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Le 19 Octobre 2018, 17h23

Alors qu'une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet d'Orléans, nombre de voix s'élèvent pour prendre la défense de la jeune Orléanaise victime d'insultes racistes sur Internet. Dont celle de Jean-Pierre Sueur, sénateur PS et ancien maire d'Orléans. 

« Oui, la figure et le message de Jeanne sont universels. Nul ne peut les accaparer, surtout pour soutenir des thèses racistes qui sont aux antipodes de ce qu’elle était et de ce qu’elle croyait », Jean-Pierre Sueur. 

DANS LE VISEUR DE LA JUSTICE - Une enquête préliminaire va être ouverte par le procureur de la République d’Orléans, comme le révèlent nos confrères de France Bleu Orléans, pour « incitation et provocation à la haine raciale », après la publication sur twitter de messages insultants et diffamants à l’encontre de Mathilde Edey Gamassou, jeune lycéenne métisse de 17 ans, qui incarnera Jeanne d’Arc le 8 mai prochain dans les rues d’Orléans.

« Identifier les auteurs de ces tweets qui relèvent clairement de l’application de la loi pénale »

Des messages issus de ce que l’on nomme communément la droite identitaire et qui s’attaque au physique de la jeune femme, à sa couleur de peau, et qui peuvent naturellement conduire à des condamnations pénales allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. Le premier message comparait ainsi la jeune Orléanaise, d’origine béninoise par son père et polonaise par sa mère, à un babouin. Le second, répondant au premier, montrait une photo de bananes. L’objectif est d’« identifier les auteurs de ces tweets qui relèvent clairement de l’application de la loi pénale », a souligné le procureur de la République. Et ce sont les policiers de la sûreté départementale qui ont été saisis par le parquet pour mener l’enquête et retrouver celles et ceux qui sont à l’origine de ces messages et qui se dissimulent derrière des pseudonymes.  

Parallèlement à ce volet judiciaire, de très nombreuses voix se sont élevées pour prendre la défense de la jeune Orléanaise, anonymes ou plus célèbres, issues du monde politique ou de la société dite « civile ». Parmi elles, celle de Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret et qui fut maire d’Orléans durant deux mandats. Autant dire, donc, que les fêtes johanniques à Orléans, il les connaît sur le bout des doigts. Voici la tribune adressée par Jean-Pierre Sueur à la rédaction au sujet des insultes racistes dont Mathilde Edey Gamassou a été la cible. 

« Depuis la « rumeur d’Orléans », nous savons à Orléans combien des propos racistes proférés anonymement peuvent faire de mal.

La rumeur est la parole sans auteur. Elle est l’arme des hypocrites et des lâches. Sur Internet, ceux-ci ne reculent devant rien pour abîmer et salir nos valeurs les plus sacrées, sous la protection de l’anonymat.

J’ai déjà bien connu cela lorsqu’une jeune fille d’origine portugaise fut choisie pour figurer Jeanne d’Arc.

Et je sais malheureusement que, plus on en parle – même si c’est pour dénoncer ces propos –, plus on leur donne, hélas, de publicité.

Mais aujourd’hui, nous devons être bien sûr tous unis autour de Mathilde et de celles et ceux qui l’ont choisie pour dénoncer ces paroles abjectes et rappeler que le message de Jeanne d’Arc a une dimension universelle.

Dans le discours qu’il a prononcé à Orléans, André Malraux a parlé d’une petite brésilienne de 15 ans qui, à Brasilia encore en construction, figurait Jeanne d’Arc et il disait que cette jeune brésilienne « et la République étaient toutes deux la France parce qu’elles étaient toutes deux l’incarnation de l’éternel appel à la justice ».

Oui, la figure et le message de Jeanne sont universels. Nul ne peut les accaparer, surtout pour soutenir des thèses racistes qui sont aux antipodes de ce qu’elle était et de ce qu’elle croyait. »

Jean-Pierre Sueur, sénateur du Loiret