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Le 24 Novembre 2017, 08h24

Entretien avec le communiste orléanais Michel Ricoud, également président de la CNL, en cette veille de trève hivernale.

«Au niveau du logement social, on travaille en faveur de la mixité sociale dans le secteur HLM. On n’est pas pour que les HLM soit réservés aux plus défavorisés. Il faut de tout pour que les quartiers évoluent.»

C’EST LA LUTTE - À la veille de la date limite des expulsions locatives, Michel Ricoud, président de la Confédération nationale du logement (CNL) dans le Loiret — association de défense des locataires —, revient sur le travail mené tout au long de l’année pour « trouver des solutions » de relogement aux personnes en grande précarité. Dans ce long entretien, le conseiller municipal communiste d’Orléans évoque aussi les dérives, au niveau national, des députés de La France Insoumise (Danielle Simonnet, Alexis Corbière et Raquel Garrido) en matière d’occupation abusive de logements sociaux. L'élu souligne aussi la victoire locale, au cours de l’été, de la CNL face à un bailleur social - Pierre et Lumières - après six ans d’action en justice. Enfin, Michel Ricoud porte son regard sur des sujets transversaux tels que l’abandon du projet de lycée à Châteauneuf-sur-Loire, le (sur)poids de la métropole sur certains sujets structurants, ainsi que « le gâchis » financier portant sur le rachat de la Halle de la Charpenterie au groupe Casino par la Ville d’Orléans.

apostrophe45. Tout d’abord, au plan national, que pensez-vous de l’opposition au gouvernement menée de front par Jean-Luc Mélenchon depuis cinq mois ? Est-ce vraiment une opposition constructive ?
Michel Ricoud. Ce que dit Jean-Luc Mélenchon et La France Insoumise recoupe ce que l’on dit sur le terrain. On est en complète opposition avec la politique de Macron. Ce que l’on regrette, c’est que nous ne parvenons pas à rassembler les forces anti-Macron. Je regrette aussi que Jean-Luc Mélenchon se la joue un peu solo, ce qui est dommage pour l’efficacité de ce combat.

apostrophe45. On a souvent l’impression que le jeu de la France Insoumise et de son leader dans l’hémicycle national est caricatural, non ?
Michel Ricoud. Je n’ai jamais mis de cravatte non plus et je n’en fais pas tout un patakès en effet (rires). Le problème n’est pas là. Il est dans la souffrance des gens, dans leurs attentes, dans le concret des choses. On a besoin de se rassembler là-dessus. D’ailleurs, sur la dernière sortie de Mélenchon laissant entendre que Macron avait gagné et que c’était la faute des syndicats sur la réforme du code du travail, je ne pense pas que ces propos soient de nature à mobiliser les gens contre une politique. On sait qu’on a du mal à rassembler…

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apostrophe45. Justement, comment l’expliquez-vous ?
Michel Ricoud. Le problème tient surtout au fait qu’on a mené les gens en bateau pendant des années et que les promesses ne sont pas tenues. Les majorités succèdent aux majorités, les présidences succèdent aux présidences sans que la vie quotidienne des gens n’évolue favorablement. Il y a donc beaucoup de lassitude dans le combat. Mais il y a quand même eu des manifestations contre la loi travail qui ont connu des succès. Idem avec les retraités plus récemment. C’est vrai pourtant qu’on souhaiterait que tous les syndicats soient solidaires et entrent dans le combat vis-à-vis de la politique menée par Emmanuel Macron. On souhaiterait aussi qu’au plan politique, il y ait un rassemblement des forces anti-libérales qui agissent en appui au plan syndical.

apostrophe45. Ne pensez-vous pas que les syndicats et leurs leaders font d'abord de la politique avant de défendre les travailleurs ?
Michel Ricoud. Je ne pense pas que Philippe Martinez (leader CGT) fasse de la politique. Je suis à la CGT depuis l’âge de 16 ans et, actuellement, il me convient. Il est rude mais juste et mène un beau combat, en tentant de rassembler tous les syndicats contre la politique menée par Macron. En novembre, il y aura vraisemblablement plus de syndicats dans la bagarre et c’est bon signe.

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«La politique doit être noble mais certains dénaturent un peu ce combat»

apostrophe45. Oui mais La France Insoumise a toutefois perdu la bataille sur la réforme du code du travail. Mélenchon le reconnaît d’ailleurs. Depuis cinq mois, on ne peut donc pas dire que la mobilisation ait vraiment eu lieu.
Michel Ricoud. On ne claque pas des doitgs et on n’appuie pas sur un bouton pour mettre les gens en mouvement. Il y a un travail de fond qui doit être fait avec les gens surtout en cette période de méfiance, voire de défiance à l’égard du politique. 

apostrophe45. Que pensez-vous aussi des dérives des députés de La France Insoumise — Danielle Simonnet, Alexis Corbière et Raquel Garrido — qui renvoient une image peu flatteuse de la politique, alors qu’il ont profité d'un logement au loyer très avantageux — 30 à 40 % inférieur au prix du marché en moyenne — à un moment de leur carrière ?
Michel Ricoud. Bien sûr que ça n’aide pas ! Au niveau du logement social, on travaille en faveur de la mixité sociale dans le secteur HLM. On n’est pas pour que les HLM soit réservés aux plus défavorisés. Il faut de tout pour que les quartiers évoluent. Mais c’est vrai que les exemples que vous me citez me laissent un peu pantois et j’en resterai là.

«Une victoire rare contre un bailleur social»

apostrophe45. On reste dans le secteur du logement mais, cette fois, je veux faire référence à votre victoire, assez rare pour être soulignée, contre un bailleur social au cours de l’été dernier. Rappelons juste qu’une centaine de locataires de La Source a obtenu gain de cause, puisqu’une partie de leurs charges, réglées en 2009 et 2010, leur sera rendue par Pierre et Lumières.
Michel Ricoud.

apostrophe45. Ce mardi 31 octobre (au soir) sifflera le début de la trève hivernale. Quel état des lieux pouvez-vous dresser en matière d’expulsions locatives ?
Michel Ricoud. Pour 2017, on aura les chiffres dans un mois. La trève hivernale débute demain 31 octobre. Les gens vont pouvoir un peu souffler. Je me rends régulièrement sur le terrain, chez tous les bailleurs sociaux, pour trouver des solutions. On fait pas mal de prévention à la CNL. Il y a également la CCAPEX — commission spécialisée de coordination des actions de prévention des expulsions locatives – qui joue un rôle non négligeable. Il n’empêche que si, en 2016 (250-260 expulsions dans le Loiret), les expulsions s’étaient un peu tassées, les années précédentes, elles avaient considérablement augmenté. Je parle au niveau du Loiret car nationalement, c’est la catastrophe. Je crains que les expulsions augmentent en 2017. Car je suis très souvent sollicité : la précarité grandit, les gens ont de plus en plus de mal, notamment ceux qui travaillent en intérim. 

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«Je connais les besoins d’un territoire»

apostrophe45. Vous vous êtes engagé auprès du maire de Châteauneuf-sur-Loire sur la question de l’abandon du projet de lycée, les communistes réclament, eux, deux lycées. Connaissez-vous, tout d’abord, le coût d’un tel projet ?
Michel Ricoud. Non, je ne connais peut-être pas le coût d’un lycée mais je connais les besoins d’un territoire. Le maire (DVD) de Châteauneuf-sur-Loire - Florence Galzin - parle de territoire abandonné au profit de la métropole. Ça rejoint étrangement ce que l’on a dit avant de voter contre le projet de métropolisation. On avait dit de faire attention de ne pas accentuer la fracture territoriale. Est-ce que finalement cette affaire du lycée ne va pas dans ce sens ? Je crois qu’on a besoin d’un lycée dans l’agglomération orléanaise mais ne délaissons pas les autres secteurs du territoire loirétain, notamment les territoires ruraux. Je vais demander à voir François Bonneau (le président PS de la Région) sur cette question car l’éducation est extrêmement importante pour les jeunes où qu'ils vivent. Ceci dit, je maintiens ma position sur le sujet.

apostrophe45. Un mot sur La Halle de la Charpenterie et le rachat par la mairie d’Orléans du bâtiment appartenant au groupe Casino...
Michel Ricoud. Je partage l’avis des socialistes, écologistes et aparentés. il y a un véritable gâchis en matière de dépense publique. C’est évident. 

Propos recueillis par Richard Zampa