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Le 17 Décembre 2017, 20h51

Interrogé en septembre par apostrophe45, ce socialiste nommé secrétaire d’État ne semblait pas enclin à faire de concession. Et pourtant.

« Le PS aujourd’hui est la famille politique dans laquelle je retrouve les valeurs qui sont les miennes et qui justifient mon engagement politique. Si j’avais voulu faire un choix d’opportunité, j’aurai demandé l’investiture à la majorité présidentielle », Olivier Dussopt, nouveau secrétaire d’État à la fonction publique. Interview réalisée par apostrophe45 le 16 spetembre 2017, à la veille de la fête de la Rose à Ingré.

NOUVEAU MONDE - On l’attendait, le remaniement, version 2, est tombé ce vendredi, tardivement. Après l’élection de Christophe Castaner comme délégué de La République en Marche, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont procédé à un petit « ajustement ». 

Benjamin Griveaux quitte Bercy où il était secrétaire d'Etat à l'Économie pour devenir porte-parole du gouvernement (sans autre attribution), en remplacement de Christophe Castaner. Ce dernier reste secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement malgré la polémique sur sa double casquette de ministre et patron du parti majoritaire.

Olivier Dussopt devient secrétaire d'État chargé de la Fonction publique et Delphine Gény-Stephann remplace Benjamin Griveaux aux côtés de Bruno Le Maire.

La nomination d’Olivier Dussopt, député de l’Ardèche, ne fait pas que des heureux au sein du PS. À commencer par le commentaire d’Olivier Faure, président du groupe PS à l'Assemblée, qui crie au  « #Débauchage ». Sans oublier, localement, la mise en garde de la conseillère régionale socialiste Centre-Val de Loire, Fanny Pidoux, le 23 novembre dernier sur Twitter à l’adresse de celui qui fut l’invité d’honneur de la dernière fête de la Rose à Ingré : « Cher @olivierdussopt nous t'avons accueilli en confiance, en sincérité dans le Loiret ou tu partageais ta vision du socialisme et ce que nous ne partageons pas avec ce gouvernement. J'imagine qu'avec la même sincérité tu vas refuser cette proposition au nom de l'intérêt collectif. » Manqué.

Sa vision du socialisme

La rédaction d’apostrophe45 avait justement réalisé une interview fleuve en septembre d’Olivier Dussopt, ce socialiste « pur jus » devenu aujourd’hui secrétaire d'État chargé de la Fonction publique. Dans les colonnes du journal, il livrait pourtant un regard sans concession sur la politique menée depuis les premiers mois par le gouvernement philippe et le cap fixé par Emmanuel Macron avec lequel les débuts ont été plutôt musclés

Il déclarait alors, juste avant sa venue parmi les « siens » à Ingré : « Les premiers signaux envoyés par le président de la République et par le gouvernement sont des signaux politiques plutôt marqués à droite ou par le libéralisme que par la volonté de concilier la gauche et la droite comme il l’avait annoncé. Je pense notamment à la baisse des APL comme aux ordonnances sur la loi Travail. »

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Il soulignait également son « opposition » en tant que député socialiste sur la problématique de la baisse des dotations de l’État aux collectivités, fustigeant « le manque de concertation » : « La politique de ce gouvernement à l’égard des collectivités locales fait partie des points sur lesquels nous sommes en opposition. Et là encore, sur des positions de forme et de respect. On ne peut pas, le 17 juillet à la conférence nationale des territoires, tenir un discours consistant à promettre un changement de méthode et de respect, à promettre également la transparence et la sincérité, et trois jours plus tard, supprimer par décret 300 millions d’euros de crédits de paiement pour des dotations d’investissements. Et surtout, il aurait été souhaitable de ne pas laisser un responsable de la majorité (Castaner, NDLR) expliquer qu’il y a trop d’élus en ayant des mots particulièrement vexants à leur endroit. L’effort demandé par le président de la République aux collectivités (13 milliards d’euros) est surestimé, voire intenable. C’est injuste. Nous avons déjà réalisé un effort considérable. »

«C’est une méthode que je considère comme brutale et totalement précipitée»

Sans compter la suppression massive des contrats aidés. Là encore, le nouveau ministre n’était pas tendre avec le gouvernement conduit par Edouard Philippe : « De plus, annoncer au milieu du mois d’août la diminution drastique du nombre d’emplois aidés et le dire en incriminant le gouvernement précédent, c’est une méthode que je considère comme brutale et totalement précipitée. Cela a gâché une rentrée scolaire qui aurait pu se passer dans de bonnes conditions avec des dédoublements des classes de CP et des ouvertures de classes. »

Désormais, il lui sera difficile de justifier auprès de sa famille politique et de ses électeurs son choix d’entrer dans un gouvernement où « il manque des gens qui sont en capacité de comprendre les problématiques locales, et de percevoir la différence entre un discours idéologique et la réalité du terrain. Il suffit de prendre la problématique des emplois aidés. »

 « La gauche du réel » 

Le plus drôle en réalité, c’est qu’Olivier Dussopt était l’invité d’honneur de la fête de la Rose dont le thème central était «Qu’est-ce qu’être socialiste aujourd’hui ?». Voici la réponse de l'intéressé qui a pour leitmotiv « la gauche du réel » : « (…) Il faut savoir trancher et savoir renouveler (…) Nous avons des centaines d’élus locaux qui sont impliqués sur leur territoire, donc appuyons-nous sur ceux qui répondent aux valeurs cardinales du PS : égalité,  égalité des chances, solidarité, promotion sociale, émancipation, etc. Si nous sommes socialistes, c’est parce que nous avons des points communs, des valeurs communes qui peuvent être rédigés autour de déclarations de principe et d’engagements tenus, lors de cette dernière décennie »

«Être fidèle à ce que l’on est »

Et quid de l’avenir du PS, selon Dussopt ? « Je pense que dans ce pays, il y a encore un espace pour le Parti socialiste, ce parti social-démocrate en lien avec le mouvement social, la question du droit du travail, de l’accès à l’éducation et à la culture. Ça n’implique pas nécessairement de s’insérer dans telle ou telle nouvelle formation politique mais d’être fidèle à ce que l’on est », lâchait-il sans ambages. Il estimait aussi que « le parti a(vait) payé son incapacité à trancher un certain nombre de débats. Il a payé aussi sa volonté de toujours vouloir rassembler, au risque de rassembler autour d’un filet d’eau tiède »

« Le PS aujourd’hui est la famille politique dans laquelle je retrouve les valeurs qui sont les miennes »

Enfin, sur la question désormais fatale de savoir si, un jour, il avait pensé quitter le PS, il rétorquait tout de go : « Le PS aujourd’hui est la famille politique dans laquelle je retrouve les valeurs qui sont les miennes et qui justifient mon engagement politique. Si j’avais voulu faire un choix d’opportunité, j’aurai demandé l’investiture à la majorité présidentielle. J’ai pris le risque de rester fidèle à ce parti-là. Je considère avoir été fidèle et à avoir travaillé loyalement lors du mandat précédent, ce que je continuerai à faire avec une opposition aussi constructive que possible (…) » Olivier Dussopt serait-il pris en flagrant délit de reniement ? La main du PS, elle, n'a pas tremblé, indiquant au nouveau ministre qu'il n'était de toute façon plus membre du parti socialiste. Décidément, l’ancien monde n’a de facto rien à envier au nouveau monde.

Richard Zampa