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Le 21 Juillet 2018, 07h47

Olivier Carré, maire (LR) d'Orléans, a justifié le choix de son invité au nom de l'audace et du renouvellement de la classe politique.

Difficile exercice oratoire pour Olivier Carré : rendre hommage à celles et ceux qui « font bouger les lignes » sans donner le sentiment de promouvoir l'action politique d'un homme de gauche. 

ANAPHORE. D’un côté un ministre de l’Economie qui tient à démontrer qu’il ne fait pas cavalier seul malgré l’évocation, à peine dissimulée, d’une ambition personnelle majeure, de l’autre, un député-maire d’Orléans (LR) qui tient à justifier le choix de cet invité d’un autre camp politique au nom d’une confiance à accorder « à la nouvelle génération », les deux discours prononcés au pied de la cathédrale, dimanche 8 mai, ont eu des résonnances communes, toutes en sous-titres et allusions voilées, des interactions égotistes et libérales, avec, pour illustrer les deux rhétoriques, le récit national de Jeanne d’Arc en toile de fond.

« Oui, la France a besoin d’audace, de bouger les lignes et les conformismes »

Prisonnier d’une certaine manière d’un choix qu’il devait assumer, et expliquer aux Orléanais à la tribune, Olivier Carré a conjugué l’éloge de l’« audace », de « la jeunesse » au passé et au présent, ce qui est passé, entre les lignes, pour un hommage rendu à l’action politique d’Emmanuel Macron, ou du moins à sa volonté de « faire bouger les lignes » et de faire de la politique autrement. Un homme de droite qui salue l’engagement politique d’un homme de gauche, Jeanne d’Arc fait décidemment des miracles à Orléans.

« Oui, la France a besoin d’audace, de bouger les lignes et les conformismes. Monsieur le Ministre, vous le savez, des femmes et des hommes qui osent, il en existe, avec de fortes convictions et du courage, peu importe le parti pris sinon celui de la France et la confiance dans son avenir. L’esprit de Jeanne est de se rassembler », a déclaré Olivier Carré, alors même que cinq parlementaires LR - présents dans la tribune officielle au moment des discours - avaient décidé de boycotter ensuite le cortège au motif, précisément, qu’Emmanuel Macron le présidait.

« La France a aujourd’hui besoin de cette audace, l’audace qui consiste à faire confiance en une nouvelle génération qui porte sur le monde un regard neuf et conquérant »

Usant d’anaphores – la figure de style aujourd’hui présidentielle -  avec le mot « audace », Olivier Carré a mis en avant une nouvelle manière de faire de la politique, émancipée des clivages habituels et des atavismes séculaires. « Jeanne a osé croire au moment où de renoncement en renoncement tout semblait figé ; la France a aujourd’hui besoin de cette audace, l’audace qui consiste à faire confiance en une nouvelle génération qui porte sur le monde un regard neuf et conquérant ; l’audace qui fait le pari de l’humanisme (…), l’audace qui choisit le progrès, la liberté, et la responsabilité face au repli sur soi, l’audace qui permet de fédérer les femmes et les hommes de bonne volonté et de construire des majorités de progrès », a ainsi souligné le député-maire (LR) d’Orléans, par ailleurs soutien fervent de Bruno Le Maire dans la primaire à droite. Un autre homme, de droite celui-là, qui incarne pour le maire d’Orléans, à l’instar d’Emmanuel Macron, la nouvelle génération en politique.

Appelant, au nom de Jeanne d’Arc, à ce nécessaire renouvellement de la classe politique française, qui doit faire l’audace du rassemblement, Olivier Carré a finalement politisé un discours johannique sans l’enfermer dans aucun parti. Histoire de dire que lui aussi incarne cette génération en marche. 

Anthony Gautier