnel, qui se traduit par le sentiment d’être vidé de ses ressources physiques et émotionnelles;

• la deuxième dimension : la dépersonnalisation, qui représente la prise de distance dans la relation avec l’autre, parfois avec cynisme et agressivité, qui est une façon de se protéger de la source de l’épuisement;

• la troisième dimension : la diminution de l’accomplissement personnel, qui correspond au sentiment d’incompétence pouvant conduire à une véritable maladie dépressive et parfois même au suicide.

Il existe des facteurs liés à la personne qui subit le BOS et des facteurs directement en rapport avec le contexte professionne

Des facteurs personnels prédisposent au BOS. D’après Heider (1958) et Rotter (1966), les personnalités qui pensent que ce qu’elles subissent est la conséquence directe de ce qu’elles font ont un locus de contrôle interne (LOC interne) qui leur permet de se remettre en cause. Ces sujets ayant ce LOC interne ont moins de risque de BOS. D’autres personnalités n’établissent pas de lien entre ce qu’elles font et ce qu’elles subissent (LOC externe). Incapables de ce remettre en cause, elles ont beaucoup plus de risque de BOS.

En 1980, le psychologue Cherniss, spécialisé dans les domaines du stress, décrit quatre typologies dans l’orientation d’une carrière professionnelle :

l’artisan qui cherche à développer ses compétences et ses connaissances. Son travail est un savoir-faire;

l’auto-centré qui veut prioritairement satisfaire sa vie privée et s’implique peu dans sa profession;

l’activiste social, souvent citoyen engagé, qui lutte pour un changement social à travers son travail;

le carriériste recherchant par sa profession le succès, la respectabilité, le prestige, la reconnaissance sociale et financière.

Auto-centrés et carriéristes sont les personnalités les plus à risque de BOS. Les activistes et les artisans sont les mieux protégés.

Certaines conditions de travail favorisent le BOS :

• La surcharge de travail : déséquilibre grandissant entre la demande et les capacités de la personne;

• la sous-charge de travail : travail monotone, répétitif, sous-emploi des compétences avec parfois perte de revenus;

• l’impossibilité de contrôler son activité : il est démontré que la possibilité de choisir soi-même sa charge de travail (même importante) diminue le risque de BOS;

• les mauvaises conditions de travail : lieu de travail bruyant, interruption incessante des tâches (téléphone), relations difficiles avec les collègues.

Si un individu touché par le BOS doit être aidé par un professionnel pour modifier son rapport au travail, c’est aux responsables de l’entreprise de mettre en place les conditions évitant cette souffrance.

Afin de prévenir une authentique épidémie de BOS dans le monde de l’entreprise, au moment où l’on veut réévaluer le Code du travail et où certains sont encore persuadés que le travail est la principale source d’épanouissement individuel, il serait bon de se souvenir qu’il existe encore des souffrances liées aux conditions de travail. »

Dr. Jean-Paul Briand