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Le 17 Décembre 2018, 00h49

Devant le Premier ministre, Olivier Carré a rendu hommage à l'action gouvernementale après avoir salué le courage de Mathilde. 

« Le racisme n’a jamais sa place en France, a fortiori lorsqu’il s’agit de fêter la plus belle figure de notre roman national », Olivier Carré.

EN LIGNE DE MIRE - Jusqu’au bout, Mathilde aura dû montrer sa capacité de résistance. Résister d’abord à la bêtise raciste qui a un terrain de jeu tout trouvé sur les réseaux sociaux, et résister ensuite, ce 8 mai, aux attaques ardentes d’un soleil qui faisait briller son armure autant qu’il devait opprimer son souffle. Il fut d’ailleurs beaucoup question de Mathilde dans les deux discours prononcés sur le parvis de la cathédrale avant la chevauchée de la jeune femme dans les rues d’Orléans. Des discours, il faut le dire, qui ne resteront pas dans l’histoire de ces fêtes, contrairement à celui de Malraux en 1961 sur cette même estrade surplombant la rue Jeanne-d’Arc, et largement cité par Édouard Philippe, le Premier ministre, l’invité d’honneur de cette édition 2018. 

 « J’ai une pensée toute particulière pour Mathilde, Jeanne 2018, que je salue pour son courage et son sourire»

« J’ai une pensée toute particulière pour Mathilde, Jeanne 2018, que je salue pour son courage et son sourire. Il est la meilleure arme contre la bêtise de tous ceux qui n’ont compris ni le sens de nos fêtes ni le sens de son engagement. Le racisme n’a jamais sa place en France, a fortiori lorsqu’il s’agit de fêter la plus belle figure de notre roman national », a ainsi déclaré Olivier Carré, la voix éraillée par l’émotion, dans une allocution très courte, moins de sept minutes, ce qui doit constituer un record de concision dans cet exercice municipal que certaines années, les différents maires qui ont eu à la charge de se l’approprier, ont su transformer en tribune vibrante et inspirée. 

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(Crédits photo. DR)

Évoquant les insultes dont Jeanne a été victime, le Premier ministre a dressé, lui aussi, un parallèle avec Mathilde. « On l’insulte aussi, beaucoup, dans des termes très crus, des insultes, des termes qui, six siècles plus tard, sont visiblement les seules choses de ce lointain passé qui n’aient pas disparues. En tous les cas si j’en juge par les bûchers qu’on allume en général de manière anonyme sur les réseaux sociaux », a ainsi souligné le Premier ministre. 

Hommage «à celle et ceux qui s’engagent dans le forces de sécurité française pour défendre leur pays et leurs compatriotes»

Pour le reste, il fut naturellement beaucoup question d’unité et de liens, de nation et d’Histoire de France, de résistance et de sacrifice. « Dans cette histoire sombre, tragique, surgit le plus inattendu des visages, celui d’une femme dans un monde d’hommes, celui d’une paysanne, fille d’un laboureur de Domrémy dans un monde de castes et d’hérédité, celui d’une habitante d’une terre à l’époque à peine français, ou alors uniquement par le jeu subtile et flou des liens de suzeraineté », a déclaré Édouard Philippe qui a tenu à rendre un « hommage appuyé » à « tous ces Français qui, à un moment de leur existence, pour des motivations qui leur appartiennent ou parce que les circonstances l’exigent, ont choisi de faire passer la défense de leurs valeurs et de leur pays, avant leur vie », et au premier rang desquels Arnaud Beltram, dont l’évocation du nom a été ovationnée par les Orléanais. Tout comme ont été chaleureusement applaudis ces « milliers de jeunes hommes et de jeune femmes », cités dans la foulée par le Premier ministre, « guère plus âgés que l’héroïne que nous célébrons aujourd’hui (qui) s’engagent dans le forces de sécurité française pour défendre leur pays et leurs compatriotes. Une démarche qui est tout aussi profonde et valeureuse que celle de Jeanne d’Arc, a fortiori à une époque où l’individualisme règne en maitre.»

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(Crédits Photo. DR)

« Persévérez dans la voie que vous avez choisie »

S’il fut question d’actualité récente et d’Histoire, de récupération du mythe de Jeanne d’Arc à travers laquelle « s’expriment notre génie, nos divisions, nos faiblesses, nos excès et nos facilités », dixit Édouard Philippe, la politique a été soigneusement tenue à l’écart des discours des deux orateurs. Excepté cette phrase, loin d’être anodine, lâchée en guise de conclusion par le maire d’Orléans, candidat - encore sans étiquette- à sa succession, et qui n’est pas loin d’obtenir officiellement l’adoubement de La République en Marche auquel il aspire. « Monsieur le Premier ministre, cher Édouard, depuis presque un an vous êtes en charge du gouvernement de la France. Persévérez dans la voie que vous avez choisie car j’y reconnais cette ténacité qui a forgé les grandes décisions pour notre pays. Cultivez l’audace, conservez votre courage et restez passionné par la France. Elle le mérite », a ainsi lâché Olivier Carré. À l’évidence, l’échéance de 2020 est désormais à portée d’arbalète.

A. G.

 

Pas un métier facile... 

De mémoire de journaliste « localier », ce 8 mai a constitué une première. C’est en effet la première fois que les journalistes étaient  tenus à distance de la tribune officielle, regroupés, en fonction de trois niveaux d’accréditation dont il est toujours bien mal aisé de comprendre le fonctionnement tout comme la distribution, sur une estrade située à plusieurs dizaines de mètres du parvis de la cathédrale. Avec l’impossibilité ensuite de suivre la déambulation du Premier ministre dans les rues d’Orléans. Autrement dit, le pseudo « laissez-passer » porté bien en évidence en bandoulière, constitue une entrave et nullement une facilité pour exercer son métier de journaliste. Résultats des courses : difficile, sinon impossible, de prendre des photos susceptibles d’illustrer un papier, ce qui explique que les photos publiées dans cet article n’ont pas été prises par la rédaction. En outre, il est évidemment très compliqué, dans ces conditions, de témoigner des échanges qui ont pu avoir lieu, le long du défilé, entre le Premier ministre et les Orléanais puisque seule une poignée de confrères était autorisée à suivre le cortège officiel. 

Après, il ne s’agit pas de mésestimer, dans le contexte actuel, des menaces d’attentats ou de troubles sociaux. La mairie d’Orléans a manifestement dû se plier aux exigences de Matignon quant à la place, et à l’emplacement, réservés aux médias. Pour autant, il y avait assurément moyen de laisser les journalistes travailler avec une plus grande liberté à condition de bien vouloir laisser la communication de côté. Curieusement, les « communicants » avaient eux une place de choix auprès d’Édouard Philippe. Et sur les réseaux sociaux, les photos du Premier ministre prononçant son discours devant la cathédrale d’Orléans étaient postées avant même que les journalistes n’aient le temps, eux, de regagner leur rédaction…