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Le 23 Mai 2018, 07h10

Une exposition présentée au Cercil retrace le parcours héroïque de cette femme médecin déportée à Auschwitz qui s'est opposée à Mengele.

L'exposition « Adélaïde Hautval, amie des Juifs » est présentée au Cercil-Musée Mémorial des enfants du Vel d'Hiv jusqu'au 1er avril. 

EXPOSITION - Elle considérait que son arrestation, son internement et sa déportation par les nazis à Auschwitz  était à mettre au compte « d’une succession de circonstances plutôt curieuses ». Si le hasard a voulu, en effet, qu’Adélaïde Hautval, médecin de son état, croise deux soldats allemands sur le quai de la gare de Vierzon en mai 1942 alors qu’elle était en quête de sa valise égarée, le reste de sa vie est le témoignage héroïque, à la fois de sa capacité à dire non aux nazis, mais aussi à faire montre d’une solidarité et d’une empathie sans faille à l’adresse des Juifs martyrisés.

« Adélaïde Hautval sera l’une des seules femmes en France à être déportée à Auschwitz puis à Ravensbrück en tant qu’amie des Juifs »

« Adélaïde Hautval sera l’une des seules femmes en France à être déportée à Auschwitz puis à Ravensbrück en tant qu’amie des Juifs », explique Marion Jouhanneau, médiatrice culturelle pour le Cercil-Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv, qui présente dans ses locaux une exposition intitulée « Adélaïde Hautval, amie des Juifs » jusqu’au 1er avril. 

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Cette femme d’exception entre ainsi de plain-pied dans l’Histoire ce fameux jour de mai 42 où elle croise deux soldats allemands qui dénigrent la France sur le quai d’une gare. Son éducation, son histoire personnelle, sa morale, lui imposent d’intervenir. Avec les risques prévisibles. Elle est aussitôt arrêtée puis emprisonnée à Bourges où elle partage le quotidien des détenus juifs. Femme de caractère, décrite comme discrète mais dotée d’une autorité naturelle, elle exprime sa désapprobation lors du transfert de familles juives par la Gestapo au camp de Beaune-la-Rolande : « Ce sont des gens comme les autres, laissez-les …»  Une intervention qui lui vaudra cette réponse qui va être le fil conducteur tragique des années à venir : « Du moment que vous les défendez, vous partagerez leur sort. ». Une sentence qu’elle avait déjà fait sienne avant même qu’elle ne soit prononcée. « Dans sa cellule, elle est emprisonnée avec une femme juive qui porte l’étoile jaune. Par solidarité, elle se fabrique une étoile en papier et se la coud sur une veste », précise Marion Jouhanneau.   

Internée au camp de Pithiviers, puis dans celui de Beaune-la-Rolande, Adéläide Hautval assiste à l’arrivée massive des familles arrêtées lors de la rafle du Vel d’Hiv, puis à la séparation insupportable des mères et des enfants. Comme elle le peut, avec toujours la même bienveillance et la même détermination, elle prend en charge à l’infirmerie les enfants demeurés seuls. « Elle ne se sentait pas internée mais en mission », dira d'elle Annette Monod. Une attitude qui lui vaut d’être déportée à Auschwitz, depuis Compiègne, le 24 janvier 1943.

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« Elle va s’opposer frontalement à Mengele en ayant évidemment conscience des conséquences pour elle »

En sa qualité de médecin, elle est affectée au funeste block 10 où Josef Mengele, terrifiant médecin nazi, réalise des expérimentations sur la stérilisation des femmes juives. Adéläide Hautval refuse d’y prendre part. « Elle va s’opposer frontalement à Mengele en ayant évidemment conscience des conséquences pour elle », souligne Marion Jouhanneau. En août 1944, Adéläide Hautval est transférée à Ravensbrück, un camp d’où elle ne sortira qu’avec les derniers internés, souhaitant rester jusqu’au bout au chevet des malades. 

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Le reportage de nos confrères de France 3 sur cette exposition est disponible en cliquant ici. 

Réalisée, notamment, à partir de la correspondance épistolaire d’Adéläide Hautval avec sa sœur et de documents issus d’archives familiales, et portée par un documentaire réalisé par Nadeja Tilhou de Cent Soleils, cette exposition retrace le parcours relativement méconnu de cette résistante aussi singulière qu’exemplaire. Après la guerre, on lui refusera ainsi une carte de résistante puisqu’elle n’avait appartenu à aucun réseau. En 1945, Adéläide Hautval a reçu la Légion d’Honneur, et en 1965, la médaille des Justes qui venait juste d’être créée.

A. G.