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Le 14 Décembre 2018, 11h41

Hélène Mouchard Zay (photo: apostrophe45)

Mercredi 4 mars, à Paris, historiens et proches de l'œuvre de l'ancien ministre du Front populaire ont donné vie à un « sursaut mémoriel ». Reportage.

L'enjeu de ce colloque : comprendre et décrypter les raisons pour lesquelles Jean Zay a été oublié, en partie, de la mémoire collective de la Résistance avant sa panthéonisation en mai prochain.

Résumé: 

MÉMOIRE. La démarche est presque celle d'une justification historique, ce qui constitue un improbable impératif eu égard à la vie de Jean Zay. Et pourtant, à trois mois de l'entrée des cendres de Jean Zay au Panthéon, avec les dépouilles de Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion, trois autres grands résistants français, historiens et familiers de la biographie de l'ancien ministre de l'Éducation nationale du Front populaire, assassiné par la milice française au cours d'un simulacre de transfert de prison qui était en réalité une exécution programmée, font acte de pédagogie pour rappeler l'œuvre immense et éclectique de Jean Zay, réformateur progressiste talentueux, républicain farouche, et résistant de la première heure condamné par un tribunal militaire à la réclusion à perpétuité pour « abandon de poste en présence de l’ennemi ». Ses réformes, ses engagements, ses convictions, ses combats, sont très peu connus en définitive des Français, un peu moins des Orléanais néanmoins du fait de l'enracinement local de Jean Zay, d'où quelques grincements de dents et crispations suscités par l'annonce de son entrée au Panthéon. Ce mercredi, une journée dédiée à l'œuvre de Jean Zay a été organisée dans le 15e arrondissement de Paris, en présence, notamment, de quelques historiens de renom, et des deux filles de Jean Zay, Hélène et Catherine. 

« Comment Jean Zay peut-il être si peu connu en France alors qu'il a fait tant de choses », Yvan Levaï

« Comment Jean Zay peut-il être si peu connu en France alors qu'il a fait tant de choses pour le monde de la culture, de l'Éducation nationale, des arts », a interrogé Yvan Levaï, simple auditeur de ce colloque. Une question à laquelle l'historien orléanais Antoine Prost a répondu en évoquant les trois « mémoires » qui avaient droit de cité à la sortie de la guerre et dans lesquelles Jean Zay, juif, franc-maçon, membre du Parti radical, et dont, qui plus est, nul ne savait où il se trouvait puisque son corps mutilé n'a été retrouvé et identifié qu'en 1948, ne pouvait trouver place : la mémoire gaulliste, la mémoire communiste et la mémoire pétainiste. En dehors de ces cercles mémoriels, point de salut, et point d'inscription dans la mémoire collective du pays. 

« Avec Catherine, on a senti depuis quelques années un "sursaut mémoriel" qui coïncide avec cette décision de transférer les cendres de notre père au Panthéon », Hélène Mouchard-Zay

« Avec Catherine, on a senti depuis quelques années un "sursaut mémoriel" qui coïncide avec cette décision de transférer les cendres de notre père au Panthéon », analyse Hélène Mouchard-Zay. « Je pense que s'il y a eu cette décision, c'est qu'il y avait déjà cette sorte de réhabilitation. Je suis incapable de dire pourquoi mais on la ressentait depuis quelques années. On sentait un intérêt, au milieu d'une grande ignorance c'est vrai, dans les milieux de l'Éducation nationale, dans les milieux artistiques, dans les milieux populaires. C'est peut-être lié à un contexte aussi puisqu'on me faisait remarquer que Jean Zay représentait une sorte d'icône républicaine, qu'au fond il portait les valeurs de la République dont on parle tellement actuellement, et qu'il faudrait peut-être redéfinir pour savoir de quoi nous parlons. Peut-être le pays a-t-il besoin d'une telle figure »

Dominique Missika, co-auteur d'un film sur l'assassinat de Jean Zay (par apostrophe45).

Aux explications historiques d'Antoine Prost pour tenter de comprendre les raisons de cet oubli national dont Jean Zay a été la victime dans l'historiographie de la résistance française, Hélène Mouchard-Zay apporte également celle de la période de Vichy elle-même, si douloureuse et culpabilisante pour la mémoire française de sorte que la nation a tenté de l'oublier, et avec elle Jean Zay qui en était l'un des résistants captifs.  « Je suis convaincue que la mémoire de Vichy a été tellement difficile et on le voit bien avec les camps du Loiret, que mon père a été oublié pour cela aussi. ll y aussi le fait que son parti politique, le parti radical, est sorti très affaibli de la guerre et n'a pas du tout porté sa mémoire, à l'inverse des socialistes qui ont porté celle de Blum. Et puis, il n'intégrait ni la mémoire de la déportation à l'est, ni la mémoire de la résistance interne puisqu'il était emprisonné. »

Un héritage politique et culturel toujours vivant

La panthéonisation de Jean Zay, annoncée pour le 27 mai prochain, lors de la journée nationale de la Résistance, selon la déclaration faite par François Hollande lors de son discours en hommage à la Résistance, le 21 février 2014 au Mont Valérien, rétablira cette injustice mémorielle. Et permettra aux Français de découvrir l'héritage politique et culturel toujours vivant laissé par Jean Zay, dont la création du Festival de Cannes, l'événement le plus médiatique du monde après les Jeux Olympiques, et dont la paternité n'est pourtant connue de personne ou presque. 

Anthony Gautier

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