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Le 15 Octobre 2018, 10h21

Décryptage

Explications diverses et approfondies

RÉGIONALES 2015 - Ambiance tendue dimanche soir à la permanence orléanaise de l'union de la droite et du centre. Philippe Vigier, candidat UDI-LR-MoDem, a attendu une heure après les premières estimations qui le donnaient au coude à coude avec le socialiste François Bonneau pour reconnaître sa défaite (34,58% contre 35,43% pour le PS). Le centriste souhaitait d'abord connaître les résultats définitifs « de Tours, Chartes et des quelques petites villes » (ndlr : les bureaux de votes fermaient respectivement à 19 h et 20 h) pour « remercier une équipe formidable qui s'est battue et a su créer des liens donnant à la campagne une dimsension humaine » (...)

TOUT ET SON CONTRAIRE - Vivre de la politique tout en la fustigeant, dénoncer le système tout en l'incarnant, être un élu européen tout en dénigrant l'Europe, briguer la présidence d'une de ces grandes régions tout en décriant ses instances, développer l'économie, dont les nouvelles régions auront des compétences renforcées, tout en souhaitant la fermeture des frontières ? Au Front National, les contradictions ne manquent pas. La rédaction d'apostrophe45 a décidé de les relever au-delà de tout esprit polémique, de toute idéologie, mais pour tenter d'identifier les difficultés ou plutôt les incohérences auxquelles serait confronté le candidat frontiste, Philippe Loiseau, s'il était élu, dimanche prochain, président de la Région Centre-Val de Loire. 

MENACE. Le vote extrême-droite est très difficile à analyser à l’échelle d’une ville comme Orléans dans la mesure où, même s’il est en très nette progression depuis dix ans, cette ascension ne se fait pas de manière linéaire et obéit à des données et des contextes, locaux et nationaux, peu dicibles. En outre, les scrutins de proximité comme les élections municipales, et dans une moindre mesure départementales, une prime de « notabilité » est adressée par les électeurs à un maire ou un conseiller départemental sortant dont le bilan est jugé bon, laquelle éloigne du vote frontiste des personnes qui, pour une consultation nationale ou régionale, auraient apporté leur suffrage à l’extrême-droite. (...)

FIDÉLITÉ - Trois jours après le premier tour des régionales, qui a glacé les prétentions de l'union de la droite et du centre (25,80% contre 30,50% pour le FN et 24,50% en faveur du PS), François Fillon se rendra, ce mercredi à Olivet (19 heures, salle d'Yvremont). Et ce, une semaine après la venue de Nicolas Sarkozy à Saint-Jean-le-Blanc pour soutenir le candidat Philippe Vigier (UDI), épaulé par Guillaume Peltier (LR) et Marc Fesneau (MoDem). Nul doute donc que l'ancien Premier ministre (LR) en appellera, lui aussi, à « La Renaissance » de la droite et du centre dont le slogan de campagne de Philippe Vigier n'aura jamais aussi bien porté son nom (...)

SECOND TOUR. A l’évidence, le second tour des élections régionales s’annonce particulièrement incertain avec trois listes arithmétiquement en position de l’emporter. Ceci étant, chacune d’entre elles ne peut accéder à la présidence de la région que sous l’effet d’un report de voix relativement important d’électeurs qui ne lui a pas fait confiance au premier tour. Et, paradoxalement peut-être, si le président socialiste sortant François Bonneau est celui qui a le plus de chemin à faire pour être élu dimanche prochain, c’est aussi celui qui a, potentiellement, le plus de réservoir de voix à sa disposition. (...)

PALMARES. Dans un contexte de vive concurrence entre les régions françaises, la région Centre-Val de Loire est loin de tirer son épingle du jeu en terme de rayonnement économique. Quelle que soit la couleur politique du prochain hémicycle régional au soir du 13 décembre, il y a sans doute dans ce palmarès des enseignements à tirer et des priorités à prendre en compte.  (...)

GRANDEUR. Ephémère professeur d’histoire à Epernay (Marne) après l’obtention du CAPES, Guillaume Peltier, chef de file des Républicains en région Centre-Val de Loire, additionne les références historiques dans chacun de ses discours pour évoquer et incarner la « Renaissance », devenue le slogan de sa campagne aux côtés de Philippe Vigier (UDI) et le résumé de l’ambitieux programme qu’il assure développer en cas de succès électoral. 

Il y a, évidement, dans cette ambition emphatique martelée sur les tribunes publiques, quelque chose de surprenant d’abord, d’un peu ridicule ensuite, tant les prétentions du candidat Peltier, aussi louables soient-elles pour celles et ceux qui partagent sa ligne politique, sont tout simplement hors propos. En l’espace d’un court mandat de six ans, exercé à l’échelle régionale, et dans un contexte historique où la région Centre-Val de Loire n’est, qui plus est, pas menacée par la progression des Anglais ou le soulèvement des paysans (...)

TRAIT POUR TRAIT - Les huit candidats aux élections régionales des 6 et 13 décembre négocient le dernier virage d'une longue campagne débutée il y a pès de six mois. Nul doute qu'au fil des des mois et des rencontres, les programmes se sont affinés et ont été ajustés avant de laisser place aux multiples conférences de presse, aux meetings et à la non moins fameuse profession de foi. 

apostrophe45 a donc décidé de jouer, dans un premier temps, au jeu des similitudes entre les différentes propositions formulées par les candidats, de l'extrême gauche à l'extrême droite. Et ce sur cinq thèmes majeurs relevant, bien sûr, des compétences élargies de la Région : l'économie, la santé, l'environnement, les transports et le tourisme. Attention, il ne s'agit pas là d'un énoncé par le détail du programme des huit candidats à la Région Centre-Val de Loire mais des principaux points communs entre les partis dans les domaines précédemment cités. La rédaction s'emploiera, dans un second temps, à vous présenter les principales différences entre les huit formations politiques candidates à l'éxécutif régional (...)

HERITAGE. A gauche, les valeurs de fraternité, de solidarité, l’intérêt pour la culture et l’enseignement, le tropisme pour le monde associatif et le domaine public ; à droite, les ambitions économiques, la valorisation de la réussite individuelle et du secteur privé, l’étendard de l’identité régionale et le monopole du rayonnement : la campagne pour les élections régionales - en Région Centre-Val de Loire tout au moins - a enfermé, à nouveau, et jusqu’à la caricature souvent, les deux principales formations politiques UDI-LR et PS dans des cultures politiques dont les lignes n’ont, à quelques nuances (...)

MAUVAIS TEMPS. Depuis plusieurs semaines, la rédaction avait sollicité Corinne Leveleux-Teixeira, élu municipal PS à Orléans et conseillère régionale, pour faire taire une rumeur ou accréditer une information : l’élue orléanaise, qui n’est pas en lice pour un nouveau mandat régional, prendrait progressivement ses distances avec la politique locale pour se tourner vers d’autres élections, universitaires celles-là, qui auront lieu à l’été 2016. En conseil municipal, à Orléans, l’élue est, il est vrai, moins présente oralement dans l’hémicycle, laissant de plus en plus Marie-Emmanuelle Matet porter la contestation socialiste sur les questions sociales notamment et Jean-Phillippe Grand (EELV) sur celles liées au développement durable.

« Je continue à faire de la politique, à m’intéresser aux affaires locales, municipales et d’agglomération »

Son emploi du temps très chargé ces derniers temps du fait de sa participation à un jury d’agrégation en droit dans une université parisienne a retardé la date de l'entretien. Puis survinrent les attentats du 13 novembre après lesquels il est si difficile d’évoquer des sujets locaux, dérisoires pour tous, et à commencer pour elle. L’élue orléanaise était d’ailleurs à Paris ce vendredi tragique, à quelques centaines de mètres du massacre, et se souvient avoir vu le ciel parisien « tout bleu » du fait de la myriade de gyrophares qui affluaient sans cesse pour secourir et évacuer les victimes. 

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Pendant la campagne des municipales de mars 2014. (Photo. L'Hebdo d'Orléans)

Le séisme émotionnel un peu moins destabilisant, le rendez-vous est donc pris à Orléans. « Je continue à faire de la politique, à m’intéresser aux affaires locales, municipales et d’agglomération», lâche d’emblée Corinne Leveleux-Teixeira, que l’on avait informé de l’angle du papier. Au moins, on est fixé. Pas de volonté, pourtant, de repartir à l’assaut des élections régionales. François Bonneau n’aurait-il pas souhaité sa présence sur la liste du Loiret après la claque des municipales et son échec à incarner le renouveau socialiste à Orléans ? A cette question, l’intéressée se raidit un peu, garde néanmoins son sourire et répond du tac-au-tac qu’il faudrait qu’on lui pose la question à lui, directement. « François Bonneau n’a pas souhaité poursuivre avec moi, comme avec Jean-Vincent Valliès qui a pourtant gagné à Chécy. Carole Canette a échoué, et elle est là », précise ensuite l’élue qui ne veut pas voir de corrélation entre les municipales 2014 et la liste PS aux régionales de 2015. D’ailleurs, elle ne conserve pas de ce mandat qui s’achève dans quelques semaines une impression très favorable. « Je trouve que c’est un mandat qui peut être extraordinaire mais je suis déçue de la manière dont le mandat s’est déroulé, ce n’est pas le lieu où l’on peut faire le plus de choses ou alors il aurait fallu que j’ai une mission sur un dossier particulier », regrette-t-elle, même si elle s’empresse d'ajouter qu’elle est « très fière du bilan de François Bonneau, un homme très dynamique »

« La politique, c’est aussi une question de timing, de calendrier, il n’est pas favorable depuis plusieurs années pour le Parti socialiste »

Retour à l’interrogation liminaire. En dépit de la réaffirmation de son intérêt pour la chose publique locale, a-t-elle l’intention de prendre de la distance, électorale alors, avec les assemblées locales ? La défaite au premier tour des municipales de 2014 en aurait poussé plus d’un vers la porte de sortie. Pas Corinne Leveleux-Teixeira. Pour elle, le contexte national a largement nui à la portée de sa candidature et à l’écho de son programme. « Je n’ai pas d’amertume par rapport à la campagne. La politique, c’est aussi une question de timing, de calendrier, il n’est pas favorable depuis plusieurs années pour le Parti socialiste. Le PS a perdu la moitié de ses élus en mars 2014. Nous n’étions pas audibles », récite l’élu d’opposition.

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Alors, pour qualifier au mieux sa position actuelle, Corinne Leveleux-Teixeira cherche des métaphores dans le domaine du nautisme à la voile. « Baisser la voile »« attendre des vents meilleurs », elle hésite sur le bon terme. Un retrait stratégique en tous les cas qui n’est pas une capitulation, loin de là. D’autres ambitions électorales - les législatives ? - naîtront peut-être quand le vent soufflera davantage à bâbord dans le Loiret. « Cela m’a incitée à reconfigurer ma manière de faire de la politique, pas à abandonner », assure-t-elle. Et à miser d’abord sur les mouvements citoyens, en attendant une éclaircie dans le ciel politique national. « Je travaille sur des choses discrètes plus que sur des actions médiatiques, sur les questions sociales, sur le passage en communauté urbaine. Le mouvement citoyen doit avoir son mot à dire sur certains sujets. Je pense actuellement au devenir du collège Anatole-Bailly, à Orléans, par exemple ».

« Une association, c’est un collectif et on doit avoir à cœur de faire vivre ce collectif. Philippe Rabier est un électron libre »

Ceci étant, Corinne Leveleux-Teixeira a exploré aussi cette voie-là, parallèle à celle d’un mandat électif, via sa participation à l’association OSER - Orléans, solidaire, écologique et républicain -, fondée dans le prolongement de la campagne pour les municipales 2014. Mais, là encore, elle fait le constat d’une déception, voire d’une amertume, eu égard à la manière dont Philippe Rabier, le président actuel, a assumé cette présidence. « Une association, c’est un collectif et on doit avoir à cœur de faire vivre ce collectif. Philippe Rabier est un électron libre. Il n’y a plus de collectif, il y a la prise de pouvoir d’une personne », regrette, avec franchise, l’élue orléanaise qui attend le mois de décembre, et le départ de Philippe Rabier de son fauteuil de président, pour apprécier les éventuels leviers qu’elle pourrait actionner au sein de l’association. Sans certitude néanmoins.

« Les gens de gauche sont devenus très méfiants à l’égard des propositions politiques »

2016 sera une année sans élection, et donc le moment pour elle de prendre « le temps de la réflexion ». Les sujets sociaux, et sources d’inquiétude, ne manquent d’évidence pas. L’association OSER peut servir de relais, mais pas seulement elle, d’autant que l’élue a conscience de l’immense difficulté à « mobiliser le peuple de gauche »« Les gens de gauche sont très déçus par la politique de François Hollande et sont devenus très méfiants à l’égard des propositions politiques. Il est difficile d’entraîner les citoyens dans des causes politiques. Pour autant, aujourd’hui, personne ne peut mesurer l’impact sur la société française des attentats de Paris. »

Reste que la voix de gauche est, en effet, peu audible à Orléans depuis la fin de l’ère Sueur et que les successeurs tardent à se faire entendre au niveau municipal. « C’est vrai que ce que l’on peut dire ou faire ne porte pas. L'opposition municipale est réduite, le changements d’horaire - ndlr : le conseil municipal passé de 18 heures à 14h30, un lundi par mois - a accentué cela. Je crois toujours à la politique pour faire bouger les choses. Mais, depuis les municipales, j’ai été surprise aussi par la capacité de certains à saborder leur propre camp, et j’ai pris conscience des limites de l’action politique quand on est de gauche. Nous avions un programme de qualité, des propositions fortes, dont certaines sont reprises par l’actuelle majorité », confie-t-elle avec une pointe d'aigreur. 

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« J’ai vraiment la volonté de faire bouger mon université qui ne va pas bien du tout »

En attendant des vents meilleurs à Orléans, Corinne Leveleux-Teixeira se tourne donc vers une autre élection, celle de la présidence de l'université d’Orléans puisque Youssoufi Touré cèdera sa place à l’été 2016. Mais, là encore, les éléments naturels, ou historiques, ne sont pas en la faveur de la professeur d’histoire du droit qui devrait être opposée à Ary Bruand, un scientifique, professeur à l’Institut des Sciences de la Terre. Or, le collège des électeurs est, depuis plusieurs décennies, largement favorable aux candidats issus des rangs techniques et scientifiques. « J’ai vraiment la volonté de faire bouger mon université qui ne va pas bien du tout. Il faut qu’elle retrouve le rang qui doit être le sien, à l’échelle régionale et nationale », développe, avec gravité, Corinne Leveleux-Teixeira.

Une nouvelle fois, les vents ne semblent pas particulièrement porteurs et les chances de victoire très faibles. Décidément, la météo n’est pas pas propice aux sorties à la voile pour Corinne Leveleux-Teixeira. « Le pessimiste se plaint du vent, l'optimiste espère qu'il va changer, le réaliste ajuste ses voiles », dit cet écrivain américain qui n'est resté célèbre que pour quelques aphorismes de ce genre. De ces trois positionnements, l’élue d’opposition socialiste a, semble-t-il, choisi le troisième. Sans trop savoir vers quelle destination électorale cette navigation à vue la conduira. 

Anthony Gautier

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