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Le 23 Avril 2018, 15h06

Le sénateur PS Jean-Pierre Sueur fait partie de la délégation qui accompagne Emmanuel Macron en Tunisie, mercredi et jeudi. 

Malgré le retour de la croissance (2 % en 2017), grâce notamment à une reprise du tourisme, le chômage en Tunisie reste supérieur à 15 % et dépasse les 30 % chez les jeunes diplômés.

DÉPLACEMENT - En sa qualité de président du groupe France-Tunisie au Sénat, Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste du Loiret, fait partie de la délégation qui s’est envolée, ce mercredi midi, pour la Tunisie, aux côtés d’Emmanuel Macron. Une visite présidentielle placée « sous le signe de l’optimisme » et « la transition démocratique » dans un pays fragilisé par des difficultés économiques et sociales, sept ans après sa révolution. Et, en effet, pour Jean-Pierre Sueur, les raisons d’être « optimisme » ne manquent pas dans ce pays qui s’est transformé en profondeur, notamment d’un point de vue politique. « Les problèmes sont souvent liés à des difficultés de décollage économique, surtout dans la région du centre et du sud, ce qui renforce le taux de chômage des jeunes diplômés car il y a treize universités en Tunisie et beaucoup d’instituts d’enseignement supérieur. Ces jeunes diplômés espèrent que la France va investir davantage dans leur pays », explique le sénateur socialiste. Et malgré le retour de la croissance (2 % en 2017), grâce notamment à une reprise du tourisme, le chômage en Tunisie reste ainsi supérieur à 15 % et dépasse les 30 % chez les jeunes diplômés.

« Des annonces seront faites sur l’aide au développement, le numérique et le soutien aux PME-PMI»

Selon la présidence française, une série d’accords économiques, sécuritaire, universitaires et culturels seront signés à l’occasion des entretiens avec le président Essebsi et le Premier ministre Youssef Chahed. Le chef de l’État français est ainsi accompagné de son épouse Brigitte, de plusieurs ministres, dont Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères) et Jean-Michel Blanquer (Éducation), de Leïla Slimani, prix Goncourt 2016 et conseillère d’Émmanuel Macron sur la francophonie, ainsi que d’artistes et d’hommes d’affaires français. Le président français participera, notamment, à la première édition du forum économique franco-tunisien, qui réunira une centaine de dirigeants d’entreprises françaises, dont Xavier Niel (Iliad) et Stéphane Richard (Orange). Il devrait se saisir de cette occasion pour encourager les entreprises françaises à investir davantage en Tunisie. « Des annonces seront faites sur l’aide au développement, le numérique et le soutien aux PME-PMI », assure l’Élysée, qui évoque également une reconversion d’une partie de la dette tunisienne vis-à-vis de la France en investissements.

« Les Tunisiens ont réussi à mettre en place une Constitution progressiste unique et essentielle dans le monde arabo-musulman»

Autre raison d’être « optimiste », selon le sénateur Sueur, les avancées démocratiques essentielles entamées par la Tunisie depuis sept ans, même si des tensions sociales ont secoué le pays ces deux dernières semaines. « Ce qui s’est passé en sept ans est tout à fait exceptionnel, les Tunisiens ont réussi à mettre en place une Constitution progressiste unique et essentielle dans le monde arabo-musulman. Elle reconnaît l’égalité homme-femme, elle établit l’indépendance de la justice, met en place une vraie démocratie. Une loi va être votée et elle établira une égalité des hommes et des femmes lors d’un héritage car jusqu’à présent un garçon touchait deux-tiers d’un héritage  et sa sœur un tiers seulement », poursuit Jean-Pierre Sueur. Le chef de l’État s’adressera, jeudi, aux députés à l’Assemblée du peuple et rencontrera des responsables de la dynamique société civile.

« Le tourisme repart, les Français commencent à revenir en Tunisie »

Le déplacement de la délégation française emmenée par Emmanuel Macron se rendra également au Bardo, le musée qui avait été la cible d’une attaque terroriste le 18 mars 2015 et au cours de laquelle 24 personnes ont trouvé la mort. Un lieu que connaît bien le sénateur du Loiret. « Il va être question de lutte contre le terrorisme bien sûr et la Tunisie et la France travaillent en très étroite collaboration sur ce sujet », poursuit-il. Et si la Tunisie a été très durement frappée par le terrorisme, les conséquences économiques ont été également très lourdes pour le pays avec une désaffection touristique majeure. Mais, là encore, il semble que des signes de redémarrage apparaissent. « Le tourisme repart, les Français commencent à revenir en Tunisie et c’est vraiment important. J’avais organisé un débat au Sénat et le but, c’était vraiment de dire qu’il ne fallait pas délaisser la Tunisie »

Reste que les Tunisiens ont manifestement fini également par se lasser des annonces faites lors de visites d’État et qui n’ont pas été, ou très peu alors, converties en actes. « Cela fait des années qu’on parle de l’appui français à l’économie tunisienne, mais on n’en voit pas vraiment les fruits », regrette ainsi Alaa Talbi, directeur du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, cité par France 24. « Il y a déjà eu par le passé des forums économiques avec des chiffres énormes annoncés, mais concrètement, on ne voit pas de changement, ajoute-t-il. La population n’a plus confiance dans ce genre d’initiatives. On est habitué à ces visites et à ces discours qui ne débouchent sur rien. » L’occasion est donc belle pour la délégation française d'apporter cette fois la preuve du contraire. 

A. G.