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Le 19 Août 2018, 08h09

Le député du Loiret, Caude de Ganay, a planché sur la question de l’intelligence artificielle et ses enjeux éthiques, juridiques, économiques...

«Le pays qui sera en pointe dans le domaine de l’IA disposera d’un pouvoir considérable», Claude de Ganay, député LR.

I.A. - La machine prendra-t-elle, un jour, le pouvoir sur l’homme ? En marge des clichés de science-fiction, l’intelligence artificielle - ou I.A -  est pourtant appelée à révolutionner nos vies. D’ailleurs, sans que l’on en ait forcément conscience au quotidien, l’on goûte déjà à l’intelligence artificelle portative, intégrée dans les téléphones mobiles ou encore, pour ne citer que cet exemple, les ordinateurs de bords de nos voitures. L'intelligence artificielle doit pouvoir s’adresser à tous, si l’on en en juge la volonté affichée notamment par le gouvernement. Autrement dit, la technologie devrait encore s’accélérer dans les dix prochaines années. C’est d’ailleurs la feuille de route adressée par Emmanuel Macron au député LREM de l’Essonne, mathématicien et lauréat de la très prestigieuse médaille Fields, Cédric Villani. Quels axes actionner du point de vue économique, politique, culturel, éthique, dans l’éducation, etc. ? 

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Cédric Villani (@afp).

L’I.A portative va donc nous faire gagner du temps et simplifier nos vies, en réalisant à notre place tout une série de tâches simultanément et rapidement. Certains prétendent même que l’I.A fera disparaître la fracture numérique, le fameux digital divide

15 recommandations

La particularité de cette mission, c’est qu’elle s’inscrit dans la continuité de certains rapports précédents et en particulier «France I.A». Et en particulier celui co-écrit dans le cadre de l’Office parlementaire de l’OPECST - Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) - entre 2016 et 2017 par le député LR du Loiret, Caude de Ganay et la sénatrice PS Dominique Gillot. Ce rapport international, intitulé « Pour une intelligence artificielle maîtrisée, utile et démystifiée », peut être consulté sur le site du Sénat. Il présente les enjeux éthiques, juridiques, économiques, sociaux et scientifiques de ces technologies, parmi lesquels la place prépondérante de la recherche privée, dominée par les entreprises américaines et, potentiellement, chinoises, l’accélération du passage à une économie globalisée dominée par des plateformes, les transformations du marché du travail, les régimes de responsabilité, les biais et les problèmes posés par les données et les algorithmes, le phénomène de « boîtes noires » des algorithmes et la question des « bulles d’information ».

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Claude de Ganay.

Les rapporteurs invitent-là à conduire la réflexion sur l’intelligence artificielle de manière sereine et rationnelle, afin de mettre en avant ses opportunités tout autant que ses risques, de rassurer le public et de démystifier les représentations biaisées de l’intelligence artificielle. Les progrès en intelligence artificielle posent des questions auxquelles toute la société doit être sensibilisée.

apostrophe45. Dans les grandes lignes, qu’est-ce que ce rapport montre après que vous ayez pu rencontrer toutes les sommités de l’intelligence artificielle internationale ?
Claude de Ganay (député LR du Loiret). On a réalisé un état des lieux pour savoir où nous en étions en matière d’intelligence artificielle et quels sont les problèmes principaux que pose l’I.A, principalement sur un plan éthique. C’est-à-dire, déterminer des recommandations sur le plan de la confidentialité, de la morale mais également philosophique, scientifique et sociologique.

Pour plus de détails, consulter :

La synthèse du rapport avec ses 15 propositions

L’infographie du rapport

Le billet de l'Espace presse

apostrophe45. Sur quoi faut-il être le plus vigilant justement en matière d’intelligence artificielle dont les capacités semblent quasi illimitées, tous domaines confondus ?
Claude de Ganay (député LR du Loiret). Il a d’abord fallu replacer l’intelligence artificielle dans son contexte réel, tant elle est caricarturée au cinéma. Car les robots ne sont qu’un outil de l’intelligence artificielle. Nous nous sommes intéressés aussi à la problématique des véhicules autonomes, aux travaux scientifiques réalisés au profit de la médecine, etc. Mais pour répondre à votre question, nous avons concentré une partie de nos efforts sur l’éthique car des milliards de données sont détenues par de grandes plateformes internationales asiatiques (chinoises principalement) et américaines (Facebook, Amazon, Apple, google, Microsoft). La charte éthique élaboré par ces puissances sont, selon moi, un rideau de fumée. Parce que les milliards de données qu’ils possèdent sur vous, sur moi, obtenus via Internet et les réseaux sociaux peuvent être utilisées à leur guise. On le voit déjà en termes de publicité. Par exemple, sur un smartphone, tout le monde a déjà reçu des publicités lorsque vous effectuez une recherche avec des mots clés. C’est une inquiétude légitime de la part des responsables politiques de poser des garde-fous. En Inde, par exemple, des milliards de données médicales ont été recensées sur des centaines de millions d’individus. C’est fabuleux sur le plan médical mais il faut être vigilant quant à l’utilisation de ces données. Ça peut aussi être dramatique. 

apostrophe45. Quelles sont les armes principales de la France en matière de recherche et de développement de l’intelligence artificielle. 
Claude de Ganay (député LR du Loiret). Notre matière grise. Nous sommes leaders en France en mathématiques et nous fournissons à toutes les grandes plateformes américaines et chinoises une grande partie de nos experts. Il y a là un pillage de nos brillants chercheurs avec des moyens financiers que nous ne pourrons jamais proposer à ces gens-là. Par exemple, le patron de la recherche chez Facebook, c’est Yann LeCun et il est Français. 

«Il y a là un pillage de nos brillants chercheurs»

apostrophe45. Mais la France ne disposera jamais des moyens de ces plaformes. Dès lors, comment figurer quand même à la pointe de cette technologie ?
Claude de Ganay (député LR du Loiret). En effet. Quand on a interrogé la communauté scientifique à Oxford (Grande-Bretagne), les experts nous ont répondu qu’ils ne comprenaient pas trop qu’un pays comme la France puisse laisser filer ses cerveaux et qu’il ne soit pas plus leader sur le sujet. Le secrétaire d’État au Numérique a récemment confié au député LREM Cédric Villani, président de l’OPECST, une mission sur l’I.A. J’étais convié mais je n’ai pu m’y rendre. Je sais qu’il a lu notre rapport et j’espère pouvoir m’associer à ses côtés sur ces problèmes stratégiques et de développement.  

apostrophe45. Est-ce que l’intelligence artificielle aura un réel pouvoir d’influence pour un état sur le plan économique, notamment. Autrement dit, est-ce que le pays qui sera le plus en avance dans le domaine de l’intelligence artificielle sera le maître du monde ?
Claude de Ganay (député LR du Loiret). C’est l’une des grandes inquiétudes en effet. On l’a vu avec les piratages informatiques de grands groupes internationaux, voire d’états, notamment lors d’élections. Le pays qui sera en pointe dans le domaine de l’IA disposera d’un pouvoir considérable. 

apostrophe45. Comment faire alors pour que l’intelligence artificielle profite à tous ?
Claude de Ganay (député LR du Loiret). Dans tous les domaines, c’est déjà le cas grace aux objets connectés, à la domotique, aux voitures intelligentes ou automatisées, sans parler de la médecine. Au quotidien, nous avons recours à de l’intelligence artificielle. La révolution est en marche.

Propos recueillis par Richard Zampa