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Le 14 Décembre 2018, 15h29

Jean-Paul Briand, médecin orléanais à la retraite, décrypte et analyse la réforme « Ma santé 2022 » dévoilée cette semaine par le président Macron.

« Il manque, rien que sur l’agglomération orléanaise, 100 généralistes ! Question subsidiaire : où les trouver ? », Jean-Paul Briand. 

REMÈDES - TRIBUNE Par Jean-Paul Briand (*). « Le président de la République a dévoilé son plan pour la rénovation de la santé le 18 septembre. Il était temps ! En effet, nombre de patients ne peuvent pas être reçus par un médecin dans des délais raisonnables, beaucoup de professionnels de santé sont en grande souffrance psychologique, les services d'urgences sont saturés, le numerus clausus est dénoncé comme un formidable gâchis…

« Cette débâcle sanitaire était annoncée depuis plus de 15 ans »

Que de temps perdu lorsque l’on sait que cette débâcle sanitaire était annoncée depuis plus de 15 ans. Par la bouche du Président Macron, il semble que l’on ait enfin compris que notre système de santé « pêche par un vrai handicap d’organisation » et que « les nouvelles générations de médecins aspirent à des pratiques différentes ». Le président de la République fait le constat que « notre système reste atomisé, cloisonné, déséquilibré, avec de nombreux professionnels de ville qui exercent encore de manière trop isolée, des établissements de santé trop souvent en concurrence,… ». En résumé, que c’est l’anarchie, « la chienlit » comme aurait pu le formuler un de ses illustres prédécesseurs.

Quelles sont les remèdes proposés par le Docteur Macron ?

Pour la médecine hospitalière, la nécessité est de « repositionner l’hôpital à sa juste place ». La tarification T2A, centrée sur l’activité, sera progressivement abandonnée. Les médecins hospitaliers seront remis au coeur de la gouvernance des hôpitaux et l’organisation des activités dans les établissements privés comme publics adoptera « trois niveaux redéfinis » : 

  1.  le soin de proximité avec la médecine, la gériatrie, la réadaptation, les soins non programmés ;
  2.  les soins spécialisés avec la chirurgie, la maternité, la médecine spécialisée ;
  3. les soins ultra spécialisés et les plateaux techniques de pointe.

Une inconnue reste néanmoins : l’activité privée, au sein du service public hospitalier, rémunérée à l’acte avec des tarifs non conventionnels, sera-elle toujours autorisée ?

« Il manque, rien que sur l’agglomération orléanaise, 100 généralistes ! »

Pour pallier en urgence à la désertification médicale, le président réaffirme, comme ses prédécesseurs, « qu’on peut améliorer le système sans parler de contraintes ». 

Les hôpitaux devront salarier 400 généralistes à exercice mixte ville/hôpital, dès 2019. Bonne idée sans doute, mais un peu juste lorsque l’on sait qu’il manque, rien que sur l’agglomération orléanaise, 100 généralistes ! Question subsidiaire : où les trouver ?

Plus pragmatique est la proposition de financer des postes d’assistants médicaux. C’est une attente très ancienne des professionnels de santé libéraux. Ces postes seront proposés aux médecins de ville s’engageant sur un cahier des charges (acceptation de nouveaux patients, raccourcissement des délais d’attente, actions de prévention, consultations non programmées, etc). Mais l’efficacité de cette mesure ne sera réelle que si elle est facile à entreprendre par les médecins qui en ont besoin. On peut en douter lorsque l’on connaît les difficultés et la complexité des dossiers administratifs afin de créer une maison de santé pluridisciplinaire.

Vers la création de communauté professionnelle territoriale de santé

Par ailleurs, le Président demande aux professionnels de santé de s’investir dans la création de communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS). Ce qui se fait déjà sur le Loiret. Ces CPTS devaient être en mesure d’apporter une réponse collective à toutes les demandes de soins y compris les urgences mais aussi de proposer des actions de prévention et de dépistages. Le Président Macron s’est engager « à aider financièrement sur une durée de 10 ans toutes les communautés professionnelles qui seront créées d’ici 18 mois ». Compte tenu des contraintes économiques et des charges de travail intenses des professionnels, les bonnes volontés et le redéploiement des moyens financiers vers les soins ambulatoires de proximité seront-il suffisants ?

Toujours avec l’objectif de faire regagner du temps médical aux médecins, il sera instauré « de nouvelle pratiques dites avancées pour les infirmières ». Ainsi, il est envisagé de rajouter, entre les infirmières de base et les médecins généralistes, des infirmières à pratiques avancées (IPA) qui feraient un peu plus que les premières et un peu moins que les seconds…

Question : Ces IPA, à bac plus 5, exerceront-elles en pleine autonomie ou en délégation de tâche sous la responsabilité du médecin ?

« C’est la fin programmée du paiement à l’acte et l’ouverture des études médicales »

Pour le plus long terme, deux annonces sont majeures. D’une part les professionnels volontaires auront la possibilité « d’opter pour une rémunération qui passe complètement de l’acte à un forfait de prise en charge des population sur leur territoire » et d’autre part, le numérus clausus disparaît et des passerelles interdisciplinaires seront possibles. En clair, c’est la fin programmée du paiement à l’acte et l’ouverture des études médicales. Même si « le parcours de formation restera sélectif » que se passera-t-il si, comme en 1968 après un bac offert à tous les candidats, il y aura pléthore de nouveaux docteurs sur le marché quelques années plus tard ? Il serait bon que les représentants des professionnels de santé et les décideurs politiques y pensent avant qu’une concurrence sauvage et déloyale apparaisse dans dix ou quinze ans…

Pour finir, il y a la liste habituelle d’annonces rebattues. Ainsi, il faut remettre le patient au centre du  système de santé, faire une meilleure prévention, équiper chaque usager d’un dossier médical numérique partagé (DMP), intensifier la télé-médecine, avoir une approche qualitative et non économique de la santé, améliorer les conditions d’exercice des professionnels…

Le PACES disparaît. Le numérus clausus « sera donc supprimé pour cesser d’entretenir une rareté artificielle et pour permettre de former plus de médecins ». Les capacités de formations sont saturées dans les CHU français et en particulier à Tours. Le Président Macron affirme qu’il  faut éviter « de concentrer les étudiants sur toutes les mêmes zones ». Ces éléments  confirment la nécessité de la création d’une faculté de médecine sur le territoire orléanais et la transformation du NHO en CHU ! »

(*) Jean-Paul Briand est un médecin à la retraite, ancien conseiller municipal d'opposition à Orléans après la défaite de Jean-Pierre Sueur (PS) en 2001, aujourd'hui citoyen engagé et impliqué dans la vie d'Orléans et notamment au sein de CitLab, un collectif de citoyens de la métropole orléanaise.