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Le 22 Août 2018, 09h17

Après avoir expérimenté sans résultats l'incitation financière pour faire venir des médecins, le Loiret se tourne vers d'autres solutions.

« Il ne faut pas présenter les médecins comme des chasseurs de prime qui vont d’un endroit à un autre et les dispositifs d’incitation financière à eux seuls ne suffisent pas à les faire venir », Frédéric Néraud.

BOITE À OUTILS - Vendredi dernier, à Châlus, en Haute-Vienne, le Premier ministre, accompagné par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a présenté les principales propositions du gouvernement pour lutter contre les déserts médicaux et renforcer l'accès aux soins pour tous les Français.

Et, dans la liste des principaux chantiers que le gouvernement veut enclencher ou accélérer, un au moins a déjà été expérimenté dans le Loiret. Et sans grand succès manifestement. Il s’agit des incitations financières. 

« On s’est aperçu qu’il fallait « vendre » l’image d’un département», Frédéric Néraud

« Il ne faut pas présenter les médecins comme des chasseurs de prime qui vont d’un endroit à un autre et les dispositifs d’incitation financière à eux seuls ne suffisent pas à les faire venir. C’est ce qu’on a fait depuis près de dix ans et ça n’a pas donné beaucoup de résultats », explique Frédéric Néraud, vice-président du Département. 

Que faire alors pour inciter des médecins à s'installer en zones rurales, dans lesquelles le problème de la désertification médicale se pose avec davantage d’acuité encore que dans l’agglomération orléanaise ? Et c’est peu dire. « On s’est aperçu qu’il fallait « vendre » l’image d’un département et je crois que le Loiret a des atouts dans ce domaine. Il faut savoir séduire les médecins », poursuit l’élu. Pour cela, le Département va donc mettre en place un plan de communication spécifiquement dédié aux jeunes médecins afin de les inciter à poser leur saccoche dans le Département, non pour des raisons seulement financières mais aussi pour la qualité de vie que l’on y trouve. « Leur venue passe autant par la communication que par des outils financiers », assure Frédéric Néraud. « Et quand on a goûté la qualité de vie dans nos campagnes, on n'a pas du tout envie après de repartir dans une ville », souligne l'élu. 

Dans la même veine, le Département va également œuvrer pour inciter les étudiants en troisième cycle de médecine à réaliser leur stage dans le Loiret, en mettant à leur disposition une chambre toute équipée à proximité immédiate d’un médecin chez lequel ils pourraient aisément faire leur stage. « Les étudiants cherchent aussi une chose : à ne pas avoir à s’embêter avec l’aspect matériel d’une installation. Si on les soulage de ça, c’est un vrai avantage pour eux », explique Hugues Saury, le président - pour quelques semaines encore - du Département. 

« Et l’on sait très bien que la relation entre le patient et son médecin est quelque chose d’essentiel », Hugues Saury

Un président qui estime, par ailleurs, que si la consultation à distance via Internet peut être une solution, elle ne doit être que « provisoire » et limitée à certains usages médicaux. Toujours à Châlus, Édouard Philippe, lui, a annoncé qu’il souhaitait faire émerger les services numériques à l’instar de la consultation à distance. « Ma crainte, c’est que demain, on ait des territoires avec des médecins en chair et en os, et d’autres territoires où les gens n'auraient qu'un écran devant eux. Et l’on sait très bien que la relation entre le patient et son médecin est quelque chose d’essentiel »

On le voit, quelques-unes des propositions formulées par le chef du gouvernement n’ont pas nécessairement démontré leur pleine efficacité quand elles sont appliquées localement. Reste la création de maisons de santé pluridisciplinaires, un chantier sur lequel s’est engagée fortement la Région Centre-Val de Loire. En 2016, 59 maisons de santé ont ainsi été financées par la collectivité régionale avec un objectif de 100 à l’horizon 2020. Il faudra donc attendre quelques années avant de pouvoir apprécier l’impact de ces créations sur la désertification médicale. Une chose est sûre néanmoins : la mobilisation publique pour la combattre est bel et bien lancée.

A. G.