Le pure-player qui vous sort de votre quotidien

Le 22 Août 2018, 09h23

Jean-Paul Morat

À 77 ans, Jean-Paul Morat, alias le Chat de gouttières, est une figure bien connue des Orléanais. Il se livre pour apostrophe45 à la confidence et à l'anecdote.

Jean-Paul Morat doit à la vie, souvent facétieuse, cet humour truculent teinté d'autodérision comme en témoigne son livre « L'andropose de Monsieur est avancée » (Ed. Demeter).

SEPT VIES - On a coutume de dire que les chats ont sept vies. À 77 ans, Jean-Paul Morat, plus connu sous la griffe du Chat de Gouttières à Orléans, en a déjà goûté quelques-unes tant le personnage a trait au roman. Né à Paris, le 3 mai 1939, dans un contexte pour le moins troublé, il fit ses premiers pas d'enfant « gauche » à Vichy en 1940. Fils d'un père juif et d'une mère convertie, il doit sûrement à la vie, souvent facétieuse, cet humour truculent teinté d'autodérision comme en témoigne son livre « L'andropose de Monsieur est avancée » (Ed. Demeter). Mais c'est « à l'abri » au Brésil (Rio de Janeiro) que le petit Jean-Paul Manheim, de son premier nom, passa les premières années de sa vie. Dans ce Nouveau monde qu'il eût tôt fait d'occulter dès son retour en France, à Paris. « J'ai instantanément pris goût à la langue française. Et j'ai complètement oublié le Portugais, de la même façon que j'ai rejeté cette période. Comme si elle n'avait jamais eu lieu. C'est un traumatisme que j'ai réussi à sortir de moi-même. Il ne fallait pas que cela existe. » 

Jean-Paul Morat a naturellement les mots à la bouche.

Si le chat a plusieurs vies, il a aussi et surtout plusieurs identités. Logique. Quatre au total avec lesquelles il jongle aisément, passant de Manheim à Murat-Manheim, puis Murat (le nom de son père dans la Résistance) et finalement Morat, « selon le décret de 1954 signé par Mendes France », précise-t-il.  C'est donc sous ce dernier nom que les Morat s'installent dans l'appartement du 101 de l'avenue Henri-Martin, dans le même immeuble où - tenez-vous bien - résidait un certain Valéry Giscard d'Estaing. « Je me souviens bien de ce jeune homme dans l'ascenseur. Il habitait au 3ème et moi au 5ème. C'est la seule fois où j'ai eu le dessus sur lui », plaisante celui qui a « toujours entendu parler de l'amour de la France ». Une musique qui n'a pourtant rien de celle d'un ascenseur…  

IMG_4611_0.JPG

On l'aura compris, le Portugais n'a jamais conquis le cœur du jeune homme. Dans la langue de Molière en revanche, il a naturellement les mots à la bouche. Il est même plutôt « doué », comme le remarque, assez tôt, l'Archevêque de Sens, lors d'une distribution des prix au petit séminaire de Joigny. « Je me suis mis à écrire des textes bien anodins sur mon petit cahier bleu et j'ai dû les réciter. J'avais déjà ce côté caustique pour ne pas dire grinçant. » Et Dieu sait qu'on ne se refait pas ! Cet amour de la langue, saupoudré d'un esprit cabot - le comble pour un chat -, Jean-Paul Morat l'a hérité de son père, fervent amateur, « le dimanche après-midi, d'une émission radiophonique de chansonniers ». Les chiens ne font pas des chats, dit-on. « Il fallait toujours se taire pour l'écouter », se souvient-il sur fond sépia. Préférant plutôt être acteur que spectateur, il se mit à l'écriture dans la tradition des chansonniers, bien sûr. 

C'est Daniel Roman, son mentor et auteur des Cahiers d'un chat de gouttières, qui lui fait escorte et lui donne le goût d'écrire les meilleures feuilles de sa vie d'artiste

De fil en aiguille, notre Titi parisien arpente donc les cabarets et multiplie les tours de chant. Il monte d'abord sur la scène de Montmartre avant de se voir à l'affiche à Pigalle, son tapis de jeu. Un autre monde, un autre temps aussi. Sa rencontre avec Pierre Jacob, poète chansonnier - auteur de la célèbre chanson « Rue Lepic » qu'il écrivit pour Yves Montand en 1951 - lui permet alors d'intégrer une académie de chansonniers. Mais c'est Daniel Roman, son mentor et auteur des Cahiers d'un chat de gouttières, qui lui fait escorte et lui donne le goût d'écrire les meilleures feuilles de sa vie d'artiste. Ce chat-là lui inculque une vraie « liberté de penser ». Celle qu'il chérit tant, d'ailleurs, sur son blog éponyme depuis 2008.  

Dès lors, Jean-Paul Morat mène son petit bonhomme de chemin, tandis que l'esprit des chansonniers tend, au fil du temps, à se déliter. Cette carrière semi-professionnelle - d'une quarantaine d'années (cabarets, restaurants, théâtres) -, il la conjugue avec celle de comptable, puis de directeur financier des Charpentiers de Paris en 1990 « et ce, jusqu'en 1993 où je me suis fait virer », s'interrompt-il. 

Sans le savoir, le ronron de Jean-Paul Morat allait déclencher une véritable affaire d'État, celle «des emplois fictifs du RPR»

Sans le savoir, le ronron de Jean-Paul Morat allait déclencher une véritable affaire d'État, celle « des emplois fictifs du RPR », qui conduisit à la mise en examen d'Alain Juppé - alors Premier ministre de Jacques Chirac, lui-même inquiété par la suite -. « J'ai tiré la sonnette d'alarme et c'est tout l'immeuble qui est tombé. J'avais vu des mouvements de valises aux Charpentiers de Paris mais c'est après un certain nombre de pressions que j'ai voulu me débarrasser de ce fardeau en écrivant une lettre adressée au juge Halphen. » Tout le monde sait bien pourtant que « chat échaudé craint l'eau froide »…

 


Jean Paul Morat évoque l'affaire Juppé (par apostrophe45).

 

« Je n'avais rien contre Juppé. Je lui ai même écrit qu'un jour, peut-être, il deviendrait le recours. Le 28 août 2007 », précise-t-il. Ce qu'il raconte, en effet, dans son roman autobiographique intitulé « Excusez-moi, Monsieur le Premier Ministre, je ne l'ai pas fait exprès!» 

Piqué au jeu du monde politique, ce « paléo-gaulliste », comme il se définit, se fend aujourd'hui la pipe sur son blog, en brocardant régulièrement les acteurs nationaux et surtout locaux

Piqué au jeu du monde politique, ce « paléo-gaulliste », comme il se définit, se fend aujourd'hui la pipe sur son blog, en brocardant régulièrement les acteurs nationaux et surtout locaux. De gauche comme de droite. Mais toujours pour la bonne cause… publique : l'humour. Et de souligner avec malice : « Grouard (maire UMP d'Orléans) ne me dit pas bonjour, ni Leveleux (PS), mais Carré (UMP), lui, me tutoie. » Ni de gauche, ni de droite donc, et au MoDem durant « trois mois seulement », Jean-Paul Morat revendique son indépendance, à l'image de son engagement - « sans jamais y avoir cru » - sur la liste du candidat centriste indépendant, Tahar Ben Chaabane, lors des dernières municipales. 

Capture d'écran 2014-05-21 16.35.54.png

C'est à la nuit tombée que le Chat de gouttières « miaule » régulièrement ses « humeurs », ses envies aussi. Son objectif : « émouvoir, faire rire et souvent réfléchir. » Tout simplement parce qu'à 77 ans et après sept vies bien remplies, il « ne supporte plus les conneries des autres ». Les siennes lui suffisent. 

Richard Zampa