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Le 24 Septembre 2018, 00h41

Claire Daudin publie dans la revue de l’« Amitié Charles Péguy » un article intitulé « Pour en finir avec grand poète catholique ». Un écrit qui a retenu toute l’attention de Jean-Pierre Sueur, péguyste vigilant.

« La famille ainsi que certains milieux catholiques conservateurs ont beaucoup fait pour intégrer l’écrivain dans le giron d’une Église cléricale à la théologie étroite », Claire Daudin. 

EXEGESE. On connaît l’appétence aiguisée de Jean-Pierre Sueur pour l’œuvre de Charles Péguy.  Il en connaît les écrits, les tourments et les engagements. En péguyste éclairé et vigilant, le sénateur du Loiret nous interpelle sur un article publié par Claire Daudin, coéditrice de la nouvelle édition des œuvres de Charles Péguy dans La Pléiade,  publié dans la revue de l’« Amitié Charles Péguy » et intitulé « Pour en finir avec grand poète catholique »

« Cette façon de désigner Péguy est une construction éditoriale qui ne correspond pas à la réalité », Claire Daudin

Dans cet article, Claire Daudin explique que l’auteur de Notre Jeunesse doit son statut de « grand poète catholique » aux choix et arbitrages de son éditeur, confortés par sa famille et appuyés par les milieux catholiques conservateurs. «Au cours de l’entre-deux-guerres, ce sont les morceaux choisis de la "collection catholique" qui assurent les succès en librairie de Péguy. Succès problématique qui, en dépeçant l’œuvre, compilée en petits ouvrages de dévotion, dresse un monument au "grand poète catholique", chantre de la Patrie et de l’Ancienne France (...) Cette façon de désigner Péguy est une construction éditoriale qui ne correspond pas à la réalité de l’œuvre ni de l’auteur. Les éditeurs ne sont pas seuls en cause (...) La famille ainsi que certains milieux catholiques conservateurs ont beaucoup fait pour intégrer l’écrivain dans le giron d’une Église cléricale à la théologie étroite, celle-là même qu’il avait violemment conspuée dans les pages du Dialogue de l’histoire et de l’âme charnelle », écrit ainsi Claire Daudin, citée par Jean-Pierre Sueur. `

« Il y a dans Péguy de quoi mécontenter tout le monde », Emmanuel Mounier

Le sénateur du Loiret salue un article « salutaire (qui) montre combien l’édition sélective des écrits de Charles Péguy et leur récupération par les milieux conservateurs ont créé une image assez éloignée d’une œuvre dont les trois volumes des textes en prose publiés par Robert Burac dans La Pléiade ont mis en lumière toute la complexité » et cite, pour corroborer son propos, Péguy lui-même : «Quand on voit ce que la politique cléricale a fait de la mystique chrétienne, comment s’étonner de ce que la politique radicale a fait de la mystique républicaine. »

Dans son livre Péguy l’inclassable, Géraldi Leroy, autre péguyste orléanais reconnu, citait d’ailleurs cette phrase d’Emmanuel Mounier : « Il y a dans Péguy de quoi mécontenter tout le monde. » Un aphorisme qui rend parfaitement compte de l’impossibilité de ranger Charles Péguy dans une case ou dans une autre.

A. G.