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Le 17 Décembre 2017, 20h47

Hugues Saury (DVD) a été élu à 59 ans sénateur du Loiret, dimanche soir à l’issue des sénatoriales. Retour sur une élection pas comme les autres.

«Je pense que les pratiques d’En Marche sont, jusqu’à maintenant, préhistoriques», Hugues Saury, élu sénateur (DVD) du Loiret.

EN APARTÉ - À la tête de l’exécutif départemental depuis un peu plus de deux ans - avril 2015 -, celui qui a également été maire d’Olivet vient tout juste d’être élu sénateur (Divers droite). La loi sur le non-cumul des mandats le contraint donc à quitter son siège de président du Conseil départemental du Loiret. Au final, Hugues Saury devance Jean-Noël Cardoux 5LR) en capitalisant 409 voix contre 354 pour son rival de droite. Il ne fait pas de doute que le président du Département, réputé pour son caractère consensuel et sa capacité à dépasser les clivages politiques, a su profiter des deux dernières années passées à la tête du Département pour aller à la rencontre des élus locaux et asseoir finalement sa légitimité à briguer un siège de sénateur. Explications.

apostrophe45. Ce résultat n’est pas une surprise pour vous. 
Hugues Saury (sénateur - Divers droite -). Les différents commentaires prévoyaient ce résultat-là. C’est très compliqué comme élection. Il n’y a pas de sondage, on est en tête à tête avec les grands électeurs donc il est très difficile de se faire une opinion. J’étais prudent et selon les différents rendez-vous, j’oscillais entre un optimisme excessif en espérant avoir deux sièges et un certain pessimisme.

apostrophe45. Votre dissidence n’a pas contrarié vos desseins en revanche.
H. S. : Je ne me suis jamais senti comme dissident. On m’a présenté comme cela car on pensait sans doute que cela pouvait porter. J’ai fait une campagne sans dénigrement, sans dire de mal de quiconque. J’ai joué sur mes atouts. Alors certes, on m’a opposé cette dissidence et le fait que je sois élu président du Département depuis seulement deux ans mais les élections sénatoriales sont des élections qui se jouent aussi sur la personnalité des candidats. On l’a vu avec Jean-Pierre Sueur (PS) qui a rassemblé bien au-delà de la gauche. Ce que je trouve intéressant dans cette életion, c’est que si les appareils ont un poids, ils ne font pas l’élection. La personne et le travail comptent plus grandement encore.

apostrophe45. Vous êtes-vous senti épanoui durant ces deux années à la tête du Département ? Ou n’était-ce qu’un tremplin pour les sénatoriales ?
H. S. : Est-ce que je me suis senti épanoui dans ce mandat de président du département ? Franchement, pleinement. Quelque part, je suis très heureux d’être élu et c’est une fierté d’être membre du parlement national mais c’est aussi une sorte de tristesse de quitter ma fonction de président du Département. C’est une très belle institution où il y a beaucoup de projets possibles. En fait, je n’avais aucune exubérence à l’annonce des résultats des sénatoriales car j’étais à la fois heureux  et à la fois j’avais cette forme de regret de quitter la fonction. Enfin, est-ce que c’était préparé ? Absolument pas. Je l’ai décidé au dernier moment. Parce que le travail de président d’un conseil départemental ressemble beaucoup à celui de maire. On a une équipe d’élus, des services, un budget, un projet, même si ce n’est pas la même échelle. Il se trouve alors que cela faisait dix-sept ans que j’exerçais cette passion dans ma ville (Olivet), puis dans mon département, donc j’ai eu envie de voir la politique d’une autre façon.

«Parfois, le nouveau monde revient à la préhistoire»

apostrophe45. Les grands électeurs ont fait confiance aux politiques en place et installés. Est-ce à dire alors que l’ancien monde - la droite conserve la majorité au Sénat - a (re)pris l’avantage sur le nouveau monde (La République En Marche) ?
H. S. : Excusez-moi mais je crois que ce sont des considérations de journaliste. L’ancien monde, le nouveau monde… Vous avez l’impression que La République En Marche, c’est le nouveau monde ?

apostrophe45. Ses représentants se présentent comme tel, en attendant…
H. S. : Parfois, le nouveau monde revient à la préhistoire. C’est dans les meilleurs films d’anticipation. Je pense que les pratiques d’En Marche sont, jusqu’à maintenant, préhistoriques. Je ne suis pas dans un monde ou un autre. Je fais de la politique d’une autre façon, sans plan de carrière. Faire de la politique, c’est avoir des projets et être au service de nos concitoyens. C’est ce que je ressens. 

apostrophe45. Pourquoi, selon vous, cette crise de confiance des grands électeurs à l’égard des candidats de La République En Marche ? 
H. S. : Je ne crois pas qu’il y ait eu un match gauche-droite. Il y a eu plutôt la reconnaissance par les grands électeurs du travail effectué de proximité par des élus . On voit que Jean-Pierre Sueur (PS) a rassemblé bien au-delà de sa famille politique car les grands électeurs ont reconnu sa présence sur le terrain et son travail au cours de ses mandats. De même, bien que je sois présent depuis plus récemment que lui sur le terrain, ces même grands électeurs ont reconnu ma présence et le travail que j’ai effectué au sein du Département. Pour la République En Marche, ils ont fait un score décevant. Alors, il y a, bien sûr, eu les déclarations gouvernementales et les prises de décision qui n’ont pas plu mais les grands électeurs ont aussi plebiscité la proximité des élus. Les candidats En Marche ont, au moins pour une (Aline Meriau), une faible expérience des collectivités territoriales, et pour l’autre, il (Benoît Lonceint) n’était pas sur le terrain depuis longtemps. Je trouve cela très rassurant de se dire que c’est le travail qui paye et non les effets de mode ou de mouvement. Ça montre enfin la sagesse des grands électeurs qui ont su prendre du recul sans se laisser happer par la politique nationale.  

«Je cherche à avoir une certaine liberté»

apostrophe45. Quelle sera votre vision du travail de sénateur et votre posture politique ? 
H. S. : Je cherche à avoir une certaine liberté tout en ayant des valeurs de la droite et du centre, et même plutôt de la droite. J’ai toujours été de ce côté-là et j’y resterai. Je n’ai pas envie cependant d’être dans un appareil politique et de voter des lois que je n’ai souhaite pas voter. Je ne pense pas intégrer un groupe mais je m’apparenterai à un groupe qui sera probablement celui des LR. Je n’en ferai, en revanche, pas partie.

apostrophe45. À quel horizon prendrez-vous vos fonctions ?
H. S. : Je découvre donc je ne peux pas vous répondre précisément. Je vais justement à Paris pour une prise de contact. Le 2 octobre, il y aura la session d’installation. Je suis impatient que ça démarre. 

apostrophe45. Un mot sur votre successeur ? Qu’est-ce que vous souhaitez pour lui (on parle du centriste Marc Gaudet, premier vice-président du département, NDLR), voire pour elle ?
H. S. : Je souhaite le meilleur pour celui ou celle qui me succédera. Il y a eu un travail d’apaisement et un travail d’intelligence tous bords politiques confondus. On y arrive bien car ce qui prime, c’est avant tout l’intérêt général et non les batailles politiques. Ce que je souhaite, c’est qu’on arrive à un consensus. Nous verrons qui proposera sa candidature.

Propos recueillis RZ