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Le 14 Novembre 2018, 01h24

Interview

Entretien

POLICE NATIONALE - Dans le contexte d'état d'urgence où l'autorité publique est fortement sollicitée malgré un manque probant de moyens humain et matériel, apostrophe45 a rencontré Stéphane Liévin, policier orléanais et représentant du personnel du syndicat majoritaire Unité SGP Police, afin d'évoquer les sujets sensibles qui, après une année 2015 éprouvante, a mis en lumière les difficultés de toute une corporation. Réfléchi et plutôt direct, Stéphane Liévin a répondu sans concession aux questions de la rédaction.

apostrophe45. Tout d'abord, quel regard portez-vous sur votre profession, très sollicitée et durement touchée, au cours de 2015 ?
Stéphane Liévin. Il y a plusieurs angles. Le premier porte sur les conséquences des policiers dans les divers engagements des policiers lors des événements de 2015, que ce soit en termes de terrorisme ou d'organisation, type Cop 21. Il y a eu une grosse sollicitation policière dans un contexte compliqué (et qui ne date pas d'hier) marqué entre 2008 et 2012 par la Révision générale des politiques publiques (RGPP) faisant perdre 10.000 emplois de policiers au niveau national. Et depuis 2012, on assiste à une relance des recrutements. Mais la difficulté est qu'il y a une inertie des réformes entre le moment de la décision et leur application sur le terrain. Il faut que les candidats passent les concours, que l'on les sélectionne et ensuite, encore faut-il les former durant un an en école de police. Il se passe donc deux ans avant que les policiers soient opérationnels sur le terrain. Nous avons pris acte de la bonne volonté du gouvernement sur le plan de la relance des recrutements. À Orléans, on est, à ce jour, en déficit de 25-30 policiers.

«À Orléans, on est, à ce jour, en déficit de 25-30 policiers»

apostrophe45. Et les autres angles ?
Stéphane Liévin. En terme de relance budgétaire, des efforts sont également faits mais ils tardent à produire des effets sur le terrain. Je fais notamment référence à l'armement, au matériel de protection et aux véhicules. Enfin, il serait souhaitable de définir un type de police. On a, en effet, connu une politique très sécuritaire avec une police au service de l'État et de ses statistiques ; ensuite, avec l'arrivée de Bernard Cazeneuve au ministère de l'Intérieur, il n'était plus question de politique du chiffre. Sauf que sur le terrain, ce discours n'a pas eu un impact suffisant. On est toujours dans la «statistisation» de la vie policière et tout ce qui peut produire une action en chiffres immédiats. On ne s'inscrit toujours pas dans le temps long comme ça a été le cas avec la mise en place de la police de proximité répondant d'abord au service de nos concitoyens et moins au service de la haute hiérarchie policière.

apostrophe45. Mais n'est-il pas venu le temps d'une prise de conscience du politique sur l'état de sa police ?
Stéphane Liévin. J'espère en tout cas qu'il n'a pas fallu les attentats de janvier et de novembre 2015 pour qu'il y ait une prise de conscience du politique sur l'importance d'avoir une police équipée en termes de moyens mais aussi d'effectifs…

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apostrophe45. On en a cependant la preuve avec les futures réformes donnant davantage de pouvoir à la police ; la preuve aussi avec les opérations de recrutements « exceptionnels » suite aux attentats (ndlr : qui s'ajouteront au concours de recrutement ayant lieu tous les ans au mois de septembre. Objectif : recruter rapidement plus de 2.000 gardiens de la paix) ; la preuve encore avec la « modernisation » d'un armement mieux adapté. Il a malheureusement fallu ces attentats pour que soient prises au moins certaines de ces mesures.
Stéphane Liévin. Pas vraiment car la relance des effectifs, encore insuffisante, date de 2012 même si elle prend du temps à produire ses effets. À Orléans et Montargis notamment. Mais entre la décision nationale et l'application au niveau local, il y a ce que l'on appelle les grands projets. 

«On a aujourd'hui un train de retard vis-à-vis de l'équipement de véhicules, d'armement et de protection des fonctionnaires de police»

apostrophe45. La police nationale - à Orléans comme ailleurs - a-t-elle un train de retard en matière d'équipement informatique, mais aussi de protection, d'armement ou encore de véhicules ?
Stéphane Liévin. Oui clairement, il y a des difficultés dans tous ces domaines, que ce soit en matière de matériel de protection ou d'armement. Il y a eu des annonces mais on en attend, là encore, les effets sur Orléans. C'est toujours la difficulté d'adapter l'épaisseur du blindage à la réalité du risque, si j'ose dire. Mais clairement, on a aujourd'hui un train de retard vis-à-vis de l'équipement de véhicules, d'armement et de protection des fonctionnaires de police.

 

Le stand de tir de Montargis a réouvert. Très bonne chose ! Il n'y a plus qu'à régler le problème de celui d'Orléans... Aucune nouvelle !

— Stéphane LIEVIN (@LIEVINStephane) 20 Janvier 2016

 

apostrophe45. Sur le plan des effectifs, combien faudrait-il de policiers à Orléans pour pouvoir bien fonctionner ?
Stéphane Liévin. J'ai un peu de difficulté à répondre à cette question sur le moment car l'administration Police raisonne en termes d'EDFA (effectif départemental de fonctionnement annuel) qui est une clé de répartition nationale de l'effectif existant. Ça ne tient pas compte du besoin mais de l'existant. Si on a, par exemple, 100.000 policiers en France, on établit alors une répartition des 100.000 sur l'ensemble du territoire. Le syndicat majoritaire Unité SGP Police souhaiterait donc revenir à l'effectif théorique de référence qui disait que pour une ville comme Orléans, il fallait tant de fonctionnaires de police pour fonctionner correctement. La difficulté est d'évaluer le besoin. En 2014, on avait fait le point avec l'administration sur ce sujet, on était à moins 25 fonctionnaires. Pour mieux comprendre cette problématique, il faut partir de 2004 avec la réforme des corps et carrières qui prévoyait d'augmenter le corps des gradés et gardiens (policiers de terrain) de 8.000 (donc passer de 100.000 à 108.000) mais dans le même temps, il y a eu une déflation du corps des officiers. Si cette dernière a été réalisée, l'augmentation des corps des gradés et gardiens, en revanche, s'est opérée jusqu'à la RGPP en 2008. Cette même RGPP ayant annulé toutes les créations de postes. Dès lors, on souffre aujourd'hui d'une baisse du corps des officiers et d'une non augmentation des corps et carrières. Ce qui fait que les services d'investigation croulent sous le travail et que les policiers en tenue ne sont plus assez nombreux pour les opérations de terrain.

« Il y a, depuis des années, une rupture avec la population »

apostrophe45. Et quelles sont les conséquences concrètes à Orléans ?
Stéphane Liévin. À Orléans, il y a deux traductions. La première est que les policiers ont le sentiment de ne plus être en capacité de répondre à la demande du public, que ce soit en termes de prise de plaintes ou de simples contacts avec les concitoyens. La réalité est que les policiers de Police Secours courent d'une intervention à l'autre plus assez nombreux pour prendre le temps de descendre de voiture et de discuter avec la population. Dès lors, il y a une impression d'inutilité. Et ça se traduit par une souffrance sur le plan psycho-social. Idem en investigation où les collègues doivent traiter plus de dossiers qu'ils ne peuvent en absorber. N'oublions pas qu'il y a des victimes et de la souffrance derrière ces dossiers. Deuxièmement, il y a, depuis des années, une rupture avec la population qui aimerait voir davantage de présence policière dans leur rue, sur les marchés mais ce n'est plus possible.

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apostrophe45. Dès lors, la police municipale a-t-elle pris le relais de cette police de proximité qui n'existe plus dans la police nationale ?
Stéphane Liévin. Sur le plan national, je dirai oui. C'est même clairement assumé par les élus et syndicats de policiers municipaux. Et c'est vrai que cela pose question en matière de sécurité. je crains que l'on résume les choses de la manière suivante : la police d'invention et de sécurité, c'est du ressort de la police nationale, tandis que la police de proximité serait garantie par la police municipale. Répression d'un côté, prévention de l'autre. C'est quelque chose que nous, en tant que policiers, nous refusons. La police nationale doit pouvoir exercer toute la palette de ses compétences, de la prévention jusqu'à la répression. Bien évidemment, la police municipale pallie les carences de la police d'état, très clairement par endroit, et les municipalités assument de remettre les policiers au contact des populations. Maintenant, les policiers municipaux ne sont pas formés de la même manière, ils n'ont pas la même expérience. Il faut en être conscient. Ensuite, la police nationale est répartie sur le territoire en fonction des besoins, alors que la police municipale est répartie sur le territoire en fonction de la capacité financière des villes. Ce qui revient à dire que les villes riches auront une police riche et vice-versa, ce qui n'est pas acceptable sur le plan du contrat social républicain. Pour Orléans, on a une municipalité qui assume clairement sa volonté d'avoir une police municipale d'intervention et d'interpellation. Ça la regarde mais on dit seulement que ce n'est pas, à la base, sa compétence. La sécurité est une mission régalienne donc c'est à l'État d'assumer sa charge de responsabilités en la matière. 

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«La police municipale pallie les carences de la police d'état»

apostrophe45. La police municipale d'Orléans sera bientôt armée, est-ce aujourd'hui une nécessité ?
Stéphane Liévin. D'abord, j'ai beaucoup de respect pour nos collègues municipaux qui font leur travail avec abnégation et une réelle volonté de régler les problèmes. Mais il faut définir la mission donnée aux policiers municipaux. Il est impératif, en premier lieu, de s'interroger sur qui fait quoi ; ensuite, on s'interrogera sur l'utilité d'armer la police municipale dont la mission est avant tout la tranquillité et la salubrité publique. 

apostrophe45. Cela donne aussi l'impression que la police nationale ne peut plus remplir correctement sa mission qui est de prévenir et de protéger les citoyens.
Stéphane Liévin. De mon point de vue, le rôle d'un maire est de demander des comptes à la police d'État sur sa capacité à absorber les problèmes d'insécurité sur sa zone. L'élu peut apporter sa pierre à l'édifice, en mettant une police de tranquillité publique qui fait les marchés, le stationnement, etc, ce qui va décharger la police nationale de toutes ces missions. Il ne faut pas oublier que, dans certains cas, les administrés payent non seulement pour une police d'État qui n'a plus les moyens de faire son travail mais aussi pour une police municipale pléthorique.  

«Il n'y a pas de zone de non-droit à Orléans»

apostrophe45. Y a-t-il à Orléans des zones de non-droit ?
Stéphane Liévin. Non, pas à Orléans. Il y a, en revanche, des zones où nos collègues vont agir de manière différente en cas d'intervention. On ira plus nombreux ou avec un matériel de protection plus important dans certains quartiers. On mettra les moyens nécessaires pour entrer mais on entrera. La difficulté est d'avoir les effectifs nécessaires, encore une fois. 

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apostrophe45. Dans un contexte d'état d'urgence, êtes-vous favorable à ce qu'un policier puisse conserver son arme, alors qu'il n'est plus en service ?
Stéphane Liévin. La position de notre organisation syndicale est claire là-dessus : le policier qui le souhaite doit pouvoir avoir accès à son arme hors service. Cette mesure n'est, pour l'heure, ouverte qu'à l'état d'urgence mais on souhaiterait que ce soit un peu élargi. Simplement, il y a une absolue nécessité à ce que les policiers soient autant sinon mieux formés à l'utilisation adaptée de l'armement qu'ils ne le sont aujourd'hui. Rappelons qu'à Orléans, il y a un stand de tirs qui est fermé depuis des mois car il n'est plus aux normes. Donc, ça nous oblige à nous entraîner à l'extérieur. Ça réduit, de fait, la possibilité d'entraînement au tir des policiers. 

«À Orléans, il y a un stand de tirs qui est fermé depuis des mois»

apostrophe45. Les pouvoirs de la police nationale seront élargis avec une réforme sur la légitime défense. Quelle est la position de votre syndicat sur le sujet ?
Stéphane Liévin. La question est de savoir si la légitime défense, telle qu'elle est conçue, répond aux situations telles qu'on les vit aujourd'hui. Quand les frères Kouachi sortent armes à la main de Charlie Hebdo, les collègues sont en droit de réagir car ils sont clairement en situation de légitime défense. En revanche, lorsque les frères Kouachi sont en voiture et sont en progression, si un collègue avait ouvert le feu et qu'il en avait touché un, aurait-il été reconnu en état de légitime défense ? Ça, c'est déjà moins sûr. Ça dépend du juge, de la reconstitution des faits. On souhaite que, dans un temps très proche de l'action au cours de laquelle les protagonistes ont fait usage de leur arme sur une ou plusieurs personnes, les policiers puissent les interpeler en utilisant leur arme sans qu'il y ait un risque de riposte immédiate. De toute façon, c'est un faux débat car les policiers sont bien formés en école de police et sur l'ensemble des usages d'une arme au cours d'une année, il y a peu de cas litigieux. Il peut y avoir, à l'inverse, la crainte par un collègue d'utiliser son arme, doutant d'être en légitime défense.

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apostrophe45. Qu'est-ce qui a changé au commissariat d'Orléans depuis l'application de l'état d'urgence et le projet d'attentat déjoué contre des forces de l'ordre ?
Stéphane Liévin. Tout un tas de domaines qui relèvent de la sécurité et que je n'évoquerai pas ici. Je ne donnerai pas de pistes à ceux qui seraient tentés de nous nuire. La seule chose sur laquelle on a communiqué, c'est l'annonce cavalière du ministre de l'Intérieur (Bernard Cazeneuve) à Toulouse sur un projet d'attentat déjoué à Orléans, alors que les policiers orléanais, eux-mêmes, n'en avaient pas été avisés. Mais sur le fond, les conséquences pour la police de l'application de l'état d'urgence portent surtout sur la restriction de congés et une tolérance bien moindre en cas d'absence. Ensuite, tout le monde sait qu'il est exposé au risque terroriste et en tant que policier, chacun en a pleinement conscience. 

apostrophe45. L'image de la police a changé depuis un an, ce qui redonne, au moins, du baume au cœur à toute une corporation atteinte de sinistrose.
Stéphane Liévin. Il y a la réaction de la population qui se rend compte de l'action et de l'utilité de la police, voire de son implication quotidienne, on ne peut que s'en réjouir. Il était temps car il y avait une sorte de mal-être vis-à-vis de cela. Mais il ne faut pas que cela serve de cache-sexe à un réel problème qui est celui des relations police-population. Il faut que l'État réoriente les missions de la police et surtout rapproche les besoins des moyens existants.

Propos recueillis par Richard Zampa

Stéphane Liévin en bref

Entré dans la police nationale en 1996 en tant que Policier Auxiliaire, puis Adjoint de Sécurité à Bordeaux, Stéphane Liévin est brigadier chef de police et officier de police judiciaire. Il travaille au Commissariat d’Orléans et est aussi représentant du personnel du syndicat majoritaire Unité SGP Police. Cette organisation syndicale, créée en 2009 par le regroupement des organisations syndicales historiques, fondatrices de la Fédération Autonome des Syndicats dePolice (FASP) en 1969, fédération qui domina la scène syndicale jusque dans le milieu des années 1990. 

ENTRETIEN. Jean-Pierre Sueur, ancien maire d’Orléans et sénateur socialiste du Loiret, a été secrétaire d’Etat aux collectivités territoriales sous le second septennat de François Mitterrand. Pendant deux ans (1991-1993), l’élu local a donc pris part aux Conseils des ministres et a pu côtoyer régulièrement le Président français dont on commémore, ce jeudi 8 janvier, la disparition. Mais il n’y avait pas qu’à Paris que Jean-Pierre Sueur et François Mitterrand échangeaient puisque l’ancien chef de l’Etat est venu régulièrement à Orléans, notamment à l’occasion des fêtes de Jeanne d’Arc. Jean-Pierre Sueur, le rocardien de toujours, évoque pour apostrophe45, les souvenirs qui le lient à François Mitterrand, homme « complexe et profond ».

apostrophe45. Comment s’est déroulée votre entrée au gouvernement en 1991 comme secrétaire d’Etat en charge des collectivités territoriales alors que François Mitterrand savait très bien que vous étiez rocardien ? 
Jean-Pierre Sueur. Oui, il le savait bien sûr, mais il savait aussi que je n’avais aucune défiance à son égard, et nous avions même de très bons rapports. 

apostrophe45. Comment se déroulait un Conseil des ministres sous la férule de François Mitterrand ? 
Jean-Pierre Sueur. Il lisait des notes. Il avait beaucoup de notes sous les yeux qu’il lisait en permanence, mais cela ne l’empêchait pas d’être toujours aux aguets. Et dès que quelque chose de significatif était dit, il relevait la tête et réagissait en fonction. Vous savez, il avait une très grande habitude et une très grande expérience des Conseils des ministres sous la IVe République, puis pendant quatorze ans en tant que Président de la République bien sûr. 

« Il m’avait dit que j’aurai beaucoup de mal à être élu maire d’Orléans »

apostrophe45. Laissait-il à ses ministres une grande liberté de manœuvre dans la gestion des portefeuilles qui étaient les leurs ? 
Jean-Pierre Sueur. Oui, totalement. En ce qui me concerne, il m’a toujours soutenu, et il montrait beaucoup d’intérêt pour l’échelle départementale, pour les communes aussi. C’était un homme très attaché à ce niveau-là. Avec son soutien, j’ai pu créer la loi sur les communautés de communes, sur l’action culturelle des collectivités locales ou encore sur la protection sociale des sapeurs-pompiers. 

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apostrophe45. Hormis pendant la période 1991-1993, lors de vos deux années passées au gouvernement d’Edith Cresson puis de Pierre Berégovoy, quels étaient vos rapports avec François Mitterrand ? 
Jean-Pierre Sueur. François Mitterrand s’intéressait beaucoup à Orléans. Il m’avait d’ailleurs dit que j’aurai beaucoup de mal à être élu maire, mais il ne m’a jamais découragé à me présenter pour autant. Il est venu trois fois aux fêtes de Jeanne d’Arc : d’abord en 1946 en tant que ministre des Anciens combattants, puis en 1982, à l’invitation de Jacques Douffiagues, et en 1989, à mon invitation cette fois. J’ai donc fait le parcours avec lui ce 8 mai 1989, et je peux vous dire qu’il fallait connaître la ville sur le bout des doigts : il s’intéressait à tout et m’a questionné sans cesse sur l’architecture de tel ou tel bâtiment. Il s’intéressait à la ville d’Orléans de manière charnelle. Son père, qui travaillait sur la ligne Paris-Orléans, lui avait offert une photo de la cathédrale d’Orléans qu’il contemplait souvent quand il était enfant. 

« La veille de son assassinat, Pierre Chevalier a appelé François Mitterrand »

apostrophe45. Avait-il des amis chers qui habitaient dans le Loiret ? 
Jean-Pierre Sueur. Oui, il était très ami avec Pierre Chevalier (ndlr : maire d’Orléans de 1944 à 1951) qui faisait partie comme lui de l’Union démocratique et socialiste de la Résistance qui a joué un grand rôle sous la IVe République. D’ailleurs, Mitterrand a confié par la suite que la veille de son assassinat, Pierre Chevalier a appelé François Mitterrand pour lui dire qu’il rentrait à Orléans et que sa femme lui avait dit qu’elle allait le tuer. François Mitterrand a essayé de le décourager et de le mettre en garde en lui disant que les crimes passionnels existaient mais Pierre Chevalier lui a répondu qu’il pensait qu’elle ne le ferait pas. Et c’est quand il s'est trouvé en déplacement en province que Mitterrand a appris la mort de son ami. Il a bien sûr assisté à ses obsèques. 

François Mitterrand était très ami aussi avec Léopold Moreau, un professeur de maths du lycée Pothier, avec qui il avait été prisonnier. D’ailleurs, il voulait que Léopold Moreau se présente à la mairie d’Orléans, mais lui n’a jamais voulu faire de la politique. Il a préféré fonder la Fédération nationale des prisonniers de guerre. La fille de Léopold Moreau a d’ailleurs été très longtemps la secrétaire de François Mitterrand, avant et pendant qu’il était Président de la République. Et puis, enfin, il avait aussi comme ami très proche Lucien Feuillâtre, qu’il avait connu aussi en captivité, qui était garagiste, et qui a été maire d’Ingré. Il lui a remis la Légion d’Honneur à l’Elysée. Léopold Moreau et Lucien Feuillâtre étaient les deux seules personnes dans le Loiret à tutoyer François Mitterrand.

« Il aimait beaucoup Saint-Benoît-sur-Loire, la forêt d’Orléans »

apostrophe45. Vous dîtes que François Mitterrand aimait beaucoup Orléans, mais connaissait-il le département du Loiret ? 
Jean-Pierre Sueur. Oui, très bien. A titre privé, il fréquentait l’Hôtel de La Poste à Montargis qui se trouvait alors à mi-chemin entre Paris et Château-Chinon (Nièvre), c’était donc une étape régulière pour lui. Il aimait beaucoup Saint-Benoît-sur-Loire, la forêt d’Orléans et je sais qu’il allait aussi parfois à Saint-Martin-sur-Ocre, dans le Giennois, car Jacques Bonnot, qui a été maire de la commune, et qui était membre du Conseil d’Etat, était un ami d’Anne Pingeot.  Il avait beaucoup de contacts dans le Loiret comme partout ailleurs. Et sa vie était très segmentée, très fragmentée. 

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apostrophe45.  Lorsque François Mitterrand vient inaugurer en 1994 la médiathèque d’Orléans et l’avenue Jean-Zay, c’est un homme fatigué que vous accueillez, non ? 
Jean-Pierre Sueur. Oui, mais il ne montrait rien. Je me souviens, par contre, que Danielle Mitterrand se faisait opérer ce jour-là et que François Mitterrand était préoccupé par son état de santé et qu’il prenait des nouvelles très régulièrement. 

« Michel Rocard a modernisé la pensée socialiste »

apostrophe45. Revenons à cette ligne de démarcation au sein du Parti socialiste, entre les Rocardiens et les Mitterrandiens.  Pourquoi avez-vous toujours fait partie des premiers ? 
Jean-Pierre Sueur. J’ai adhéré au PSU de Michel Rocard lorsque j’étais jeune étudiant. Je suis allé le voir alors que je présidais la section PS de l’ENS. Je suis donc rocardien car j’ai toujours considéré que Michel Rocard avait contribué à rénover le socialisme. Il a modernisé la pensée socialiste, comme Jacques Delors d’une certaine manière. 

apostrophe45. Quel est le point sur lequel les deux courants se séparent le plus nettement selon vous ?
Jean-Pierre Sueur. Michel Rocard défendait une autre politique économique qui laissait à l’entreprise privée toute sa place et toute son importance. Et il avait raison. Le programme de 1981 n’était pas réaliste. Michel Rocard a tenté d’infléchir le programme du candidat Mitterrand en 1981 mais il n’a pas été entendu. En 1983, il est devenu évident qu’il fallait aller dans ce sens-là. En revanche, François Mitterrand avait raison sur la stratégie d’Epinay et la nécessité du rassemblement à gauche. Au congrès de Metz, en 1979, malgré l’échec du programme commun, François Mitterrand l’emporte face à Michel Rocard et à Pierre Mauroy. 

« Mitterrand savait prendre des décisions fortes et s’y tenir »

apostrophe45. Il a parfois été reproché à François Mitterrand d’entretenir une forme d’ambiguité avec des valeurs socialistes pourtant fondamentales. Est-ce votre avis ? 
Jean-Pierre Sueur. Mitterrand savait prendre des décisions fortes et s’y tenir, même quand elle n’étaient pas populaires. Avant la présidentielle de 1981, lors d’une émission avec Jean-Pierre Elkabbach, il a été question de la suppression de la peine de mort. Mitterrand a réaffirmé très clairement que, s’il était élu, il la supprimerait. A la fin de l’émission, l’entourage de Mitterrand est allé voir Elkabbach pour lui reprocher de vouloir faire perdre la Gauche en abordant cette question-là en direct. Sur l’Europe, également, il a été constant. Il a défendu le traité de Maastricht bec et ongles. 

apostrophe45. Voyez-vous dans la manière qu’a François Hollande de diriger le pays une inspiration, des valeurs, des accents mitterrandiens ? 
Jean-Pierre Sueur. C’est difficile de comparer, ce n’est plus du tout la même époque. Mitterrand n’avait pas besoin de « se présidentialiser ». Tout le monde l’appelait « le président » avant même 1981. Il a tout de suite, et sans aucune difficulté, endosser les habits. François Hollande a mis plus de temps. Et, depuis les événements tragiques de l’année dernière, il est totalement dans cette dimension présidentielle. 

« Il a toujours été hanté par les questions religieuses »

apostrophe45. Avez-vous eu des échanges avec François Mitterrand sur la littérature par exemple, un sujet qui pouvait vous réunir ? 
Jean-Pierre Sueur. Oui, François Mitterrand aimait beaucoup parler et parler d’autre chose que de politique.  C’était un esprit très ouvert. Il avait une culture catholique profonde, il a toujours été hanté par les questions religieuses, la question de la mort était très présente chez lui. Quelques jours après sa mort, Danielle Mitterrand a eu cette phrase : « Maintenant, il sait. »  

Propos recueillis par Anthony Gautier.

 

MANDAT. Sans surprise, le chef de file de la liste UDI-LR, le centriste Philippe Vigier, a annoncé, ce mercredi 16 décembre, à apostrophe45 son intention de démissionner du Conseil régional où il vient d’être élu dans l’opposition avec dix-neuf autres de ses colistiers. Au second tour, la liste qu’il conduisait a obtenu 34, 58% des suffrages, devancée par celle de François Bonneau (PS-EELV) créditée de 35,43%, tandis que Philippe Loiseau, le candidat frontiste, a fermé la marche avec 30,00% des voix. La majorité obtient donc 40 sièges, contre 20 pour le groupe UDI-LR et 17 pour le FN. Entretien. 

SECOND TOUR. Crédité de « seulement » 26,5% des suffrages à l'issue du premier tour des élections régionales, le chef de file (UDI) de l'alliance de la droite et du centre est loin d'être en position favorable à l'approche du second tour. Non seulement ce score est très nettement en deçà des prévisons des sondeurs qui annonçaient la droite aux alentours des 30% d'intentions de vote, mais en plus le duo UDI-LR est talonné par le président socialiste sortant, François Bonneau, qui a capitalisé 24,31% des voix, et qui bénéficie d'un réservoir de voix bien supérieur à celui de la droite. Rappelons que le FN, avec 30,49% des votes, est arrivé en tête de ce scrutin. Comment, dans ce contexte peu favorable, Philippe Vigier espère-t-il faire la différence dimanche prochain ? Comment analyse-t-il son score du premier tour ? Quel regard porte-t-il sur la fusion des listes PS et EELV ? Telles sont quelques-unes des questions abordées lors de cet entretien accordé à la rédaction d'apostrophe45.

REGIONALES 2015. En tête de ce premier tour de scrutin des élections régionales dans le Centre-Val de Loire avec 30,49% des suffrages, Philippe Loiseau estime être en capacité, non seulement de remporter la présidence de la région dimanche prochain, mais également d’y assurer un mandat « avec des des hommes et des femmes d’expérience ». Entretien. 

REGIONALES 2015. Pour apostrophe45, le président socialiste sortant explique les raisons pour lesquelles il a préféré « décommander » la venue de Martine Aubry et de Christiane Taubira lors de cette campagne pour les élections régionales. Bien informé manifestement sur le contenu du discours de Nicolas Sarkozy à Saint-Jean-le-Blanc, mercredi soir, il fustige le « manque de respect » de la droite et de la « droite extrême », à l’encontre du MoDem. Entretien. (...)

SAMU - Alexis Bertrand, médecin au Samu 45, est responsable de la partie gestion des risques exceptionnels. Il était parmi les deux équipes engagées, vendredi 13 novembre, à la demande du Samu de Paris pour éventuellement prendre en charge des blessés graves sur le site du Bataclan. Il n'en a pas eu l'occasion malheureusement. Il nous explique le travail des premiers intervenants sur des attentats de ce type et la préparation en amont (...)

SOLIDARITE. Depuis le mercredi 11 novembre, une famille de réfugiés syriens qui a fui la guerre dans son pays a été accueillie à Saran. Il s’agit d’un père, diplômé en droit, et de sa fille de 18 ans, qui préparait son baccalauréat littéraire. « Leur accueil dans le Loiret a été réalisé avec l’accord de la commune de Saran et s’inscrit dans une démarche humanitaire. Il vise à leur offrir un nouveau cadre de vie, le statut de réfugié leur ayant été octroyé », est-il précisé dans un communiqué de presse émanant des services de la préfecture. Maryvone Hautin, maire communiste de Saran, explique à apostrophe45 les conditions dans lesquelles cet accueil a eu lieu

RÉGIONALES 2015 - Il a fallu plusieurs mois avant que le MoDem ne se décide à rallier la liste du centriste (UDI) Philippe Vigier. Si l'homme ne posait pas de problème au mouvement démocrate, c'est son second, le républicain Guillaume Peltier, au parcours atypique, qui retenait, voire crispait le président régional du MoDem, Marc Fesneau. Aujourd'hui, les deux hommes ont appris à se connaître et même à s'apprécier comme ce dernier l'a laissé entendre lors de la présentation de la liste des 22 dans le Loiret.

apostrophe45. Pourquoi avoir mis autant de temps avant de vous décider à rejoindre la liste de Philippe Vigier (UDI) et de Guillaume Peltier (Les Républicains) 
Marc Fesneau, (président du MoDem en région Centre-Val de-Loire). C'est difficile de travailler avec les gens (...)

RUPTURE - « Gouvernez ! Pour un nouvel exercice du pouvoir », encourage François Cornut-Gentille, député-maire (Les Républicains) de Saint-Dizier (Haute-Marne), dans un énième ouvrage sur la crise du politique, voire de la politique. On pourrait toutefois s'étonner de cette injonction formulée par ce parlementaire installé dans « le système » depuis 21 ans. Pourtant, au risque de bousculer la gouvernance traditionnelle, de gauche comme de droite, ce proche d'Alain Juppé jette un pavé dans l'hémicycle, pointant du doigt « l'action publique sans but, l'exercice du pouvoir qui tourne à vide depuis des décennies, les lobbies exercés sur les politiques, le manque de réflexion et de profondeur aussi dû, en partie, à la dictature du court terme. » Ce regard, à froid, analytique et transpartisan a pour objectif de renforcer le législatif dans un rôle d'interpellation, de « lanceur d'alertes ». Conversation avec un député qui aexprime, dans cette France malade, l'envie de transformer les choses. 

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