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Le 17 Décembre 2017, 20h46

Pour protester contre la baisse des crédits, les présidents de régions réunis à Orléans claquent la porte de la Conférence des territoires.

« On est au bout d’un cycle, à la fin d’un chemin entre l’État et les collectivités locales », Xavier Bertrand, président des Hauts de France.

FRONDE - « Il y a un avant et un après Orléans. » Telle est la formule entendue et unanimement reprise par les présidents des régions pour manifester leur « colère », après le discours du Premier ministre Edouard Philippe, en ouverture du congrès de l’Association des régions de France, ce jeudi à Orléans. « Un front uni », toutes sensibilités politiques confondues, s’est ainsi constitué pour exprimer haut et clair « la rupture » entre les collectivités territoriales - les régions « en première ligne » - et l’État. En signe de protestation, voire de « révolte », les présidents de toutes les régions métropolitaines et d’Outre-Mer ont donc décidé de se retirer de la Conférence des territoires instaurée en juillet par l’exécutif. Et ce, afin de refuser la baisse de crédits décidée « arbitrairement » et « sans concertation » par le gouvernement. 

 « Orléans, ce n’est pas la goutte d’eau, c’est un peu plus que cela »

Alors que les élus, à l’inverse, s’attendaient à une main tendue de l’État, ils ont plutôt eu droit à une fin de non recevoir, après que le Premier ministre a confirmé la baisse de 450 millions d'euros de crédits pour 2018. « Nous avions pourtant la volonté, au départ, de venir à Orléans pour apporter notre soutien au gouvernement, afin que la France puisse se réformer et construire un nouveau départ pour notre pays », a indiqué Philippe Richert, président de l’Association des régions de France. « Orléans, ce n’est pas la goutte d’eau, c’est un peu plus que cela. Il y en a marre du mépris affiché par l’État vis-à-vis des collectivités locales », a relayé, devant la presse, Xavier Bertrand, président des Hauts de France. « Nous sommes tous disposés à tirer dans le même sens, quelles que soient nos sensibilités politiques, parce que bien souvent dans une région, on joue la carte de l’intérêt général, de l’intérêt régional. L’État n’a pas compris tout cela, a-t-il ajouté. Au-delà des personnes, il y a une forme de pieuvre technocratique qui cherche à faire des économies à trois francs six sous et qui est incapable de voir qu’aujourd’hui, on demande que l’on nous fasse simplement confiance. » 

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« L’État nous défie. Ce qui s’est passé, ici à Orléans, est grave »

Le club des « 13 » a donc annoncé cesser tout dialogue, « couper les ponts » avec l’État en lequel les présidents de Région disent « ne plus avoir confiance ». « On est au bout d’un cycle, à la fin d’un chemin entre l’État et les collectivités locales », a constaté l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy avant d’être relayé par Philippe Richert : « Nous avons engagé cette démarche parce que le gouvernement ne peut pas venir, à chaque fois, nous donner des leçons sans, lui-même, tenir ses propres engagements. L’État nous défie. Ce qui s’est passé, ici à Orléans, est grave. »

Les raisons du désaccord entre l’État et les Régions expliquées par Philippe Richert, président des Régions de France et président de la région Grand Est.

 

 

Et François Bonneau, président de Centre-Val de Loire, de renchérir : « Il y a la colère et le refus. Nous refusons, en effet, tout dialogue faussé qui commence d’abord par réduire et piétiner les responsabilités des collectivités territoriales. Nous ne serons donc pas au rendez-vous de la concertation avec l’État dans les domaines de la formation professionnelle, de l’apprentissage, dans des domaines centraux, s’il n’y a pas une révision de la position de l’État (…) On nous parle de confiance, alors que l’État ne tient pas ses engagements (…) L’État plante-là le développement économique de nos territoires et condamne l’emploi. Ce désengagement, voire cet étranglement, est inacceptable. »

Un manque de parole

Dans la même veine, Valérie Pécresse, présidente d’Ile-de-France, a insisté sur « le respect de la parole donnée par le Premier ministre, conformément à la constitution, de compenser les charges du développement économique transférées par la loi NOTRe. Il y avait une parole donnée sur les contrats de projet État-Région sur les grandes infarstructures, parole de l’État et signature de l’État qui s’était aussi engagé à co-financer avec les régions. » 

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Et de détailler son propos : « Sur l’agriculture, la signature de l’État n’est pas non plus respectée : on nous a transféré la gestion des fonds européens et, aujourd’hui, l’État se désengage. Sur la formation professionnelle que l’on devrait décentraliser sur les bassins d’empoi, on nous demande, au contraire, d’engager un dialogue avec l’État qui veut reprendre la main sur une compétence qui nous avait été attribuée. Qu’on regarde plutôt nos résultats : les régions ont diminué leurs dépenses de fonctionnement pendant que l’État, lui, augmentait les siennes. L’État est à contre-sens de l’histoire, en recentralisant et en mettant les régions sous tutelle par cette privation de ressources. »

Le Premier ministre, Edouard Philippe, qui n’arrivait pas en terrain conquis mais qui « assume » une telle décision, a fini par provoquer la fronde des présidents de régions rejoints, en cascade, par les élus départementaux, voire intercommunaux et municipaux. Le président PS de Nouvelle-Aquitaine, Alain Rousset, appelle, quant à lui, « le Premier ministre à se ressaisir ».

Richard Zampa