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Le 21 Juin 2018, 14h23

La ministre de la Santé n'exclut pas de légaliser le cannabis thérapeutique. Le médecin orléanais Jean-Paul Briand décrypte les enjeux.  

« Dans le cadre d’un usage médical, les seules questions qui vaillent sont de savoir si l’usage du cannabis a un authentique intérêt thérapeutique et pourquoi son usage est-il encore tabou ? », Jean-Paul Briand. 

TABOU - Le cannabis à usage thérapeutique « pourrait » arriver en France, selon la ministre de la Santé, Agnès Buzyn qui a fait cette déclaration, jeudi, sur les ondes de France Inter. « C’est peut-être un retard que la France a pris quant à la recherche et au développement du cannabis médical. D’autres pays l’ont fait », a-t-elle poursuivi, avant d’ajourer : « J’ai demandé aux différentes institutions qui évaluent les médicaments de me faire remonter l’état des connaissances sur le sujet, parce qu’il n’y a aucune raison d’exclure, sous prétexte que c’est du cannabis, une molécule qui peut être intéressante pour le traitement de certaines douleurs très invalidantes ». On se souvient q’en 2013,  Marisol Touraine, alors ministre de la Santé de l’époque, avait réfléchi à l’idée de lever l’interdiction de la commercialisation de tout médicament dérivé du cannabis.

À ce jour, une dizaine de pays de l’Union européenne ont autorisé le cannabis à des fins médicales.

Dans la tribune publiée ci-dessous, l’ancien médecin Jean-Paul Briand(*), aujourd’hui citoyen engagé dans la vie orléanaise, décrypte les enjeux d’une éventuelle utilisation du cannabis pour calmer la douleur de certaines personnes atteintes, notamment, de la sclérose en plaques (SEP) ou de la maladie de Charcot.  

« Il a été annoncé que le cannabis allait être probablement autorisé à la vente. La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, vient de déclarer que le cannabis à usage thérapeutique pourrait arriver en France. Elle a indiqué qu’elle souhaitait lancer une réflexion sur ce sujet avec les institutions responsables du développement des médicaments.

« En janvier 2014, premier feu vert à l’utilisation du cannabis thérapeutique »

Notre actuelle ministre de la Santé a sans doute oublié que Marisol Touraine, en janvier 2014, a donné le premier feu vert à l’utilisation du cannabis thérapeutique, avec l’autorisation de mise sur le marché d’un spray à base d’extraits de chanvre, le Sativex°. Les défenseurs de l’usage médical du cannabis soutiennent qu’il soulage les douleurs causées en particulier par des maladies comme la sclérose en plaques (SEP) ou la maladie de Charcot et qu’il combat les nausées dont souffrent les patients sous chimiothérapie. Dans ses indications médicales officielles, le Sativexº est normalement destiné à soulager les malades de SEP. Il contient deux cannabinoïdes : du delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) et du cannabidiol (CBD). Trois études en double aveugle ont évalué  le Sativexº versus placebo. À la suite des résultats, la Haute autorité de santé (HAS) a conclu que le service médical rendu (SMR) par le Sativexº était faible, que l’amélioration du service médical rendu (ASMR), par rapport aux médicaments déjà sur le marché dans les mêmes indications, était inexistant. Parmi les événements indésirables survenus sous ce médicament, avec une fréquence nettement supérieure à celle observée sous placebo, ont été rapportés principalement des vertiges, des diarrhées, des nausées, des sensations d’ivresse, de la fatigue, de la somnolence, des étourdissements. L’HAS a pourtant émis un avis favorable au remboursement en pharmacie de ville et à la prise en charge à l’hôpital de ce médicament. Néanmoins, le Sativexº n’est toujours pas délivré dans les pharmacies françaises car le laboratoire fabricant n’accepte pas le prix, trop insuffisant à son goût, proposé au remboursement par la sécurité sociale, compte-tenu des réserves de l’HAS.

« En France, le débat sur l’intérêt du cannabis en médecine est pollué »

Dans le cadre d’un usage médical, les seules questions qui vaillent sont de savoir si l’usage du cannabis a un authentique intérêt thérapeutique et pourquoi son usage est-il encore tabou ? Plus simplement : quels sont les bénéfices thérapeutiques mais aussi les risques et effets secondaires négatifs liés à l’utilisation de cannabis médical et des cannabinoïdes ? En France, le débat sur l’intérêt du cannabis en médecine est toujours malencontreusement pollué par la crainte que ces discussions dérivent vers la légalisation du cannabis récréatif. 

« Les médecins ne pourraient-ils pas prescrire du cannabis à des fins thérapeutiques ? »

Pourquoi les médecins ne pourraient-ils pas prescrire du cannabis à des fins thérapeutiques ? Certains justifieront leur refus parce qu’il est peu efficace et que les réactions secondaires sont parfois puissantes, voire critiques. C’est effectivement exact. Bien que les cannabinoïdes médicaux soient vantés par leurs utilisateurs pour leur efficacité à l’égard de divers problèmes de santé, les données probantes étayant cette assertion sont rares. Pour autant, les médicaments actuellement prescrits sont-ils tous toujours efficaces et sans effets secondaires pénibles ? Pourquoi persistent-ils des patients aux douleurs chroniques, jamais soulagés par les thérapeutiques autorisées ?

« L’usage du cannabis ne pourrait-il pas être une option intéressante ? »

Les médecins connaissent tous des patients douloureux qui se disent soulagés par le cannabis. Des patients qui s’approvisionnent malheureusement en cannabis sans contrôle sanitaire, n’importe où, sans être prévenus des risques qu’ils prennent lorsqu’ils l’associent avec d’autres substances médicamenteuses. Si les médecins étaient autorisés à prescrire du cannabis, cela éviterait probablement de laisser ces patients dans l’illégalité, livrés à eux-mêmes et à des trafiquants sans scrupule. En cas d’échec thérapeutique avec les médicaments habituels, l’usage du cannabis ne pourrait-il pas être une option intéressante, en seconde intention, pour ces patients réfractaires aux autres traitements ?

« Ceux qui disent que le cannabis les aide seront peut-être enfin entendus »

Faut-il se contenter actuellement de laisser des malades fumer des joints et préférer que continue le marché noir du cannabis en fermant hypocritement les yeux sur cette réalité. Si notre actuel ministre de la santé permet que cela change, alors ceux qui souffrent et qui disent que le cannabis les aide seront peut-être enfin entendus… »

(*) Jean-Paul Briand est un médecin à la retraite, ancien conseiller municipal d'opposition à Orléans après la défaite de Jean-Pierre Sueur (PS) en 2001, aujourd'hui citoyen engagé et impliqué dans la vie d'Orléans et notamment au sein de CitLab, un collectif de citoyens de la métropole orléanaise.