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Le 23 Avril 2018, 09h49

Jacqueline Gourault, ministre auprès du ministre de l’Intérieur, était l'invitée de Controverse ce lundi soir, et les sujets ne manquaient pas.

Sénatrice du Loir-et-Cher pendant 16 ans, Jacqueline Gourault est depuis juin dernier ministre auprès de Gérard Collomb. Et cela ne ressemble pas vraiment à un cadeau.. 

AU MICRO - C’est une ministre « sans portefeuille mais pas sans occupations », selon sa propre formule, qui était la première invitée politique de l’année 2018 de l’émission Controverse, ce lundi 8 janvier, sur France Bleu Orléans en partenariat avec apostrophe45. À 67 ans, Jacqueline Gourault, nommée ministre auprès du ministre de l’Intérieur depuis le remaniement du gouvernement le 21 juin dernier, n’a pas, elle le concède volontiers, « de spécificités dans le ministère de l’Intérieur » mais pour autant de nombreux dossiers sur le feu. « Très sincèrement, on n’est pas trop de deux. Il y a un ministre - ndlr : Gérard Collomb - et puis un numéro 2, que je suis. Je suis en mesure d’intervenir sur l’ensemble des champs de compétence du ministère », a expliqué celle qui fut sénatrice du Loiret-Cher pendant 16 ans et qui est rentrée au gouvernement au moment où trois autres MoDem, dont François Bayrou lui-même avec lequel elle est d’ailleurs très proche, en sortaient pour cause de suspicions d’emplois fictifs de collaborateurs parlementaires au sein du mouvement.

L’ex-sénatrice MoDem du Loir-et-Cher sait très bien que si Édouard Philippe a fait appel à elle, sous les conseils avisés de François Bayrou bien sûr, c’est justement pour sa longue fréquentation des collectivités locales. Depuis son entrée en politique localement, Jacqueline Gourault fut ainsi maire de La Chaussée-Saint-Victor, conseillère départementale, conseillère régionale, présidente de la communauté de communes de Blois, et donc sénatrice. L’équivalent de 67 ans de mandats cumulés. Qui dit mieux ? « J’avais une image « collectivités territoriales » qui étaient connue et c’est un champ d'action très important au ministère. Il faut reconnaître que le ministre, Gérard Collomb est très occupé par tout ce qui tourne au cœur du métier du ministère de l’Intérieur, c’est-à-dire la sécurité, et que donc je m’occupe plus particulièrement des collectivités territoriales », précise-t-elle. 

« Les Corses ont déclaré qu’ils n’étaient pas dans la démarche et dans la volonté d’une indépendance »

Premier dossier épineux entre les mains de la ministre, celui de la Corse bien sûr après la victoire des indépendantistes au sein de la nouvelle assemblée qui réunit les trois collectivités. La Corse est-elle maintenant sur la voie de la Catalogne ? À cette question, Jacqueline Gourault répond sans ambiguïté. « On n’est pas du tout dans la même situation. (…) Les Corses ont déclaré qu’ils n’étaient pas dans la démarche et dans la volonté d’une indépendance. Monsieur Simeoni l’a dit très clairement. La Corse est un territoire qui veut avoir des relations normalisées avec le continent et ce sont des responsables politiques qui veulent que l’on tienne compte de la spécificité de leur territoire. Ils ne sont pas seuls d’ailleurs en France comme cela. J’ai senti une volonté d’écrire une page nouvelle et il faut respecter cette volonté des Corses. » Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, les deux nouveaux hommes forts de l’île doivent d’ailleurs être reçus par le Premier ministre à Matignon le 22 janvier, avant une première visite en Corse du président Emmanuel Macron programmée le 6 février prochain. 

« Une réforme de la procédure pénale va être engagée avec le ministère de l’Intérieur, notamment pour recentrer le travail des policiers »

Autre dossier d’actualité, l’inquiétude et le malaise des policiers après le passage à tabac d’une policière en région parisienne le soir de la Saint-Sylvestre. Que peut-faire le gouvernement face à ces attaques qui visent désormais spécifiquement les forces de l’ordre ? Rétablir les peines planchers comme le demandent certains syndicats de police ? « Nous sommes dans une situation de violence qui est absolument inacceptable et je veux dire toute ma solidarité aux policiers », a indiqué la ministre. « Une réforme de la procédure pénale va être engagée avec le ministère de l’Intérieur, notamment pour recentrer le travail des policiers sur leur coeur de métier, c’est à dire la sécurité. (…) Il faut faire confiance à la justice de notre pays et que les policiers soient protégés par la justice comme n’importe quel individu. Je ne suis pas sûre que le rétablissement des peines planchers soit la vraie solution. Nous faisons des efforts pour créer des postes : 10.000 postes de policiers et de gendarmes vont être créés pendant la mandature. Un gros effort va être fait pour les conditions matérielles des policiers, des rénovations de commissariats, des changements de véhicules, les policiers équipés de caméras pour qu’ils aient des témoignages visuels quand ils sont sur la voie publique. »

« Il y a un projet de loi qui va être présenté en février pour essayer de réduire le temps d’instruction des dossiers »

Si elle n’est pas exactement en première ligne sur le dossier des migrants et des demandeurs d’asile, Jacqueline Gourault a réagi aux chiffres publiés ce lundi matin et qui font état de 100.000 demandes d’asile enregistrées en France en 2017, un nombre record, en hausse de 17% par rapport à l’année dernière et qui révèle une surprise : le premier pays d’origine de ces demandeurs d’asile, est l’Albanie, un pays qui n’est pas en guerre pourtant. Une migration d’ordre économique donc, plus que politique, qui peut semer le trouble et faire régner quelques confusions dans l’opinion publique. « Oui, cela veut dire qu’il faut une vraie politique européenne dans ce domaine. (…) Des accords ont été passés entre la France et l’Albanie parce que l’Albanie voit sa population jeune partir, le pays a perdu en dix ans 30% de sa population et c’est une difficulté pour ce pays de perdre sa jeunesse », a commenté Jacqueline Gourault. « Il y a un projet de loi qui va être présenté en février pour essayer de réduire le temps d’instruction des dossiers pour ne pas se trouver dans des situation où l’on accueille pendant des années des migrants pour leur dire ensuite que l’on ne peut plus les accueillir », a ajouté la ministre. 

« La France fait tout ce quelle peut pour accueillir le plus dignement ces migrants »

Interrogé sur la polémique suscitée par Yann Moix sur le palteau de l’émission On n’est pas couché, samedi soir, lequel a violemment pris à partie le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux sur la manière dont la République française maltraitait les migrants à Calais, la ministre a réagi avec beaucoup de pondération. « La France fait tout ce qu'elle peut pour accueillir le plus dignement ces migrants. Ce gouvernement a été celui qui a fait en sorte que, à Calais, il n’y ait plus ces camps dans lesquels les migrants vivaient dans des conditions épouvantables. Je peux vous dire que le Président de la République et le ministre de l’Intérieur vont y aller très prochainement. Nous avons ouvert plusieurs centres dans le nord de la France pour accueillir les migrants. Nous avons aussi essayé de répartir les migrants dans d’autres régions de France pour qu’ils soient mieux accueillis. Alors, après, c’est une permanence l’arrivée de migrants à Calais. Il y a la nécessité de revoir les accords du Touquet avec l’Angleterre. C’est une situation difficile. »

« C’est Notre-Dame-des-Landes ou l’aménagement de nouvelles pistes de l’aéroport de Nantes. La décision n’est pas prise »

Autre sujet d’actualité, le devenir de Notre-Dame-des-Landes à l’heure où le Premier ministre poursuit ses entretiens avec les élus locaux pour trancher enfin dans ce dossier devenu un serpent de mer depuis presque cinquante ans. « Il faut prendre la décision » même si elle fera des mécontents, assure la ministre. « Les Français sont contents qu’on mette un terme à ce dossier, que l’on prenne enfin une décision. (…) Un rapport a été fait par trois personnalités qualifiées et pour la première fois aussi on envisage deux solutions. C’est Notre-Dame-des-Landes ou l’aménagement de nouvelles pistes de l’aéroport de Nantes. La décision n’est pas prise. Elle sera prise en toute sérénité et le gouvernement assumera cette décision », a lâché Jacqueline Gourault. Et en effet, Emmanuel Macron a annoncé qu’il trancherait définitivement sur ce sujet à la fin du mois de janvier. Et, selon les indiscrétions publiées ici et là, le choix du Président de la République se porterait sur le réaménagement de l’aéroport de Nantes et non pas sur la construction d’un nouvel aéroport… et ce alors même que ce projet avait été approuvé par un référendum en Loire-Atlantique en 2016. Mais c’était alors sous le quinquennat de François Hollande. 

Anthony Gautier.