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Le 17 Décembre 2017, 20h50

Dans l'hémicycle régional, le débat sur les orientations budgétaires s'est transformé en l’expression collective d’une fronde contre l’État.

« On assiste à une revanche de Bercy et de l’Inspection générale des finances, une sorte de remise en cause de la décentralisation », Jean-Patrick Gille, président du groupe Socialistes, radicaux et démocrates.

À BOULETS ROUGES - Il devait être question des grandes orientations budgétaires pour l’année 2018. Si le sujet n’a pas été totalement oublié au sein de l’hémicycle régional, jeudi, la colère des élus régionaux contre le gouvernement a pris le dessus dans les débats jusqu’à gommer presque totalement les divergences politiques. 

« On assiste à une limitation forte de l’autonomie fiscale des collectivités», Jean-Patrick Gille (PS)

« Cela devrait être le fracas de nos oppositions qui manifesteraient nos différentes options, et il y a un consensus sur le diagnostic par rapport à la manière dont l’État traite les collectivités locales », a parfaitement résumé Jean-Patrick Gille, président du groupe Socialistes, radicaux et démocrates, qui a apporté ensuite sa propre appréciation du mal dont souffre les Régions. «On assiste à une revanche de Bercy et de l’Inspection générale des finances, une sorte de remise en cause de la décentralisation : diminution du recours à l’endettement, plafonnement des dépenses, si l'on ajoute à cela la fin très brutale des contrats aidés, la suppression de 450 millions d’euros, ce qui représente 16,5 million pour notre Région, pour le coup on est dans l’Ancien Régime. On assiste à une limitation forte de l’autonomie fiscale des collectivités, il va bientôt nous rester que les cartes grises », a poursuivi l’élu régional d’Indre-et-Loire. 

« Que l’État considère que l’on peut transférer une compétence sans attribuer les moyens d’exercice de cette compétence, cela est inadmissible », François Bonneau (PS)

De fait, au moment d’élaborer le budget qui servira à financer les orientations politiques de l’année à venir, les élus n’ont pas digéré la suppression de l’enveloppe de 450 millions d’euros promise pourtant durant l’été aux Régions par le gouvernement et qui était destinée à financer les nouvelles compétences des collectivités régionales en matière de développement économique. « Que l’État considère que l’on peut transférer une compétence sans attribuer les moyens d’exercice de cette compétence, cela est inadmissible et place les Régions dans l’incapacité d’apporter le soutien nécessaire au développement des entreprises », explique, de son côté, François Bonneau, président PS de la région Centre-Val de Loire. 

Guillaume Peltier, président du groupe UDC, a estimé, pour sa part, que le comportement actuel de l’État, et de la haute fonction publique, vis-à-vis des collectivités locales, révélait une volonté manifeste « de rejacobinisation, de renationalisation de la France ». « Toutes les avancées majeures d’une décentralisation générale depuis 1983, tout cela, en quelques semaines et en quelques mois, semble avoir été passé par pertes et profits. Ce sont des preuves de désamour très concrètes. Nous avons à faire avec une philosophie d’État qui n’est pas la nôtre. Et la question de l’apprentissage est l’ultime démonstration de cette volonté de nationalisation de toutes les politiques publiques, et c’est un contre sens historique. Nous prenons acte des grandes difficultés de notre Région à faire face à ce qui est plus qu’un désengagement, c’est une philosophie très inquiétante pour notre Région. Il faut défendre une vision de la France. La vision hyper-parisienne n’a aucun sens », a ajouté l’élu régional. 

« On en est à se demander aujourd’hui : qui a donc bien pu voter Macron ? », Michel Chassier (FN)

« Partout on dénonce la baisse des dotations  et la manière de l’imposer sans la moindre concertation », a surenchéri Michel Chassier, président du groupe FN. « On en est à se demander aujourd’hui : qui a donc bien pu voter Macron ? Monsieur Macron fait de la vieille politique avec de vieilles recettes », a argué l’élu FN, citant ensuite l’adage romain. « Ce qui est permis à Jupiter n’est pas permis à ses boeufs! » 

Dans un budget très contraint, et privé des dotations attendues, l’exécutif régional a choisi de maintenir « l’investissement à un niveau élevé supérieur à 300 millions d’euros », selon les mots de François Bonneau. « L’investissement sera porté à 325 millions d’euros par an sur la période 2018-2021. Nous sommes toujours en capacité de maintenir le cap et d’arriver à bon port pour que la Région maintienne et conforte sa place », a indiqué Marc Gricourt, premier vice-président de la région. Les dépenses de fonctionnement, elles, « seront encore contenues avec une progression de 1% par an », a ajouté l’élu. « La part de l’investissement est forte, mais elle perd quand même dix points entre 2016 et 2021», a réagi Michel Chassier (FN).

« Il est important de garder les trois grandes transitions : énergétique, numérique, démocratique », Jean-Patrick Gille. 

« Quelle est l’équation que nous avons à résoudre ? » a questionné Jean-Patrick Gille. « Comment assumer nos dépenses de fonctionnement tout en les contenant ; comment maintenir un taux d’investissement important, plus de 300 millions d’euros en ce qui nous concerne, tout en se préservant des marges de manœuvre ;  et, enfin, comment respecter aussi les ratios que nous nous sommes fixés ; tout cela amènera à étaler, à différer certaines réalisations ; il est important de garder les trois grandes transitions : énergétique, numérique, et démocratique », a conclu Jean-Patrick Gille. 

L’examen du budget primitif aura lieu le mois prochain.

A. G.