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Le 24 Novembre 2017, 08h28

Alors que la Ville envisage de racheter le bâtiment au groupe Casino, l'opposition demande le contrôle du préfet. 

« Il y a un vrai sujet pour nous de s’interroger sur l’opportunité de ce rachat et sur son intérêt public compte tenu de la perte financière qu’il représente pour la ville d’Orléans », Corinne Leveleux-Teixeira.

SERPENT DE MER - Après Jean-Pierre Sueur, c’est au tour de l’opposition municipale des élus PS et Verts de monter au créneau sur le sujet de la Halle de la Charpenterie. Alors que le sénateur PS, et ancien maire d’Orléans, fustigeait récemment les propos tenus par Olivier Carré assurant que l’architecture du bâtiment rendait impossible son utilisation par les maraichers et commerces non sédentaires conformément au projet initial, l’opposition s’interroge aujourd’hui sur l’intérêt public du projet de l’exécutif de racheter aujourd’hui cette Halle, vendue il y a moins de dix ans au groupe Casino, à l’instar d'une très grande part de la rue des Halles. 

« Le premier ratage, c’est quand Serge Grouard arrive au pouvoir et qu’il veut prendre à rebours le projet de son prédécesseur »

« Il y a un vrai sujet pour nous de s’interroger sur l’opportunité de ce rachat et sur son intérêt public compte tenu de la perte financière qu’il représente pour la ville d’Orléans », explique Corinne Leveleux-Teixeira qui a décidé de saisir le préfet et la Chambre régionale des comptes « pour demander à ces deux autorités d’exercer un contrôle sur ce que fait la ville ». Et si la question du rachat au groupe Casino de cette Halle par la municipalité pour un prix qui pourrait atteindre les 7 millions d’euros se pose - alors que la ville l’avait vendue 1,5 million d’euros à Casino -, c’ est le fruit, selon l’élue socialiste, « d’une série de ratages »

« Le premier ratage, c’est quand Serge Grouard arrive au pouvoir et qu’il veut prendre à rebours le projet de son prédécesseur Jean-Pierre Sueur en prétendant de manière absolument fausse que la Halle n’était pas propre à recevoir les camions des maraichers ; on sait très bien que c’est un bidonnage de la part de Grouard ; du coup, cette erreur l’a contraint à inventer un projet alternatif qui ne collait pas forcément avec la vocation première de ce bâtiment qui a été construit pour une finalité précise et il ne présentait pas les spécifications techniques qui lui permettaient d’évoluer vers autre chose », argue Corinne Leveleux-Teixeira.

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Le groupe Casino est sur le point de céder la rue des Halles à la société La Française. 

« Pour sauver l’opération de la rue des Halles, la mairie est allée chercher un privé »

La deuxième erreur, selon elle, c’est bien entendu le fait que la Ville ait vendu au groupe Casino cette Halle et à bas prix qui plus est, puisque la vente a été actée à 1,5 million d’euros, un prix bien inférieur au coût du bâti qui était de plus de 3 millions d’euros. « Il y a donc eu une décôte très importante et ce n’est pas seulement la Halle qui a été vendue au groupe Casino mais toute la rue des Halles, pour une raison très simple : ce secteur-là ne décollait pas, commercialement, ça ne fonctionnait pas, et pour sauver l’opération de la rue des Halles, la mairie est allée chercher un privé. Sauf que c’était un objectif à court terme. Casino n’est pas un groupe philanthrope et il a pratiqué des loyers très élevés qui ont gêné le développement commercial du secteur et qui sont directement à l’origine de la disparition de Passion Culture et des difficultés récurrentes d’autres cellules commerciales. (…) Pour Passion Culture, on tablait sur un loyer qui devait être de 80.000 euros par an et le groupe Casino a réclamé 240.000 euros par an, soit trois fois plus », poursuit l’élue orléanaise. 

« La ville n’a pas souhaité intervenir alors qu’il fallait sauver des emplois et une activité commerciale, locale, culturelle »

Enfin, dernière erreur stratégique dont la Ville paye aujourd’hui les frais, le fait de « ne pas être intervenue au moment des difficultés de la libraire Passion Culture qui a mis les clés sous la porte début 2016 ». « La ville n’a pas souhaité intervenir alors qu’il fallait sauver des emplois et une activité commerciale, locale, culturelle, c’était un projet orléanais, et cela avait du sens d’intervenir », juge Corinne Leveleux-Teixeira. 

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Le local de la Vie Claire, acheté par la Ville plus d'un million d'euros, est toujours vide.  

Et aujourd’hui, si la Ville envisage de racheter la Halle au groupe Casino, c’est bien pour avoir les mains libres pour installer à la place de la libraire un espace culturel et ne pas subir le choix commercial d’un groupe quel qu’il soit puisque Casino a choisi de se désengager également de la rue des Halles au bénéfice de la société La Française. « Olivier Carré est libéral, il défend l’initiative privée, c’est sa majorité qui a fait le choix de mettre la Halle dans le secteur avec tous les risques que cela comporte. L’objectif d’implanter un espace culturel est louable bien sûr, mais on le paye au prix fort », conclut l’élue d’opposition. 

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Pour l’heure, le chèque au profit du groupe Casino n’est pas encore signé. Mais, si ce rachat devait bien avoir lieu, et pour le montant annoncé de quelque 7 millions d’euros, il ne sera pas si aisé d’expliquer aux Orléanais comment cette Halle conçue et construite sous le mandat de Jean-Pierre Sueur a pu conduire à ce qui ressemble fort à une gabegie financière, doublée d'un fiasco commercial. 

A. G.