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Le 25 Mai 2017, 22h12

TRIBUNE - Qui n’a pas rêvé de mettre un grand coup dans la fourmilière politique, de renverser cet échiquier d’un autre temps, de changer de logiciel démocratique ? Emmanuel Macron l’a fait, ou tout au moins il s’y est engagé. C’est la victoire d’un Homme qui comprend la révolution dans laquelle nous entrons, d’un Optimiste qui veut croire que le monde peut être réformé, d’un Audacieux qui n’a pas de limite, d’un Progressiste qui promeut l’esprit de conquête et non d’enfermement sur soi. 

«Alors pourquoi je ne suis pas En Marche ?»

Ce dimanche 7 mai la République l’a emporté et l’extrême droite a été une nouvelle fois boutée en dehors du pouvoir démocratique. Le mouvement populiste européen vient de perdre une bataille mais pas la guerre (la semaine dernière l’extrême droite est entrée au gouvernement bulgare). 

Il ne faudrait pas croire que la France qui a réussi à contenir cette vague n’est plus fracturée. Plus de 10 millions d’électeurs ont voté pour Le Pen, 4 millions de votes blancs ou nuls (près de 12% des suffrages exprimés) et plus de 25% se sont abstenus. C’est le résultat de l’absence de Front Républicain et d’un manque d’enthousiasme certain pour le futur Président. Et, si Emmanuel Macron n’est pas élu par défaut, il n’a pas de véritable majorité sur qui il peut compter pour engager son quinquennat. La « France d’en bas », celle de nos territoires abandonnés, celle des millions de Français qui n’ont pas de travail, ne se sent pas liée par cette victoire d’un Homme « providentiel » et pourrait parfaitement lui faire savoir dans cinq semaines. C’est davantage le républicanisme que le « macronisme » qui a gagné ce second tour des présidentielles. Le nouveau Président de la République ne devra pas l’oublier, comme un de ses prédécesseurs Jacques Chirac en 2002. Ce n’est pas un blanc seing qui lui est donné. 

«La réalité du pouvoir»

Nous allons devoir être très attentifs à ses premières décisions en matière de choix des femmes et des hommes qui vont l’accompagner à remplir sa tâche et des textes législatifs ou ordonnances qui vont être débattus. L’appel généreux à la refondation démocratique va être confronté à la réalité du pouvoir et des rapports de force dans le pays qu’ils soient au Parlement ou dans la rue. Emmanuel Macron ne réussira pas seul dans un dialogue avec les seuls Français qui réussissent. On a bien vu hier soir qu’il n’y avait pas de liesse populaire.

La Vème République est très malade, et nous ne la soignerons pas avec les prochaines législatives, soit en donnant une majorité absolue ou relative au Président qui sera dès le lendemain minoritaire dans le pays, soit en installant une nouvelle cohabitation. 

La France me paraît peu gouvernable sauf à donner trop de pouvoir à un seul homme, le concept du monarque républicain ne répond plus à la donne démocratique actuelle et à la fracturation de l’électorat. Les images au Louvre m’inquiètent car elles montrent la volonté d’Emmanuel Macron de revêtir des habits qui pourraient très vite lui être trop grands. Son score de 24% au 1er tour est bien plus proche de ce qu’il représente que les 66% du 2e tour. Il ne doit pas oublier que sans un pouvoir socialiste usé, un Président de la République trahi par ses proches, un candidat de la Droite rattrapé par des affaires peu glorieuses, il ne serait pas le vainqueur incontestable du jour. Et ce n’est pas parce qu’il aura une majorité parlementaire (cohérente ou de circonstance) dans cinq semaines que le pays tout entier sera derrière lui. La Vème République finissante lui offre encore la possibilité et à lui seul, de trouver le ton, les gestes pour rassembler. En est-il capable, la France n’est-elle pas trop fracturée ou notre démocratie n’attend t-elle un autre mode de fonctionnement ?

«La France me paraît peu gouvernable sauf à donner trop de pouvoir à un seul homme»

Nous aurons les réponses très rapidement, mais quoiqu’il arrive il y aura une et mêmes plusieurs oppositions au nouveau pouvoir... c’est la règle et c’est sain. Nous ne sommes pas tous d’accord sur la construction européenne, sur l’immigration, sur la place du travail, sur l’écologie... Le débat démocratique doit avoir lieu, et pas seulement une fois tous les cinq ans. Nos élus ont un mandat que nous devons pouvoir leur contester s’ils s’écartent de la feuille de route établie entre eux et nous. 

Nous avons tous envie de croire à un renouvellement des pratiques démocratiques tellement ces deux dernières décennies ont été néfastes pour la grande majorité de nos concitoyens. Emmanuel Macron a pris la lourde responsabilité de redonner un cap à notre démocratie, de faire en sorte que tous nos territoires, tous les citoyens puissent espérer un avenir meilleur. Cet engouement, classique les soirs d’élection, ne doit pas nous faire oublier que son programme économique est libéral et par conséquent défavorable aux plus faibles, que sa volonté de réformer le code du travail ne rassemble pas une majorité politique cohérente, et que les majorités de projet à géométrie variable ne s’inscrivent pas dans la durée. Qu’en est-il de la transition écologique ? Ce sujet majeur et incontournable n’a pas eu la réponse politique que nous pouvions espérer, nous ne réussirons pas en courant après une croissance traduisant toujours plus de production carbonée et de consommation infernale.

«Un monde à bout de souffle»

Je suis persuadé qu’Emmanuel Macron a la conscience de vivre dans un monde à bout de souffle, et nous ne pouvons que lui donner raison sans pour cela accepter que le nouveau monde nécessitera toujours plus de souffrance, d’inégalité et de privation mal partagée. Je ne suis pas convaincu par l’intégralité de son projet, en particulier sur tout ce qui touche au travail, mais je veux croire que ces prochaines années seront utiles à la transition provoquée par cette IIIème révolution industrielle. Emmanuel Macron, en tant que progressiste et européen, peut nous faire parcourir un bout de chemin en favorisant l’intégration de la France à l’économie numérique et son appropriation par les jeunes en  réformant totalement l’éducation. Il faudra simplement le moment venu faire en sorte que le plus grand nombre soit bénéficiaire, en particulier les plus jeunes qui vont bâtir l’Europe de demain. 

J’espère qu’un nouveau mouvement politique va naître dans les prochains jours afin de porter cette espérance d’une société démocratique, écologique, sociale et européenne en dehors d’une majorité présidentielle fort disparate. Un mouvement qui saura soutenir l’action du Président lorsqu’elle servira l’intérêt des Français qui souffrent, et s’opposer au Parlement, dans les urnes ou dans la rue lorsqu’elle favorisera sans contrepartie la minorité qui bénéficie de la mutation numérique. La liberté pour tous, l’égalité pour les plus faibles et la fraternité pour les oubliés. 

Fabrice Van Borren,
Citoyen engagé