Le pure-player qui vous sort de votre quotidien

Le 17 Décembre 2017, 20h51

L'ex-président du MJS accusé d’agressions sexuelles est entré en politique à Orléans comme responsable fédéral de l'UNL au lycée Charles-Péguy.

Thierry Marchal-Beck a notamment succédé à Baptiste Chapuis à la tête d'un syndicat lycéen à Orléans avant d’intégrer Sciences-Po Lille.

LA CHUTE - Abus de pouvoir, pressions ou encore actes sexuels contraints, les témoignages recueillis par le quotidien Libération accablent Thierry Marchal-Beck, 32 ans. Les faits ne datent toutefois pas d’aujourd’hui. Il aurait agi de 2010 à 2014, parfois en public, et « beaucoup de cadres connaissaient son comportement », selon Libération

Dans le landerneau, les réactions sont mitigées, en lisant les révélations du quotidien qui relaie dans son édition de mercredi les témoignages de huit femmes. « Je ne le connais pas personnellement. Et, localement, on a toujours des échos souvent déformés de ce qui peut se passer. Dès lors, c’est à la justice de faire son travail. Mais si jamais il est avéré que ce type de comportement a été caché par certains responsables du parti (PS), car il est impossible que cela ne se soit pas su, ce serait là un grave problème », déclare Julien Lesince, président du MJS 45, attentif à la problématique du sexisme au sein de la section départementale.

Surtout que le MJS est une toute petite structure incarnée par son « chef », lui-même entouré de quelques permanents, « et où tout se sait ». Dès lors, le mouvement a forcément occulté, sinon couvert, les agissements de son ancien président, présenté comme quelqu'un d'« égotique », d'« omnipotent » et « grisé par le pouvoir ». « Symbole d’un système où la parole des femmes était (auto)censurée pour ne pas nuire à “l’orga”», explique l'article de Libération. Aussi, quand on s'attaque au président, on touche de facto à la structure. Difficile donc pour les victimes de parler, de dénoncer, voire de se confier. 

« Dans leur grande majorité, les faits reprochés à Thierry Marchal-Beck sont prescrits et n’ont pour l’instant pas fait l’objet d’une plainte, même si deux victimes y réfléchissent », précise le journal. Malgré tout, le Parti socialiste a réclamé, mardi soir, « des suites judiciaires » après des accusations de harcèlement et d’agressions sexuelles visant un ancien président du Mouvement des Jeunes socialistes. « Les témoignages qui accusent un ancien président du MJS de harcèlements sexuels et d’agressions sexuelles à l’encontre de jeunes femmes, militantes du mouvement de jeunesse, sont d’une extrême gravité. Ils ne sauraient rester sans suites judiciaires adéquates », a fait savoir le PS dans son communiqué.

Lycéen, «TMB» a milité comme responsable fédéral de l'Union nationale lycéenne (UNL) à Orléans

L’ancien dirigeant socialiste, surnommé « TMB » dans le milieu militant, a dirigé le MJS entre 2010 et 2013 dans le cadre du dixième congrès national, organisé à Strasbourg en 2011. Le 19 novembre, seul candidat en lice, il remporte le vote avec 71,6 % des voix des délégués et devient le dirigeant du MJS jusqu'au 17 novembre 2013. Mais il a d’abord milité comme responsable fédéral de l'Union nationale lycéenne (UNL), pendant deux ans, au lycée Charles-Péguy à Orléans, au début des années 2000, entrant ainsi en politique. « Pour certains, c'est la surprise, pour d'autres, ça l'est mois. Des alertes avaient, par le passé, été lancées... », explique un ancien élu local qui l'a « bien connu », alors que Thierry Marchal-Beck était scolarisé à Orléans.

Né à Metz, il est le fils de l'ancien directeur de cabinet de Michel Dinet, inspecteur de l'Éducation nationale à Nancy. Et sa mère était, quant à elle, proviseure du lycée hôtelier (professionnel) Dolto à Olivet. D’où sa présence dans l’Orléanais durant « deux ou trois ans ».

Thierry Marchal-Beck a notamment succédé à Baptiste Chapuis, ancien élu socialiste orléanais, à la tête, localement, de ce syndicat lycéen avant d’intégrer Sciences-Po Lille et de partir étudier aux Etats-Unis, où il suit avec intérêt la campagne de Barack Obama. Véritable apparatchik et proche de Benoît Hamon, il avait participé à 17 ans à la campagne présidentielle de Lionel Jospin et a apporté son soutien à François Hollande auprès des jeunes électeurs durant la capagne présidentielle. Depuis ces trois dernières années, il avait pris ses distances avec le Parti socialiste. Lors de la présidentielle 2017, il a toutefois intégré l'équipe de campagne de Benoît Hamon, où il s'est occupé de la mobilisation, particulièrement pour l'Outre-mer.

« Les violences faites aux femmes demeurent un fléau »

Toujours selon Libération, Thierrry Marchal-Beck a ensuite rebondi dans le privé, travaillant successivement pour Alliance 7, la fédération de l'épicerie, et le Syndicat du chocolat. D'après son profil LinkedIn, il est actuellement délégué général de l’Union nationale des Associations de Tourisme et de plein air. 

Le PS assure dans son communiqué qu’il « sera intransigeant dans ce combat et aux côtés de toutes les victimes (…) Comportement inqualifiable et inexcusable. Soutien total aux victimes. La justice doit passer. Que de tels faits (…) se soient passés dans une organisation (…) que j’ai présidée en 1995 me révulse au plus haut point », a fait savoir le député Régis Juanico.

L’actuel président du MJS, Benjamin Lucas, s’est dit, lui aussi, « révulsé », et s’est engagé sur Facebook à « continuer le travail entrepris (depuis) plusieurs semaines » pour « interroger et transformer nos cadres collectifs, nos pratiques, nos silences ».

Et dire que « TMB » déclarait en 2011 lors d’un discours qu’ « être jeune socialiste, c'est être un militant de l'universalité des droits. C'est pour cela que nous sommes militants féministes et LGBT » ; ou encore « (…) les violences faites aux femmes reculent même si elles demeurent un fléau ». Il fallait oser.  

RZ

 

Le président du MJS est-il intouchable à l’intérieur du mouvement ?

La réponse de Julien Lesince, président du MJS dans le Loiret, qui souhaite que la parole se libère. « C’est une nécessité. Il faut faire un travail pour stopper ces comportements. On réfléchit pour savoir comment faire pour aller plus loin encore sur la question du féminisme au sein du MJS 45, pas plus tard que la semaine passée à Blois. Cette question nous tient à cœur. Et non, le président n'est pas intouchable au sein du MJS », a-t-il déclaré, ce mercredi, à apostrophe45.

 

RZ