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Le 21 Juin 2018, 14h23

Festival de Sully et du Loiret et Schéma de la lecture publique : Laurence Bellais détaille les nouvelles ambitions du Loiret en terme culturel.

« Nous voulions ancrer le festival dans le territoire et que la culture aille au plus près des habitants », Laurence Bellais.

ENTRETIEN - Depuis quelques semaines, Laurence Bellais est sur tous les fronts culturels. Présidente de la commission du Développement des territoires, de la Culture et du Patrimoine au sein du Département, l’élue fait face à une actualité très riche en cette fin d’année scolaire avec deux événements d’envergure et centraux dans ce mandat : le festival de musique de Sully et du Loiret et le lancement du premier Schéma de la lecture publique. Pour apostrophe45, elle souligne les enjeux et décrypte les ambitions de ces deux axes de développement culturel.

apostrophe45. En 2007, le Département du Loiret a repris en main la gestion, en partenariat avec la ville de Sully-sur-Loire, du festival qui avait été créé en 1973. Aujourd’hui, quel est le budget investi par votre collectivité pour ce rendez-vous musical qui a su trouver une place centrale dans le calendrier loirétain? 
Laurence Bellais. Le budget global est de 540.000 euros, mais ce qui reste à charge pour le Département une fois que l’on a enlevé la billetterie, la participation des partenaires, représente 260.000 euros. En 2007, nous nous sommes associés à la ville de Sully, en effet. Quand la ville a monté ce festival il y a 45 ans, sa programmation était beaucoup plus classique, uniquement concentrée sur le château. Pour des raisons d’équilibre budgétaire et parce que les personnes au départ de cette aventure n’étaient plus là pour la faire vivre, le Département a décidé de le prendre à sa charge afin qu’il ne meure pas.

« On essaie de s’ouvrir à un public un peu plus large qui n’est pas forcément féru de musique classique »

apostrophe45. La programmation musicale a en effet changé avec une ouverture à d’autres genres musicaux. La venue, pour cette édition 2018, de Manu Katche, de Michel Legrand ou encore des polyphonies corses en témoigne. 
Laurence Bellais. Oui, musique classique, électro-soul-jazz avec Manu Katche à Sully, Michel Legrand au théâtre de Verdure à Olivet, musique dite du monde, avec les polyphonies corses ce vendredi soir à Saint-Denis-en-Val, etc. : on essaie de s’ouvrir à un public un peu plus large qui n’est pas forcément féru de musique classique. On pense aussi que l’on peut rajeunir et renouveler l’audience avec cette programmation plus ouverte. Il y a néanmoins un fil conducteur avec Claude Debussy, dont on célèbre le centenaire de sa mort, et il est donc le fil rouge de l’ensemble de la programmation classique cette année. 

apostrophe45. Est-ce que cette nouvelle programmation musicale se convertit en davantage de billets vendus ? 
Laurence Bellais. On continue de croître. L’année dernière, nous étions autour de 8.000 billets vendus, et je pense que cette année, nous serons dans ce même taux. L’année dernière, nous avions un taux de remplissage total de 83%. Depuis la semaine dernière, nous avons enregistré six concerts pleins. Le succès est là. C’est un rendez-vous incontournable dans le périmètres des festivals. 

apostrophe45. Au fil des années, le festival s’est aussi déplacé dans de nombreuses villes du Loiret en tissant un lien avec ses richesses patrimoniales. 
Laurence Bellais. Oui, cette programmation un peu plus éclectique dans les univers musicaux a été associée à une volonté de mailler l’ensemble de notre territoire départemental pour ne pas concentrer le festival à Sully et à Orléans. Nous voulions ancrer le festival dans le territoire et que la culture aille au plus près des habitants. Il y a une vraie volonté d’associer les communes. Sur cette édition, douze villes ont été retenues, avec une nouvelle commune cette année, Saint-Denis-en-Val. 

apostrophe45. Comment ce festival pourrait-il évoluer encore dans les années à venir ? 
Laurence Bellais. On va y réfléchir à la rentrée. Est-ce qu’on le laisse dans ce schéma sur douze villes ou est-ce qu’on l’étend encore à d’autres communes. Acoustique, problématique des jauges, il y a des questions techniques qui se posent. Il y a vingt-trois concerts cette année, étalés sur quatre semaines, et je pense que nous n’irons pas au-delà d’une douzaine de villes, principalement pour des raisons de logistique. Est-ce qu’on redonne une identité musicale plus marquée ? Tout cela sera discuté en septembre en commission. Je veux saluer ici le travail remarquable de notre directeur artistique, Philippe Lacombe.   

« La médiathèque départementale possède un fonds de 250.000 ouvrages que l’on doit repartir ensuite dans les communes »

apostrophe45. Le 19 février dernier, le Loiret lançait son premier Schéma de la lecture publique avec l’objectif de favoriser l’accès aux pratiques culturelles au plus grand nombre de Loirétains. Un chiffre ne manque pas de surprendre : sur les 326 communes que compte le Loiret, 160 ne disposent pas d’équipement de lecture publique sur leur territoire. C’est beaucoup, non ?  
Laurence Bellais. Là, vous voyez le verre à moitié vide mais si vous voyez le verre à moitié plein nous avons 170 communes qui ont une bibliothèque ou un point de lecture. 

apostrophe45. L’ambition du Schéma de la lecture publique est-elle, en quelque sorte, d’essayer de réparer cette inégalité ? 
Laurence Bellais. Oui, bien sûr. Il y a sur le territoire pratiquement 170 bibliothèques ou points de lecture étoffés. L’idée de la médiathèque départementale, puisque ce Schéma de la lecture publique est porté par notre médiathèque départementale et que cette action est soutenue par le plan Erik Orsenna, est de faire en sorte que les communes s’emparent de ce sujet et portent un projet qui va dans ce sens.

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Laurence Bellais est vice-présidente du Conseil départemental, consillère départementale du canton de Saint-Jean-Le-Blanc. (Photo. apostrophe45)

apostrophe45. Quelle est la mission de la médiathèque départementale ? 
Laurence Bellais. Nous avons dix-sept agents qui y travaillent et qui sont là pour aider les communes, pour leur donner des conseils techniques, pour faciliter l’informatisation des bibliothèques. Nous avons aussi un grand nombre d’ouvrages. 

apostrophe45. Un fonds destiné à toutes les bibliothèques du département ?
Laurence Bellais. Oui, un fonds de 250.000 ouvrages que l’on doit repartir ensuite dans les communes qui n’ont pas les moyens financiers pour acheter des livres. Il est à Orléans-La Source. Quand je dis ouvrages, j’intègre aussi DVD, et tout ce qui relève du fonds d’une médiathèque. Ce fonds doit alimenter les points de lecture. 

apostrophe45. Et pour la création même d’un point de lecture ou d’une bibliothèque, c’est le Département qui va en financer la réalisation ? 
Laurence Bellais. Non, nous sommes là sur deux politiques différentes. L’une relève de la mobilisation du Département en faveur des territoires et l’autre de ce Schéma de lecture publique. Si une commune s’empare de ce sujet et veut aménager une petite maison non utilisée, par exemple, pour en faire une petite bibliothèque et qu’elle souhaite avoir une aide financière pour l’aménager, c’est un appel financier sur notre politique de soutien aux territoires. Ensuite, sur la partie « livres », c’est la compétence, oui, de la médiathèque départementale. 

apostrophe45. Et vous êtes parvenue de cette manière à inciter des communes à créer un point ds lecture ? 
Laurence Bellais. Oui, à Auxy, par exemple. Il y a un nouveau maire, donc un nouveau conseil municipal, et l’élu en charge de la culture s’est emparé de ce sujet. Il a lancé un projet de bibliothèque et par deux fois, les agents de la médiathèque départementale se sont déplacés pour aller faire un diagnostic, le conseiller sur l’amplitude horaire des ouvertures, la gratuité ou pas, l’informatisation, etc. On fait partie des départements pilotes. Pour nous, c’est le premier Schéma mais en France, nous ne sommes pas nombreux à avoir lancé cette initiative d’ampleur. 

apostrophe45. Ce Schéma intègre également la journée de ce vendredi 1er juin au château de Chamerolles, baptisée « Journée de la lecture publique ». 
Laurence Bellais. Oui, cette journée fait partie des 16 actions mises en place en faveur des bibliothèques. Tout se passe à Chamerolles, et elle s’articule autour de cinq tables rondes qui nous ramènent aux grands enjeux de la lecture qui sont évidemment multiples et pas seulement culturels. Au total, 242 personnes se sont inscrites à cette journée avec des lecteurs avertis, des usagers des bibliothèques mais cette journée, que nous souhaitons pérenniser, est plutôt fléchée vers les agents des CDI, les bibliothécaires, les bénévoles, etc. 

apostrophe45. Quelle est sa vocation ?
Laurence Bellais. Mettre en lumière la lecture publique, faire se rencontrer le public et les professionnels de la lecture qui émettaient le souhait de pouvoir échanger entre eux. On avait invité Érik Orsenna mais il reçoit 29 invitations par jour, un chiffre réel, il n’a pas donc pu se libérer et particulièrement depuis qu’il a été missionné par le gouvernement de manière bénévole sur ce thème de la lecture publique. Il nous a fait un très gentil petit mot… C’est une belle aventure. 

apostrophe45. Vous avez aussi le soutien de la DRAC donc de l’État, sur cette politique.
Laurence Bellais. Lorsque nous avons fait ce lancement le 19 février, il y avait dans la salle une personne responsable à la DRAC qui a été séduite et étonnée par la puissance du travail fait par la médiathèque départementale pour créer ce schéma puis le lancer. Du coup, cette personne s’est emparée de notre sujet et, depuis mars, nous avons travaillé sur une convention avec l’État, qui sera signée aujourd’hui. Nous en sommes ravis.

« Pour le Bibliocyclette, nous avons un parrain de démarrage qui est Florian Rousseau »

apostrophe45. À combien s’élève le montant de l’aide de l’État? 
Laurence Bellais. À 60.000 euros répartis sur trois ans et nous avons fiché deux territoires sur ce contrat de lecture itinérant : le nord du département et le nord-est. 

apostrophe45. Un mot sur le « Bibliocyclette » qui sillonnera les routes du Loiret cet été ? 
Laurence Bellais. C’est un événement qui n’a pas encore de copie en France, qui est expérimental. Nous avons acheté six vélos avec une assistance électrique et un petit container devant. L’idée est de mettre des ressource culturelles dans ces vélos et d’aller à la rencontre des Loirétains. On a déjà balisé le parcours qui va aller, du 8 au 13 juillet, de Bonny-sur-Loire à Orléans.

apostrophe45. Un seul parcours ? 
Laurence Bellais. Oui, c’est une première, on expérimente la logistique, la sécurité, les points d’étape, etc.. L’année prochaine, on mettre un autre itinéraire, c’est une une certitude. 

apostrophe45. Qui va pédaler ? 
Laurence Bellais. Pour le moment, je ne le sais pas. Le groupe projet continue de travailler dessus, il faut le finaliser. On a un parrain de démarrage qui est Florian Rousseau, il est sportif cycliste mais, au-delà, très proche des territoires, il a un sens citoyen très développé. 

apostrophe45. Et l’ambition est de créer des événements liés à la lecture à chaque étape.
Laurence Bellais. Oui, avec une distribution de certains ouvrages. Nous allons cheminer le long de la Loire et être proches des lieux patrimoniaux de cet axe-là avec des étapes en lien avec les lieux culturels. Nous serons  accueillis par les professionnels des secteurs culturels des communes. C’est une manifestation initiée et soutenue par la médiathèque départementale mais reprise en main par les communes elles-mêmes qui auront à organiser sur leur territoire un petit événement à notre passage.

Propos recueillis par Anthony Gautier.