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Le 14 Décembre 2018, 11h00

Marie-Agnès Linguet, maire (UDI) de Fleury-les-Aubrais, était au congrès des maires, mardi. Elle témoigne de ses doutes et inquiétudes. 

Comme ses collègues maires, Marie-Agnès Linguet craint que la compensation de la taxe d'habitation ne s'inscrive pas dans la durée. 

RIEN NE VA PLUS - Comme de nombreux maires du Loiret, Marie-Agnès Linguet était porte de Versailles, à Paris, pour assister aux deux premiers jours du congrès des maires, le grand rendez-vous annuel des élus locaux qui s’achève demain vendredi. Pour apostrophe45, elle témoigne des préoccupations des élus locaux qui doivent faire face à des dotations de l’État en baisse et des compétences à assumer en hausse.

apostrophe45. Emmanuel Macron n’a pas tenu sa promesse de venir chaque année, lors du congrès des maires de France, à la rencontre des 9 000 élus locaux réunis porte de Versailles. Avez-vous ressenti cette décision comme une marque de mépris?
Marie-Agnès Linguet. Je n’en suis pas particulièrement choquée compte tenu de l’actualité internationale. Le Président avait fait cette promesse dans un contexte qui était différent. Bon, il aurait pu venir et cela aurait été apprécié mais nous avons des éléments de dialogue malgré tout avec la présence du Premier ministre. Je n’ai pas ressenti cela comme du mépris. Nous ne sommes pas face à un Président autiste ou à un gouvernement autiste. Pour moi ce n’est pas le sujet.

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Marie-Agnès Linguet, maire de Fleury-les-Aubrais. (Photo. apostrophe45)

apostrophe45. Quel est le sujet alors ? On a beaucoup évoqué cette question de la taxe d’habitation comme élément central de la grogne des maires. Est-ce que vous partagez cette inquiétude, pour ne pas dire cette colère ?  
Marie-Agnès Linguet. Cette inquiétude, je l’ai eue dès le départ. Non seulement j’ai des doutes quant au fait que le gouvernement nous reverse, euro pour euro, ce que nous perdons mais en plus je ne suis pas sûre du tout qu’il tienne compte de l’évolution des collectivités. Et si ce n’est pas le cas, on peut craindre qu’au bout de quelques années, on nous dise que nous devons apprendre à vivre sans les ressources de cette taxe. 

« Il y a quatre ans, nous ne nous occupions pas des problématiques de santé »

apostrophe45. Cette perte représenterait un manque à gagner de combien pour une commune comme la vôtre ? 
Marie-Agnès Linguet. Je n’ai pas fait le calcul mais Fleury-les-Aubrais est une ville où 52% de la population ne paient pas la taxe d’habitation. Et la partie de la population qui continue de la payer n’apprécie pas cette politique. Et puis, il faut que nous ayons des éléments rassurants sur la pérennité de cette compensation. D’autant que nous sommes face à des transferts de compétences importants alors que je ne suis pas certaine que les baisses de dotations ne vont pas se poursuivre. Il y a quatre ans, nous ne nous occupions pas des problématiques de santé. Nous avons de plus en plus de services à prendre en charge.

« Je comprends que certains maires jettent l’éponge »

apostrophe45. Des transferts de compétences et en même temps une baisse des dotations, c’est un peu la double peine, non ? 
Marie-Agnès Linguet. Oui, pour nous, c’est ni fromage ni dessert en l’occurrence. C’est aussi pour cela que les rapprochements au sein des métropoles sont le seul moyen pour les communes comme celle de Fleury, plutôt pauvre dans une métropole riche, de s’en sortir. Il n’y a que la solidarité d’une métropole qui puisse agir de sorte que nous puissions nous développer et proposer à nos concitoyens un service public de qualité. C’est tout de même ça l’enjeu. On voit bien que les Français ne vont pas bien, les difficultés sociales sont croissantes comme on peut le constater avec les gilets jaunes. 

apostrophe45 - Avez-vous d’autres motifs d’inquiétude aujourd’hui ? 
Marie-Agnès Linguet. Les éléments de contractualisation avec l’État agissent comme autant d’épées de Damoclès avec cette question centrale : quelle compétence pour quel financement ? C’est primordial dans la gestion de nos collectivités et je comprends que certains maires jettent l’éponge. Pour les petites communes, certains financements sont devenus impossibles. Il va falloir que l’on soit très bons dans l’organisation et le rapprochement de nos territoires pour réussir. Un autre sujet m’inquiète, c’est que nous sommes dans une phase de recentralisation qui fait injure au lois Defferre. On reste des Jacobins jusqu’au bout des doigts alors qu’il faut donner les moyens aux collectivités pour agir. Nous sommes sur le terrain, nous.

Propos recueillis par Anthony Gautier.