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Le 19 Octobre 2017, 09h18

Le Premier Ministre est venu les mains vides à Orléans, ce jeudi matin, suscitant la colère, puis la fronde, des présidents de régions. 

«Lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités en mai dernier, qu’avons nous trouvé ? Une série de promesses, d’engagements dont les financements n’étaient pas toujours garantis », Édouard Philippe. 

VENT DEBOUT - On aurait pu s’attendre à ce qu’Edouard Philippe, Premier Ministre, arrive au congrès de l’Association des régions de France, ce jeudi, avec dans ses valises la dotation de 450 millions d’euros promise aux exécutifs régionaux sous le gouvernement Valls, et officiellement reconduit, signature à l’appui durant l'été, par l’actuel. Sauf que depuis mardi, les présidents de Régions ont appris « par la bande » que cette dotation, destinée à compenser le transfert de compétences en matière de développement économique des Départements vers les Régions, risquait fort d’être supprimée. Autant dire que le discours du Premier Ministre en ouverture du congrès orléanais était attendu avec une impatience fébrile par les élus régionaux rassemblés dans la grande salle du théâtre d’Orléans. 

En cause, une enveloppe de 450 millions d'euros

Et, après les interventions de François Bonneau, président socialiste de la région Centre-Val de Loire et du « tonic » - dixit  Édouard Philippe - Philippe Richert, président de l’Association des Régions de France, tous les deux rappelant à l’envi, et exemples concrets à l’appui, non seulement l’engagement signé du Premier Ministre à verser ce chèque de 450 millions aux collectivités régionales mais tout autant l’impératif besoin pour ces dernières de l’obtenir afin de mener à bien les missions qui sont désormais les leurs en matière de soutien à l’économie locale, les propos du Premier Ministre ont fait l’effet d’une douche froide.  

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«Lorsque nous sommes arrivés aux responsabilités en mai dernier, qu’avons nous trouvé ? Une série de promesses, d’engagements dont les financements n’étaient pas toujours garantis. Ce n’est pas moi qui le dis, ou plus exactement ce n’est pas seulement moi qui le dis, c’est la cour des comptes. Il a donc fallu prendre des décisions et nous les avons prises »,, a souligné Édouard Philippe. Assis sur la même estrade, et à quelques mètres du pupitre où le chef de l’exécutif s’exprimait, Philippe Richert, la tête baissée ou les yeux au ciel, dissimulait mal une déception et une amertume grandissantes. 

« Je ne veux pas rentrer dans une politique fondée sur des chèques en blanc ou des chèques en bois»

Et le coup de grâce ne mit pas longtemps à venir. Plus de doute possible, les régions pouvaient bel et bien faire le deuil des 450 millions attendus et promis. «Il s’agissait d’un fond exceptionnel et par nature l’exception n’a jamais vocation à devenir la règle », a justifié Philippe Édouard. « Ensuite,  je ne veux pas rentrer dans une politique fondée sur des chèques en blanc ou des chèques en bois. Il convient, lorsque l’on s’engage, de ne s’engager que sur ce que l’on peut tenir. Et j’entends bien m’engager à ce que je peux tenir. Je pense que c’est aussi un élément de la confiance », a ajouté le Premier Ministre. Silence dans la salle, tandis que Philippe Richert, portable à la main, semblait déjà préparer la réplique. Et elle ne mit que quelques minutes à s’organiser.

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À peine le discours du Premier Ministre achevé, que ni Philippe Richert ni François Bonneau n’ont applaudi, les présidents de région se sont retrouvés dans une salle voisine pour discuter des modalités de leur riposte. De son côté, Jean-Pierre Sueur, sénateur PS réélu dans un fauteuil dimanche, regrettait, à la sortie de la salle, un « discours notarial, de comptable, sans perspectives, et sans investissements ». À l’issue d’une conférence de presse où le ton est monté de plusieurs crans, les présidents de régions présents - dont Valérie Pécresse, Xavier Bertrand, et Marie-Guite Dufay - ont décidé de se retirer de la Conférence nationale des territoires. En attendant une contre-offensive juridique et histoire de montrer que le dialogue de confiance avec l’État était tout à fait rompu.

Anthony Gautier.