Le pure-player qui vous sort de votre quotidien

Le 22 Août 2018, 09h24

A 30 ans, Constance de Pélichy, maire (LR) de La Ferté-Saint-Aubin, est l'atout jeunesse de la droite locale et régionale.

Constance de Pélichy voue à Dominique Baudis une dette politique sans réserve. Il est son mentor, celui qui lui donna le goût de l’engagement et la fit naitre politiquement.

HERITAGE. Constance de Pélichy a un petit côté «old school», une sorte d’élégance naturelle à l’anglaise que son trench beige clair porté ce jour-là renforce malgré elle. La pluie fine qui humidifie Orléans en rajoute une couche. « Ce n’est pas grave, je n’ai pas fait de brushing ce matin », plaisante-t-elle au moment de sortir pour prendre quelques clichés. A bien y regarder, on pourrait aussi lui trouver des airs de Nathalie Kosciusko-Morizet, mais ce serait nier, justement, cette pondération sans chichis qui lui est propre. Pour autant, ce n’est pas vers l’Angleterre qu’il faut se tourner pour trouver les racines de celle qui a été élue maire sans étiquette de La Ferté-Saint-Aubin, en mars 2014, à 27 ans seulement, et contre tous les pronostics : c’est vers la Belgique, pays d’origine de son père, dont elle parle avec beaucoup d’affection. Un père qui ne fut jamais autorisé à voter en France et qui développa pourtant « un intérêt et une grande curiosité » pour la politique. Le terreau qui favorisa le développement de la conscience politique de sa fille vraisemblablement.

« Je n’avais pas le caractère le plus audible parmi mes frères et sœurs »

Ceci étant, même si elle est née à Blois, c’est à Orléans que Constance de Pélichy a grandi et a fait ses études, dans le quartier Dunois et le lycée Pothier, pour être plus précis. Issue d’une fratrie de quatre enfants, elle confie qu’elle « n’avait pas le caractère le plus audible (sic)», une formule qu’elle précise en affirmant qu’elle mélangeait alors « force de caractère et personnalité », pensant être moins bien dotée que ses frères et sœurs dans le premier registre. D’ailleurs, si son tropisme pour la chose publique est manifeste, elle redit à plusieurs reprises craindre les attaques, les critiques et les coups inhérents au combat politique, distribués par ses adversaires comme par les journalistes, comme si elle n’était pas sûre de bien pouvoir les encaisser. Cette réserve induit d’ailleurs une retenue, et une forme de distance pacifique, dans sa manière de vivre son engagement sans l’épouser totalement. 

« Je suis devenue un atout pour la droite, j’incarnais le renouveau de la classe politique malgré moi »

Après avoir ravi contre toute attente la mairie de La Ferté-Saint-Aubin à Philippe Froment (PS) qui était pourtant confortablement installé dans le fauteuil de maire, Constance de Pélichy est devenue intéressante, évidemment, pour la droite départementale, puis régionale. « Je suis devenue un atout pour la droite, j’incarnais le renouveau de la classe politique malgré moi », lâche-t-elle avec le sourire, et sans forfanterie. Elle sait bien que cette conquête électorale ne fut pas simple et qu'elle la doit à une opiniâtreté sans faille. « J’ai fait du porte-à-porte du 15 janvier au 30 mars, sauf le dimanche. J’avais un déficit de notoriété énorme à combler. J’ai pris trois mois de congé sans solde pour me présenter aux électeurs et leur prouver que j’étais crédible », se souvient Constance de Pélichy. Finalement, les Fertésiens lui accordèrent 125 voix de plus qu’à son rival socialiste, ce qui la mettait à l’abri de tout recours. « C’était mon objectif » indique-t-elle.

IMG_0438.JPG
Constance de Pélichy dans l'ombre de Philippe Vigier, Guillaume Peltier et Jacques Martinet, lors des régionales 2015.

Dominique Baudis : « Il m’a tout appris »

Étrangement, d’ailleurs, la jeune femme se met en tête de faire de la politique localement, dans une commune rurale de 7.000 habitants, alors qu’elle travaille à Bruxelles, dans les coulisses des négociations et des débats du Parlement européen. Et qu’elle s’épanouit totalement dans cet univers-là. Le grand écart est total, mais elle y voit une cohérence, pas un paradoxe. « Je vivais toujours à Bruxelles et plusieurs fois, quand je travaillais en tant qu’attachée parlementaire auprès de Dominique Baudis ou de Franck Proust, je me disais : « Tiens, si c’était moi, je ferais comment ? ». Dominique Baudis : le nom de l’ancien maire de Toulouse et du député européen revient très régulièrement dans la conversation, il en rythme même la progression. Elle lui voue une dette politique sans réserve. Il est son mentor, celui qui lui donna le goût de l’engagement et la fit naître politiquement.

Après des études en droit public et un master en sciences politiques à Paris, elle rejoint ainsi l’équipe de Dominique Baudis à Bruxelles. Elle a 22 ans. « Il m’a tout appris » lâche-t-elle, et à commencer par « avoir confiance en moi ». La partie n’était pas gagnée et un autre homme politique de cette envergure nationale aurait très bien pu lui refuser cette reconnaissance-là, trop aveuglé par son propre rayonnement. « Il était toujours à l’écoute, ouvert à ce que je lui disais, toujours en renouvellement », assure-t-elle. Une fois élue, elle n’eut pas le temps de lui rendre une dernière visite pour partager avec lui ce bonheur électif. « J’aurais voulu qu’il voit celle que je suis devenue grâce à lui », regrette-t-elle avec tristesse. 

« Pour Guillaume Peltier, j’avais une image de quelqu’un de clivant, de dur »

À 30 ans, Constance de Pélichy figura en deuxième position sur la liste du Loiret pour les élections régionales de décembre dernier dont les chefs de file n'étaient autres que Philippe Vigier (UDI) et Guillaume Peltier (LR). « Cette liste (devait) être représentative des classes d’âge et des sexes. Le fait que je sois jeune et une femme me permet de répondre à deux critères », reconnaît-elle lucidement. Un troisième critère a dû être satisfait également : son ralliement officiel aux Républicains. Elle aurait pu pencher pour l’UDI d’ailleurs puisqu’elle se définit de « centre droit », mais ses soutiens « historiques » locaux - Claude de Ganay, Olivier Carré, Eric Doligé, Hugues Saury, entre autres - sont du parti de Nicolas Sarkozy. D’ailleurs, elle confirme, pour mieux le réhabiliter ensuite, que la présence de Guillaume Peltier comme leader régional de ce scrutin était loin de la séduire au départ. Mais ça, c’était avant. Avant que les deux maires, voisins géographiquement puisque leurs communes se trouvent de part et d'autre de la frontière départementale du Loiret et du Loir-et-Cher, apprennent à travailler ensemble. Et à s'apprécier. « J’avais une image (ndlr : en parlant de Guillaume Peltier) de quelqu’un de clivant, de dur. Il a bien fallu qu’on bosse ensemble. Et j’ai découvert alors quelqu’un d’attachant, d’agréable, d’intelligent, qui travaille beaucoup, et qui va toujours au bout de ses projets. »

« J’ai adoré travailler au Parlement européen »

Compte tenu de son positionnement sur la liste, Constance de Pélichy a fait son entrée dans l’hémicycle régional en décembre 2016. Et, après avoir pris ses repères dans sa commune solognote au terme de deux ans d’exercice et « gagné en efficacité », elle estime que ce cumul des mandats ne peut qu’être bénéfique aux Fertésiens eux-mêmes. Et eux, qu’en pensent-ils ? « Je ne suis pas dans leur tête. Je pense que c’est un atout dans la vie locale. (…) Le fait d’être député n’a pas empêché Serge Grouard d’être réélu au premier tour à Orléans », argue-t-elle sans surprise. Une antienne politique qui tranche, furtivement, avec le contenu de l'échange, au reste sans ratiocination. Pour autant, Constance de Pélichy ne compte pas faire « carrière » dans la politique. Elle a déjà d’autres envies : celle d’une vie de famille et « d’une expérience dans le privé », si tant est que les deux soient davantage conciliables. « C’est vrai qu’il y a un virus de la vie politique mais il y a beaucoup de contraintes. Dès que vous sortez de chez vous, vous êtes le maire. Même quand vous sortez de votre lit et que c’est dimanche matin ».

Mais avant une retraite politique qui n’est en rien d’actualité on l’aura compris, bien au contraire, le maire de La Ferté-Saint-Aubin repartirait bien un  jour à Bruxelles, avec un mandat en poche cette fois. « J’ai adoré travailler au Parlement européen », conclut-elle. L’héritage de Dominique Baudis, toujours, le père spirituel et le fil conducteur. 

Anthony Gautier.