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Le 20 Octobre 2018, 13h38

Ils sont 55 mineurs isolés, entre 14 et 17 ans, à peupler depuis mercredi soir le centre de Cerdon-du-Loiret après le démantèlement de la Jungle de Calais.

Mis à l'abris après plusieurs mois passés dans la Jungle de Calais où les conditions de vie n'étaient, de toute façon, plus acceptables, ces jeunes de 14 à 17 ans vivent aujourd'hui « à vingt dans deux dortoirs et à quinze dans le troisième »

EN RASE CAMPAGNE - Cerdon-du-Loiret, à peine 1.000 habitants. Son centre-bourg est désert, ou presque. La vie y est comme figée. Seuls quelques groupes d'adolescents, venues d'ailleurs, coulent au compte-gouttes le long des trois kilomètres qui relient le centre de vacances de jeunes IGESA du cœur du village. Au dire des dernières informations, ces « gamins » n'ont pas grand-chose de local. En effet, la petite commune du Loiret, à quelques encablures de Sully-sur-Loire, accueille, depuis un peu plus de 48 heures, de jeunes migrants, suite au démantèlement total de la Jungle de Calais.

Ces « mineurs isolés étrangers », selon la formule administrative, - 55 garçons au total - tentent de vaincre l'ennui au milieu des bâtiments transformés « en urgence mais dans la dignité » en centre d'accueil et d'orientation (CAO). Soudanais pour la grande majorité d'entre eux - il n'y a ici que deux Égyptiens et deux Tchadiens -, ils ont tous été répartis, dès leur arrivée mercredi en fin d'après-midi, dans trois dortoirs. « Mis à l'abris » après plusieurs mois passés dans la Jungle de Calais où les conditions de vie n'étaient, de toute façon, plus acceptables, ces jeunes de 14 à 17 ans vivent aujourd'hui « à vingt dans deux dortoirs et à quinze dans un troisième »

Le CAO de Cerdon est à trois kilomètres du bourg. Visite de ce centre de vacances transformé en centre d'accueil pour 55 mineurs isolés étrangers.

Chacun, à sa manière, tente donc de prendre, bon an mal an, des repères perdus depuis bien trop longtemps. Autre lieu, même sentiment : « Not good, not bad », lâche au débotté l'un de ces jeunes Soudanais au sortir du réfectoire. Ce vendredi après-midi, les regards balayent effectivement ce bout de campagne loirétaine. Là, au beau milieu d'un centre de vacances qui n'a finalement que le nom, et où l'on s'occupe comme on peut, « avec un ballon, une guitare ». Car « beaucoup n'ont rien, absolument rien. Ils sont arrivés mercredi sans bagages », précise le directeur du centre de Cerdon-sur-Loire, Raphael Gonçalves. 

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«Beaucoup sont arrivés mercredi sans bagages»

Du Soudan à la Libye, via l'Italie, la France, puis « la Jungle » de Calais, la porte de La Chapelle à Paris pour certains, et finalement Cerdon, ces 55 mineurs ont surtout la tête emplie de questions, voire de suspicions : « Où sommes-nous ? Pourquoi ici ? Où se situe-t-on sur la carte de France ? Où est la gare la plus proche ? Sommes-nous loin de Paris ? Combien de temps devrons-nous rester ? Qui sont les (15) encadrants ? » Autant d'interrogations qui, selon Raphaël Gonçalves, reviennent sans cesse depuis mercredi, malgré le bon accueil, le réconfort, l'encadrement plus sécurisé, les plats chauds, etc. Et autant de signaux qui révèlent la vraie, la seule motivation de tous ces jeunes décidés, pour la plupart, à quitter la France pour l'Angleterre. « Certains ont clairement formulé qu'ils ne souhaitaient pas rester », concède le directeur du centre de Cerdon. « Mais au bout de deux jours, nous sommes toujours à 55 », indique-t-il, à seulement quelques minutes de réaliser le premier recensement depuis l'arrivée de tout ce petit monde. « Cela se fera en présence d'une interprète, afin de faire un état des lieux individuel et collectif mais aussi pour mieux connaître le projet de vie de chacun », précise ce dernier.

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Dans les jours prochains, « ces jeunes pourront être accompagnés par des professionnels du secteur social, des interprètes bien sûr (peu parlent anglais), des éducateurs spécialisés, des assistantes sociales, des juristes spécialisés dans le droit des étrangers, des formateurs, etc. », énumère-t-il. « Pour l'instant, nous voulons au moins leur laisser un temps de parole. »

Le centre fermera le 15 mars 2017 

Reçus par le préfet du Loiret, Nacer Meddah, et le maire de la commune de Cerdon, Alain Ache, ces jeunes migrants ont alors pris conscience du caractère provisoire de leur séjour dans le département. « Le temps d'effectuer l'examen, au cas par cas, des dossiers des 55 mineurs isolés. Ce travail se fera aussi en lien avec les autorités britanniques », rappelait dernièrement le préfet du Loiret. Une lettre d'information municipale adressée aux Cerdonnais confirme, par ailleurs, que« la date de fermeture du centre est prévue pour le 15 mars 2017 »

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D'ici là, l'objectif est d'apprendre les règles de vie imposées en collectivité au sein du centre. Et visiblement, « ça ne pose pas vraiment de problème, constate Raphaël Gonçalves. Dès qu'on leur dit quelque chose, ils agissent plutôt que de laisser faire. Il n'y a pas d'agressivité entre eux, ni contre nous. Ils ont compris, après leur passage à Calais, qu'ils n'ont aucun intérêt à détériorer quoi que ce soit ici car c'est pour eux. » 

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Ce samedi, dix jeunes de Cerdon et dix autres de Pierrefitte-ès-Bois (l'autre centre du Loiret où séjournent 38 mineurs) iront passer un bilan de santé complet et ce, « en fonction des besoins »

Pour l'heure, Cerdon, petit village de campagne excessivement calme, se veut la terre d'asile - même provisoire - de ces adolescents en quête d'un avenir. Selon nos informations, certains commerçants n'ont d'ailleurs pas manqué de leur tendre la main. Sans doute, est-ce encore la meilleure des façons de leur souhaiter la bienvenue.  

Richard Zampa