Le pure-player qui vous sort de votre quotidien

Le 21 Août 2018, 08h30

À l’initiative de CiTlab, un tribunal iconoclaste s'est réuni, mercredi soir, au CRIJ, pour débattre des nouvelles pratiques démocratiques.   

« On aimerait être beaucoup plus associés en amont. Il n’y a pas une coopération très fructueuse avec la métropole », Nicolas Guilmain.

ACCUSÉ, LEVEZ-VOUS ! - Sur la forme, dans sa mise en scène tout du moins, le tribunal pour les générations futures qui s’est tenu au CRIJ, mercredi soir, a des faux airs du célèbre tribunal des flagrants délires, l’émission radiophonique qui avait contribué à révéler le talent de Pierre Desproges. Des avocats, un procureur, un président, des témoins qui se succèdent sur l’estrade et qui répondent aux questions des uns et des autres, le décorum comme le déroulé de la soirée sont bien ceux d’un tribunal. Mais si la forme peut prêter à sourire, et c’est aussi le but, le fond est plutôt sérieux puisqu’il s’agissait, mercredi, de formuler quelques réponses à une question lourde de sens d’un point de vue de la pratique démocratique : « Faut-il laisser les élus décider seuls des petits et grands projets ? ». Et, il n’est pas étonnant de retrouver CiTlab derrière cette initiative puisque l’association, à la fois think tank local et poil à gratter politique positionné sur les sujets qui font l’actualité, milite pour que les citoyens soient associés directement, et de manière représentative, à l’élaboration des projets proposés par les collectivités. 

À la barre de ce tribunal plutôt détendu, ont ainsi pris place, tour à tour, six profils très différents, sur le plan professionnel comme générationnel : Nicolas Royer, artiste et professeur ; Camille Simonet, étudiante ; Nicolas Guilmain, défenseur de la pratique du vélo en ville ; Aline Mériau, entrepreneuse ; Monique Lemoine, professeure et militante féministe ou encore Charlotte Driollet, orthophoniste. Pour les interroger, deux avocats : Véronique Fenninger et Pierre Montigny et deux procureurs, Marjorie Gadenne et Philippe Rabier. La séance est ouverte !

L’intervention de Nicolas Guilmain, membre de l’association Vélorution à Orléans, a permis de mettre le doigt sur le fait que, si les collectivités continuent de décider de réalisations sans recueillir les avis de celles et ceux qui pourraient avoir un mot intéressant à dire, des progrès sont néanmoins faits dans le sens d’une plus grande concertation. « On aimerait être beaucoup plus associés en amont. Il n’y a pas une coopération très fructueuse avec la métropole », a ainsi regretté Nicolas Guilmain, qui a déploré, par exemple, que la carte réalisée par Vélorution pour améliorer les parcours à vélo « n’ait pas débouché sur des réalisations qualitatives » de la part des pouvoirs publics.  

« Les citoyens sont meilleurs que les politiques »

Pour Aline Mériau, 49 ans, chef d’entreprise dans le BTP, et candidate malheureuse aux élections sénatoriales pour LREM, « les citoyens sont meilleurs que les politiques », au sens où « ils savent s’organiser et trouver de meilleures solutions ». Et la question qui a été posée plus ou moins directement, sans jamais tomber dans le populisme véhiculé par les extrêmes, est bien celle de la légitimité des citoyens à co-construire des projets avec les élus. Donc de leur expertise individuelle sur tel ou tel sujet. 

IMG_0675.JPG
La salle du CRIJ était pleine pour cette audience singulière. (Photo.apostrophe45)

« La responsabilité de la décision vous intéresse-t-elle » a ensuite demandé, avec pertinence, Véronique Fenninger à l’artiste Nicolas Royer. Réponse peu évidente à formuler de la part de l'intéressé. « Je dirai non pour une raison simple. S’il s’agit seulement de donner un conseil technique, pourquoi pas. Le problème, c’est que l’artiste est un individu qui se situe en équilibre sur un mur, et que le risque est de basculer d’un côté ou de l’autre et de perdre cette distance critique, de recul. »

« Une citoyenneté active et créative, force de propositions mobilisant l’intelligence collective »

Interrogée par Philippe Rabier sur la très faible participation des jeunes aux scrutins, locaux comme nationaux, et questionnée sur leur envie réelle d’avoir ou pas, « voix au chapitre », Camille Simonet, 20 ans, étudiante en BTS design-espace, a admis un «manque d’éducation pour comprendre la différence entre tel ou tel parti», et surtout mis en avant le fait que si les jeunes «entendent des avis, ils n’ont pas la possibilité de dialoguer.» 

Alors, si sur le plan de la pratique démocratique, la co-construction de projets peut évidemment recueillir sur le papier tous les suffrages, sa mise en place et sa pertinence posent question. Par exemple, les conseils de quartier instaurés aujourd’hui dans toutes les villes de France connaissent un très faible succès et sont fréquentés invariablement par la même poignée d’habitants. Sans doute, peuvent-ils encore être améliorés dans leur fonctionnement, leur représentativité et leur écho. Pour autant, les citoyens, qui ont voté pour tel ou tel candidat sur la base d’un programme détaillé, ont-ils seulement envie - et le temps ? - de prendre une part active, tout au long de l’année, à la réalisation de tel ou tel projet. La démocratie s’arrête-t-elle dans l’isoloir ou doit-elle se poursuivre tout au long d’un mandat par une présence active et régulière dans l’agora ? Pour l’association CiTlab, dans une société en perpétuel mouvement, il est impératif de mettre en place une nouvelle culture démocratique, en favorisant sans cesse « une citoyenneté active et créative, force de propositions mobilisant l’intelligence collective.»

Nul doute d’ailleurs qu’avec l’émergence en politique de ce que l’on appelle avec beaucoup de facilité « la société civile » - tous les élus, avant même ceux de LREM ont exercé un travail avant leur premier mandat -, la parole du citoyen trouve aujourd’hui un écho qu’il n’avait sans doute jamais eu et une légitimité nouvelle. Le tribunal pour les générations futures a mis en évidence cette vitalité essentielle quand elle dépourvue d’arrière-pensées électoralistes tout en soulignant, sans naïveté, quelques limites pratiques et culturelles. 

A. G.