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Le 14 Novembre 2018, 02h10

Un rassemblement est organisé, jeudi, à 18h30, à Orléans, en hommage à l'octogénaire victime d'un assassinat à caractère antisémite.  

À l’instar d’un certain nombre de personnalités, Hélène Mouchard-Zay souligne que cet assassinat « n’est pas l’affaire d’une communauté, mais de la France entière ».

ABOMINATION - L’émotion est très vive après l’assassinat, vendredi dernier, de Mireille Knoll, une octogénaire rescapée de la rafle du Vel d’Hiv’, dont le corps a été retrouvé, vendredi dernier, en partie calciné et lardé de onze coups de couteau. Ce sont les pompiers qui ont fait cette macabre découverte alors qu’ils intervenaient pour éteindre l’incendie qui s’était déclaré dans son appartement. Appelés sur place, les techniciens du laboratoire central de la préfecture ont, eux, relevé cinq départs de feu.

« Après l’affaire Sarah Halimi, nous sommes de nouveau face à un antisémitisme meurtrier »

Un assassinat dont le caractère antisémite a été très rapidement retenu après l’interpellation de deux suspects, dont un jeune homme de 27 ans, voisin de la victime, qu’elle connaissait depuis l’enfance et qui se rendait régulièrement chez elle. Un des fils de Mme Knoll a d’ailleurs fait  savoir aux enquêteurs qu’il avait aperçu le suspect en compagnie de sa mère le jour du drame. C’est en se rendant sur le lieu du crime, le lendemain, qu’il a été interpellé, puis placé en garde à vue. D’après une source proche de l’enquête cité par nos confrères du Monde, le mobile privilégié par les enquêteurs est celui d’un vol alors même que la victime vivait très modestement. Et l’hypothèse du crime crapuleux ne remet pas en cause le caractère antisémite des faits, notamment parce que l’un des deux suspects connaissait la religion de la victime. Le Parquet de Paris a ainsi ouvert une information judiciaire pour «assassinat à raison de l'appartenance vraie ou supposée de la victime à une religion et sur personne vulnérable».

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Mireille Knoll était parvenue à échapper à la rafle du Vel d’Hiv. 

Ce mercredi a lieu à Paris une marche blanche à l’appel notamment du CRIF. À Orléans, un rassemblement est organisé jeudi, à 18h30, place de la République, à l’initiative du CRIF de la région Centre-Val de Loire et de la LICRA du Loiret. « Après l’affaire Sarah Halimi, nous sommes de nouveau face à un antisémitisme meurtrier qui n’hésite pas à s’en prendre aux plus vulnérables. Ces crimes ne sont pas seulement l’affaire d’une "communauté." Ils sont l’affaire de tous. La mobilisation du pays face à ces crimes odieux doit être unanime et massive », écrivent, de concert, les deux organisations, dans un communiqué de presse. 

« Si elle n’avait  échappé à la rafle du Vel d’Hiv, elle se serait retrouvée dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande »

À titre personnel, Hélène-Mouchard Zay, a publié ces quelques lignes. « Mireille Knoll avait 10 ans en 1942 : si elle n’avait  échappé à la rafle du Vel d’Hiv, elle se serait retrouvée dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, dont on connaît la terrible histoire, ici, à Orléans. La haine antisémite l’a rattrapée, 76 ans après : elle a été retrouvée dans son lit, le corps en partie calciné et lardé de onze coups de couteau. L’abomination…»

« Le mot « communauté » pose problème et son emploi est choquant »

À l’instar d’un certain nombre de personnalités, Hélène Mouchard-Zay souligne que cet assassinat « n’est pas l’affaire d’une communauté, mais de la France entière », alors que certains messages de condoléance sont adressés «à la communauté juive». « Le mot «communauté» pose problème et son emploi est choquant car si chacun ne se lève, ne s’indigne et ne défend des valeurs que par rapport à une appartenance à telle ou telle communauté, c’est contraire à l’esprit de la République et aux Droits de l’Homme », poursuit Hélène Mouchard-Zay.  

Qui était Mireille Knoll ?

Mireille Knoll est née le 28 décembre 1932 à Paris. Elle s’était enfuie avec sa mère avant l’arrestation massive de plus de 13.000 juifs entre les 16 et 17 juillet 1942, lors de la rafle du Vel d’Hiv. C’est un passeport brésilien hérité de son père qui lui avait alors permis de passer la ligne de démarcation et de pouvoir se réfugier au Portugal.  

Après la guerre, elle avait épousé un survivant d’Auschwitz, décédé il y a une quinzaine d’années selon un de ses deux fils. Ils avaient vécu au Canada avant de revenir s’installer à Paris où son mari tenait un atelier d’imperméables dans le quartier du Sentier.

Mireille Knoll habitait seule au deuxième étage de son logement social, avenue Philippe-Auguste, dans le 11e arrondissement de Paris. Souffrant de la maladie de Parkinson, et handicapée par une mobilité très réduite, elle ne sortait de chez elle qu’en fauteuil roulant, accompagnée de son auxiliaire de vie. « Juive de cœur » mais non pratiquante, elle a mené « une vie modeste » d’après sa petite-fille citée dans les colonnes du Monde, élevant ses fils au sein « d’une  famille très ouverte, au contact de plein d’amis de toutes les religions ».

Depuis 2006 et l’assassinat d’Ilan Halimi, onze personnes ont été tuées en France parce que juives. « Cette succession de meurtres nous rappelle que la communauté juive est la cible privilégiée de ceux qui haïssent la République et ses valeurs », a déclaré, de son côté, le président du Consistoire israélite, Joël Mergui.

A. G.