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Le 21 Avril 2018, 03h34

Pauline Martin, vice-présidente du Département, décrypte les grandes lignes du budget voté par les élus la semaine dernière.   

« En ce qui nous concerne, je ne vais pas parler d’un Département exemplaire, mais quand même ... », Pauline Martin. 

ENTRETIEN. La semaine dernière, le Département du Loiret votait son budget pour l’année 2018 - 1 voix contre, 4 abstentions, et 37 pour - dont le montant global est de 690, 3 millions d’euros. Un budget qui se caractérise, notamment, par une forte augmentation de l’investissement - +31% - et des enveloppes budgétaires importantes consacrées au réseau routier, aux collèges, à la prise en charge du vieillissement de la population, et à l'installation du Très haut débit. Pauline Martin, vice-présidente du Département, membre de la commission des finances, décrypte pour apostrophe45 les grandes lignes de ce budget 2018.

apostrophe45.  Le département a voté un budget de 690 millions d’euros, « un budget responsable et d’envergure » selon Marc Gaudet, président du Département. Est-ce que vous partagez ces qualificatifs ? 
Pauline Martin.
C’est vrai que le président a souhaité mettre un coup de booster, si je puis dire, sur les investissements, c’est ce qui explique la différence avec celui de l’année dernière où nous étions à 667 millions d ’euros. Et, en particulier, un focus sur la problématique liée aux routes et à la voirie puisqu’on a vécu un hiver difficile et qu'il faut remettre les routes en état.

« Pour moi, c’était un mot d’ordre, il n’était pas question de toucher à la fiscalité »

apostrophe45. Un budget pour le réseau routier arrêté à 42,7 millions d’euros…
Pauline Martin. Oui, un budget qui est doublé par rapport à celui de l’année dernière. Il y a aussi de grands projets d’aménagements routiers qui sont prévus, de ponts, etc., mais il y aussi les réfections courantes des voiries. 

apostrophe45. Ce budget 2018 est marqué aussi par un budget d’investissement en hausse de 31 % pour plus de 152,2 millions d’euros. Il n’a pas dû être aisé de trouver de telles ressources financières dans un budget forcément contraint. Comment avez-vous procédé ? 
Pauline Martin. (Rire) En contraignant le reste. Pour moi, c’était un mot d’ordre, il n’était pas question de toucher à la fiscalité, les Français sont suffisamment ponctionnés. Le gouvernement a annoncé un arrêt des baisses des dotations mais il a quand même annoncé en même temps vouloir faire 13 milliards d’économie. Donc, il faudra bien les trouver quelque part ces 13 milliards et vous imaginez bien que si ce n’est pas sur la dotation directe ce sera forcément sur les autres dotations ou péréquations. En ce qui nous concerne, je ne vais pas parler d’un Département exemplaire, mais quand même… Nous sommes dans les très bons ratios en terme de gestion de la masse salariale. On est extrêmement vigilants sur toutes les économies qui peuvent être faites au sein du fonctionnement du Département. Le Département se repense comme beaucoup de collectivités et c’est le moment de le faire, de revoir les pratiques en évitant de doublonner les actions, en interne mais aussi avec un certain nombre de nos partenaires. 

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Pauline Martin dans son bureau au Département. (Photo. apostrophe45)

apostrophe45. Le Département du Loiret a été classé 7ème de France en terme de maîtrise de la masse salariale. Cette gestion se réalise-t-elle dans le dialogue ?  
Pauline Martin. (Sourire) C’est plutôt un joli rang. Oui, je crois que l’on fait un travail extrêmement constructif avec les syndicats parce que tout le monde a bien compris que l’on ne travaille pas les uns contre les autres mais les uns avec les autres. Dans le courant de l’année 2017, on a augmenté le temps de travail, et je ne pense pas que cela ait fait beaucoup de vagues… C’est un travail collaboratif. 

apostrophe45. Est-ce que l’on peut en dire autant de la contractualisation à laquelle l’État vous contraint et qui part du principe que vos dépenses de fonctionnement doivent impérativement être inférieures de 1,2%?
Pauline Martin. Cela pose beaucoup de questions. Moi, je suis plutôt favorable à la contractualisation d’une manière générale. Nous avons reçu les contrats. Nous nous apercevons qu’il n’y a pas de contreparties. Moi, je veux bien la contractualisation mais cela doit être du gagnant-gagnant. Or, nous sommes en capacité de contractualiser sur cette base des 1,2% sauf que, en retour, il n’y a aucune contrepartie. Si les critères de bonne gestion pouvaient être pris en compte d’une manière ou d’une autre par l’État, ce serait plus juste. On demande des marges de manoeuvre. Nous n’avons pas encore amorcé les négociations avec le préfet encore car les contrats sont arrivés la semaine dernière. Ils devraient être signés d’ici les vacances d’été. 

« Oui, l’État est gagnant car il va récupérer les 13 milliards au travers de cette contractualisation »

apostrophe45. Et vous regrettez ce côté unilatéral, manifestement avantageux pour l’État?
Pauline Martin. Oui, l’État est gagnant car il va récupérer les 13 milliards au travers de cette contractualisation, mais on aimerait être aussi gagnant... 

apostrophe45. La réforme constitutionelle qui s'annonce vous inquiète-t-elle ?
Pauline Martin. Oui, voit se dessiner la réforme constitutionnelle et la réforme fiscale avec un certain nombre d’inquiétudes, en particulier sur la taxe foncière que nous perdrons, des questionnements aussi sur la CVAE  - Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. Globalement, nnous avons des inquiétudes sur l’autonomie financière et fiscale des Départements.

apostrophe45. Les priorités de ce budget sont aussi clairement établies par les enveloppes budgétaires dédiées : 27 millions pour les 57 collèges du Département, par exemple. 
Pauline Martin. Oui, avec la création, qui ne se fera pas sur l’année 2018, de trois nouveaux collèges.

apostrophe45. 22 millions d'euros sont aussi consacrés aux EHPAD - Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes - pour en restructurer 22  sur les 68 dans le Loiret. C'est une priroté là aussi ? 
Pauline Martin. Oui, mais nous ne sommes pas les seuls à travailler là-dessus puisque nous avons 3  EHPAD départementaux. Après, nous apportons des subventions. La démarche dans laquelle le Département s’est engagé est une démarche d’accompagnement. 

apostrophe45. L’installation du Très haut débit se poursuit également à hauteur de 13 millions d’euros. On a le sentiment que ce chantier n’en finit pas… 
Pauline Martin. Oui, vaste sujet, et gros investissements pour le Département. On a fait accélérer le process, on a subi les affres, si je puis dire, de rachats SFR, Numéricable, etc., donc on pris du retard, je ne le cache pas. En revanche, on a contractualisé aussi pour rattraper ce retard, donc on devrait accélérer les choses car il y a une énorme attente au niveau des territoires, dans les zones rurales avec les fameuses zones blanches. Les financements sont à la hauteur des ambitions du Département. À terme, nous sommes quand même dépendants des opérateurs. Honnêtement, le dossier avance bien, on est sur 2021 pour la conclusion. 

apostrophe45. Est-ce que, à l’heure des métropoles, la mission des Départements ne réside pas justement dans sa capacité à mettre de l’égalité sur l’ensemble du territoire là où il y en a moins, en zone rurale principalement, en terme d’équipements, de services, d’accompagnement, etc.?
Pauline Martin. Nous sommes, au-delà de la commune, la strate territoriale qu’il faut avec une vision globale nécessaire. Nous avons arrêté un budget de 22 millions d’euros de subventions directes aux communes avec un souci permanent d’équité. C’est fini le temps où chacun voulait sa piscine, son gymnase, nous n’avons plus les moyens. Les gens sont mobiles, et nous avons aussi à travailler sur cette problématique de mobilité. 

« Ces jeunes ne posent pas de problèmes, ils sont souvent extrêmement motivés en terme d’intégration »

apostrophe45. Vous consacrez 15 millions à la préservation de l’environnement alors que ce dossier-là ne fait pas partie des attributions et prérogatives du Département. Marc Gaudet a d’ailleurs beaucoup insisté lors de son discours de présentation du budget sur cet impératif. Pour quelles raisons ? 
Pauline Martin. Nous sommes propriétaires d’un certain nombre de parcs, cours d’eau, etc, et il y a toujours eu historiquement de la part du Département un intérêt pour les problématiques environnementales. Et puis, ça fait partie aussi des centres d’intérêt que nous devons avoir. Là aussi, l’échelle départementale est certainement l’échelle appropriée pour mener une vraie politique environnementale. 

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Chaque jour, dix mineurs étrangers non accompagnés arrivent dans le département du Loiret. (Photo. apostrophe45)

apostrophe45. Autre sujet, potentiellement polémique, l’accueil des mineurs non accompagnés qui sont de plus en plus nombreux à venir dans le Loiret. Quelle est aujourd’hui la position du Département alors que l'État semble comprendre qu'il faut qu'il intervienne lui aussi et qu'il ne vous laisse pas seul face à cet accueil ? 
Pauline Martin. À ce stade, l’État accompagne seulement l’évaluation afin de définir si le jeune qui arrive est majeur ou mineur. Ce qui nous inquiète, c’est l’accompagnement. Il ne suffit pas de les loger, derrière il faut une prise en charge. Ces jeunes ne posent pas de problèmes, ils sont souvent extrêmement motivés en terme d’intégration, de carrière professionnelle, etc. Le Département essaie au maximum de les accompagner et de les pousser. On va s’ouvrir aussi vers les territoires pour les accompagner. Aujourd’hui, on a, budgétairement parlant, ciblé une certaine somme en hausse d’1,8 million, et on remettra de l’argent s’il le faut pour que l’on puisse assurer cet accompagnement. Aujourd’hui, nous avons 400 mineurs étrangers non accompagnés sous notre responsabilité et nous en accueillons une dizaine par jour. Après, tous ne restent pas ici, il y a une répartition qui se fait par département. 

Propos recueillis par Anthony Gautier.