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Le 17 Juillet 2018, 09h34

Les Maisons de santé pluridisciplinaires sont le nouveau viatique pour lutter contre la déserfication médicale. Mais pour quels résultats? 

La création des Maisons de santé pluridisciplinaires (MSP) est l'arme utilisée par les élus pour lutter contre la désertification médicale. Pour autant, aussi utiles soient-elles dans l'encadrement médical qu'elles proposent, elles ne sont pas, en l'état, efficaces pour attirer de jeunes médecins. 

PLACEBO - Le diagnostic a été posé depuis plusieurs années déjà : le département du Loiret est touché de plein fouet par une désertification médicale croissante et tout porte à croire que la situation ne va guère s’arranger dans les années à venir du fait d’une démographie plutôt dynamique au sein de la population, et, à l’inverse, d'un nombre très important de médecins appelés à partir à la retraite. Or, pour tenter d’endiguer cette pénurie de praticiens, les collectivités locales brandissent actuellement à peu près toutes le même remède : la création de Maisons de santé pluridisciplinaires (MSP). À Orléans, après celle de l’Argonne baptisée Liliane-Coupez qui a ouvert ses portes en janvier 2015, et celle de La Source, dénommée Simone-Veil, qui a accueilli ses premiers patients un an plus tard, la municipalité a pour projet d’en créer une troisième dans le quartier Saint-Marceau. La décision a été actée lors du dernier conseil municipal. 

« Afin d’attirer les jeunes médecins sur le territoire, Orléans poursuit sa politique de déploiement des maisons de santé pluridisciplinaires. Le troisième volet se situera dans le quartier de Saint-Marceau. L’ouverture est souhaitée pour 2018 », peut-on ainsi lire dans la délibération n°23 du conseil municipal du 11 décembre dernier. 

« Le vieux toubib installé dans un village avec sa femme qui s’occupe du secrétariat, c’est terminé »

Or, un certain nombre de voix s’élèvent aujourd’hui pour dire que si les MSP sont sans aucun doute nécessaires, elles ne sont pas suffisantes et ne peuvent, en tous les cas, être considérées comme un viatique miraculeux. « Elles ont le mérite de réorganiser le parcours de santé, et ça c’est positif. Le vieux toubib installé dans un village avec sa femme qui s’occupe du secrétariat, c’est terminé. La demande des jeunes médecins est reconnue avec la création de ces MSP »,  argumente Jean-Paul Briand, médecin à la retraite à Orléans. 

Ceci étant, si les MSP ont le grand mérite de proposer aux médecins un encadrement administratif et un cadre de pluridisciplinarité médicale à laquelle ils aspirent unanimement, il apparaît clairement aujourd’hui qu’elles ne font pas venir de jeunes médecins sur les territoires qui les mettent en place, d'autant moins que toutes les communes ou agglomérations ont recours à ce nouvel outil. Et ce, pour un coût à chaque fois très élevé à la charge du contribuable.

 « Les effets d’aubaine sont identifiés et tout le monde fait le constat aujourd’hui que les MSP ne sont pas la solution »

« Les effets d’aubaine sont identifiés et tout le monde fait le constat aujourd’hui que les MSP ne sont pas la solution, car on est alors dans une logique du plus offrant et qu’elle n’est même pas suffisante », poursuit Philippe Rabier, co-fondateur de CiTLab, dont l’une des prochaines publications portera justement sur ce sujet. En d’autres termes, et le constat se vérifie à Orléans, des médecins du centre-ville s’installent volontiers dans les MPS où ils peuvent profiter de davantage de fonctionnalités, dont une mise en conformité avec les lois sur l’accessibilité notamment, et surtout, bénéficier d’un loyer très modeste. Dans le quartier orléanais de l’Argonne, situé en zone franche, d’autres avantages financiers viennent encore se greffer. 

« Il faut aller plus loin aujourd’hui pour lutter contre la désertification médicale »

« Il faut aller plus loin aujourd’hui pour lutter contre la désertification médicale », argue Philippe Rabier, qui milite, avec les membres de CiTLaB notamment, pour la transformation du CHRO en CHU, puisqu’il est de notoriété publique que les médecins s’installent prioritairement, pour ne pas dire exclusivement, dans les villes où ils ont réalisé leurs études. « Il faut, en effet, répondre à cette volonté de pluridisciplinarité de la part des médecins, et sur ce point-là, les MSP le font. Mais il y en a d’autres. Les médecins veulent aujourd’hui travailler moins et pour beaucoup d’entre eux le format libéral n’est plus la seule option. Beaucoup se tournent, ou souhaitent se tourner, vers le salariat pour avoir une qualité de vie qui est celle de nombreux autres métiers. Il existe, et notamment à Blois prochainement, des centres de santé municipaux qui salarient donc le médecin. Il y a là, une piste à creuser », poursuit Philippe Rabier qui rappelle qu'il y a quatre fois plus de suicides chez les médecins que dans les autres professions.

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La MSP Liliane-Coupez dans le quartier de l'Argonne, à Orléans. (Photo. Métropole d'Orléans)

Jean-Paul Briand insiste de son côté, études et expertises diverses à l’appui, qu’il faut qu’un département ou une agglomération réunisse cinq critères pour avoir la chance de voir un praticien s’installer un jour sur son territoire : la qualité de vie, la possibilité offerte à son conjoint de trouver lui-même du travail, la proximité avec d’autres professionnels de santé, la possibilité d’exercer en cabinet de groupe et, enfin, une famille pas trop éloignée. Autant dire donc que la gageure est plutôt relevée pour les collectivités. 

« Les élus se sont emparés de la solution des MSP car c’est porteur dans le contexte actuel »

« Les élus se sont emparés de la solution des MSP car c’est porteur dans le contexte actuel », note Jean-Paul Briand, d’autant qu’il n’y a pas beaucoup de solutions alternatives hormis l’implantation d’un CHU. « Le cahier des charges pour créer des MSP est énorme, ce qui fait qu’il faut entre trois et six ans pour la mettre sur pied. Après, il faut un projet médical spécifique qui est plutôt, il faut le dire, une justification qui fait perdre beaucoup de temps à nouveau : à l’Argonne, c’est le diabète par exemple, et  Saint-Marceau, ce sera les personnes âgées. Les MSP sont de beaux outils mais ils restent un peu vides »

« C’est toujours Tours qui a fait barrage pour qu’Orléans devienne un CHU »

Selon l’Insee, une médecin sur deux devra être remplacé en région Centre-Val de Loire d’ici 2023 pour cause de départ à la retraite. Et l’on sait que le département du Loiret est particulièrement concerné par cette désertification médicale galopante, bien plus que l'Indre-et-Loire notamment. Or, curieusement, Orléans est la seule métropole à ne pas avoir de CHU. « Il y a trente CHU en France, et 2 CHR : l’un se situe entre Metz et Thionville en Moselle, l’autre à Orléans. C’est donc unique pour une métropole et l’on sait que c’est toujours Tours qui a fait barrage pour qu’Orléans devienne aussi un CHU », note Jean-Paul Briand. Et puis, reste aussi cette question centrale du numerus clausus, que le doyen de la faculté de médecine de Tours n’a pas souhaité augmenter. « C’est bien de créer des MSP, mais il faut encore trouver des médecins pour aller dedans. 24% des médecins qui pratiquent en France ont des diplômes étrangers, et à Orléans, la statistique est tout aussi élevée. On sacrifie une génération d’étudiants et, de l’autre côté, on va chercher des médecins étrangers, c’est incohérent», conclut le docteur Briand.

Nul doute que cette problématique de désertification est devenue, depuis quelques années, un sujet sur lequel les élus buttent, axionnant les quelques léviers financiers à leur portée, aussi onéreux soient-ils, et manifestement peu efficaces. Les dispositifs d’incitation financière à l’installation de jeunes médecins n’ont pas prouvé leur utilité, selon le bilan fait récemment par le Département du Loiret. À défaut de transformer le CHRO en CHU, il va falloir faire preuve de beaucoup d’ingéniosité pour faire venir de jeunes médecins dans le Loiret, et notamment dans ses zones rurales. Et la seule création de MSP ne suffira manifestement pas…

A. G.