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Le 21 Juillet 2018, 23h29

Les deux finalistes des législatives partielles ont débattu, jeudi, lors de l'émission Controverse avec France Bleu Orléans et apostrophe45. 

Jean-Pierre Door, député LR sortant, 75 ans, a débattu avec Mélusine Harlé (LREM), 44 ans.  

CONTROVERSE - L’analyse du scrutin du premier tour des élections législatives partielles dans la 4ème circonscription du Loiret, dimanche dernier, montre très clairement que si l’abstention a été massive - 70% des électeurs ne se sont pas déplacés aux urnes - elle demeure largement différentielle puisque la droite s’est mobilisée en faveur de Jean-Pierre Door qui conserve quasiment le même nombre de voix - à 176 voix près - qu’en juin dernier en totalisant 38,2% des suffrages. En revanche, Mélusine Harlé, qui était arrivée en tête du scrutin de juin avec 28,5% des voix, a vu le nombre de ses suffrages divisé par deux en l’espace de huit petits mois en recueillant un faible 20,2% des votes, soit quelque 6.000 voix en moins qu’il y a huit mois. À l’évidence, la vague de la République en Marche s’est brisée sur l’exercice du pouvoir et il est bien plus compliqué aujourd’hui pour un candidat de la majorité présidentielle de défendre des réformes, dont certaines ne sont pas particulièrement populaires, que de promettre un avenir forcément meilleur. En juin dernier, c’est Jean-Pierre Door qui était tenu d’expliquer pourquoi la droite, quand elle était au pouvoir, n’avait pas mené à terme les réformes qu’elle s’était engagée pourtant à faire ou alors que les résultats obtenus n’étaient pas à la hauteur des engament ni des attentes. Aujourd’hui, c’est à Mélusine Harlé d’être comptable des réformes menées par Emmanuel Macron. 

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Jeudi, dans le studio de France Bleu Orléans. (Photo. apostrophe45)

Un exercice bien difficile que la candidate de LREM assume néanmoins avec combattivité et détermination alors que ce jeudi était marqué par un vaste mouvement social et des manifestations dans de très nombreuses villes françaises. « On sait comment fonctionne notre pays. On sait qu’à partir du moment où le pouvoir est en place, l’exercice du pouvoir nécessite des ajustements, des réponses à des questions légitimes, etc. Mais ce qui est important, c’est de voir que l’on est dans un changement de culture possible, c’est un pari d’avenir. (…) Aujourd’hui, on a un gouvernement qui a le courage de porter des réformes nécessaires. Si je ne suis pas élue dimanche à cause de cela, c’est la vie, ce n’est pas grave, moi, ce qui m’intéresse, c’est l’intérêt général. Je porte un projet, une vision, j’adhère à ce projet extrêmement fin, extrêmement intelligent. Après, il y a un effort de pédagogie à faire », a ainsi expliqué la candidate LREM lors de cette émission politique Controverse qui associe apostrophe45 et France Bleu d’Orléans.  

« Monsieur Door est dans une logique féodale, je le dis clairement »

Âgée de 44 ans, Mélusine Harlé n’a pas attaqué son rival sur son âge - Jean-Pierre Door a 75 ans - mais plutôt sur sa manière de faire de la politique qu’elle a compare à « un féodalisme régionaliste ». « La vraie question, c’est la manière de faire de la politique. Monsieur Door a voté contre la loi de moralisation de la vie politique,  Monsieur Door est dans une logique féodale, je le dis clairement. Moi, je suis pour l’intelligence collective, je suis pour une manière de faire de la politique qui va vers les jeunes », a ainsi lâché la candidate de LREM. « J’assume mon âge, j’ai de l’énergie, j’ai de l’envie, j’assume mon âge, et physiquement et moralement », lui a répondu son rival LR.  

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Mélusine Harlé et Jean-Pierre Door. (Photo. apostrophe45)

« Nicolas Sarkozy,  c’est un ami. Je ne peux qu’apporter mon soutien »

La mise en examen de Nicolas Sarkozy dans le dossier libyen a été l’occasion pour les deux finalistes de cette élection législative partielle de redire leur conception de la justice et de revenir sur l’invalidation de l’élection de Jean-Pierre Door en décembre. « Nicolas Sarkozy,  c’est un ami. Je ne peux qu’apporter mon soutien et considérer qu’il y a un certain acharnement contre lui. (…) La justice va trancher, laissons faire la justice, laissons faire également la présomption d’innocence. Sur la forme, il faut reconnaître que c’est un peu un acharnement, et ce n’est pas la première fois », a indiqué Jean-Pierre Door. « Il faut que la justice suive son cours. Il faut rappeler qu’il y a des manières de faire de la politique qui doivent évoluer. (…) À partir du moment où l’on est un élu de la République, on a un devoir d’exemplarité, un devoir de probité. Parfois, on peut faire des erreurs, dans ce cas-là, il vaut mieux les reconnaître. En revanche, parler d’acharnement et d’injustice par rapport à une justice qui doit être libre et indépendante, je pense que c’est problématique par rapport à des élus de la République », lui a répondu Mélusine Harlé qui a en profité pour dire qu’elle avait été « extrêmement choquée de lire dans la presse que Monsieur Door disait qu’on lui avait volé ces élections » à la suite de l'invalidation de l'élection par le Conseil constitutionnel. 

« C’est la première fois que dans l’histoire du code électoral on agit avec deux images de Facebook »

« Il y a eu un écart de voix très restreint, 7 ou 8 voix. Le Conseil constitutionnel a cherché à savoir comment il pourrait invalider l’élection. Il a trouvé deux images Facebook. C’est la première fois que dans l’histoire du code électoral on agit avec deux images de Facebook qui ont effectivement été publiées le jour de l’élection et qui ont été considérées comme de la propagande », a réagi vivement Jean-Pierre Door. « Quand vous avez une image Facebook publiée à 16 heures et que les bureaux de vote ferment à 18 heures, ce n’est pas en deux heures que les électeurs se sont précipités. (…) Attention aux retours de bâtons, je l’ai un peu en travers de la gauche. La démocratie, pour moi, c’est 50% plus une voix. J’ai dit en effet que les électeurs ont été volés. J’ai gagné l’élection du 18 juin. » Mais Mélusine Harlé n’en démord pas : selon ses calculs, l’une des deux images postées sur Facebook par un proche de Jean-Pierre Door le jour du vote, a pu toucher « plus de 3.000 personnes ».  

« La grève, la manifestation, etc., montrent qu’il y a une réelle vitalité démocratique dans notre pays »

Évidemment, il a été question des manifestations de jeudi contre la réforme du service public et le projet de supprimer 120.000 emplois en cinq ans. Un projet qu’il serait compliqué de renier pour les Républicains puisque François Fillon prévoyait, lui, de supprimer 500.000 postes. « Cela me paraît une réforme normale. Il faut dégraisser le mammouth de la fonction publique en France », a souligné Jean-Pierre Door. « Il y a un Français sur quatre dans la fonction publique et ce n’est pas cela qui apporte des richesses à la France. Je ne suis pas un apôtre des grèves. C’est une grève idéologique. (…) Je regrette bien entendu que l’on ne soit pas dans la négociation. Je souhaite que l’on puisse avoir des débats. L’ordonnance doit se faire après les débats parlementaires. »

« La grève, la manifestation, etc., montrent qu’il y a une réelle vitalité démocratique dans notre pays, je pense que cela va dans le sens du dialogue social. Au lieu des grèves et des manifestations, je préfèrerais que l’on arrive à organiser le dialogue social de telle sorte que l’on arrive trouver des consensus pour aller vers une évolution souhaitable de notre système public. Je comprends qu’il y ait des craintes », a indiqué, de son côté, Mélusine Harlé.  

« Vous faites des retraités les victimes de la CSG »

En ce qui concerne le recours aux ordonnances très largement critiqué par l’opposition et par un grand nombre de Français d’ailleurs, Mélusine Harlé a expliqué que « la méthode des ordonnances est une bonne méthode, cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas processus démocratique, il est là, mais il est raccourci. (…) Nous pensons que le statut des cheminots doit évoluer, il faut qu’il y ait une équité sociale entre les Français en fonction de la pénalité du travail », a-t-elle ajouté. 

Enfin, en ce qui concerne la hausse de la CSG, Jean-Pierre Door s’est montré très critique. « J’ai été à l’origine de la motion de rejet de ce texte à l’Assemblée nationale le 24 octobre. Les yeux dans les yeux, j’ai dit à Gérald Darmanin : « Vous faites des retraités les victimes de la CSG ». (…) Ce que n’avait pas compris les retraités, c’est sur la façon de compenser puisqu’ils ne sont pas soumis aux charge salariales. Ils ne sont compensés que par la fameuse taxe d’habitation supprimée, mais elle ne le sera qu’entre 2018 et 2020. » Mélusine Harlé a replacé cette hausse de la CSG dans un projet de réforme global qui doit amener ensuite à une prise en charge médicale des personnes âgées plus qualitative et plus « humaniste »« Il faut comprendre que l’on a un projet global, on répond aussi à une urgence sociale, sociétale. Il faut rappeler qu’en 1960, l’espérance de vie était de 70 ans, en 2010, elle est de 82 ans ; notre gouvernement cherche à maintenir un modèle social existant, on peut en être fier, il faut aussi comprendre la nécessité de le faire évoluer en positif », a-t-elle conclu sur ce sujet.

Le second tour de cette élection dans le Montargois aura donc lieu dimanche.

A. G.