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Le 17 Décembre 2017, 20h43

Depuis le 2 août, les ressources produites par notre planète pour l'année ont été consommées. Le regard de Marie Cugny-Seguin.

 

« Il est impératif d’organiser la chaîne de recyclage et de limiter l’usage de matériaux. Le système «prendre, consommer, jeter» n’est plus possible, aujourd’hui. »

UNE VIE À CRÉDIT - Le 2 août, l'humanité a officiellement consommé toutes les ressources produites par notre planète pour l'année. En effet, chaque année depuis 1971, les hommes consomme toujours plus vite l'ensemble des ressources que la Terre peut renouveler en une année. Elle vivra donc «à crédit» jusqu'au 31 décembre. Désormais, nous consommons en une année l’équivalent de 1,7 fois ce que la Terre peut produire. En 2050, ce sera deux Terres dont nous aurons besoin pour survivre. Un terrible constat atténué en partie par le fait que la solution est dans tous les cas la même: prendre des mesures drastiques pour faire baisser les rejets de CO2. apostrophe45 a interrogé Marie Cugny-Seguin, ancienne adjointe au maire à l’Environnement à la Ville d’Orléans et ex-chargée de mission au ministère de l’Écologie.

apostrophe45. L’humanité vit à crédit depuis le 2 août, sauf qu’un jour la banque Terre ne prêtera plus. Quels sont les risques majeurs ?
Marie Cugny-Seguin.
Les risques sont relativement importants en matière de ressources naturelles. Par ressources, beaucoup pensent immédiatement aux métaux mais il y a aussi une ressource naturelle exceptionnelle en voie d’exctinction qui est la biodiversité : ce sont des réservoirs de gènes, ce sont des chaînes alimentaires qui s’effondrent ; on le voit avec les abeilles. Derrière la biodiversité, il y a tout un ensemble de ressources. En ce qui concerne la problématique des ressources, notamment le pétrole, ce n’est, de toute façon, qu’une affaire de temps. Les ressources de la planète ne sont pas illimitées. Sans compter qu’il n’y a pas un milieu épargné sur la planète par la pollution. Toutes les ressources sont désormais atteintes (…) Pour faire un sol, il faut des millions d’années, ça dépend où l’on se trouve. Dans un sol, il y a de la biodiversité, il y a du carbone, le sol filtre l’eau, etc. Dès lors, n’oublions jamais que la nature nous rend service. Il faut raisonner aujourd’hui en termes de services écosystématiques qui nous permettent tout simplement de vivre. Pensons en termes d’interdépendances.

«Comment arrivera-t-on à nourrir la population quand nous serons 9 milliards d’humains ?»

apostrophe45. Comment consommer et produire différemment alors ? La solution est pourtant à notre portée pour inverser la vapeur.
Marie Cugny-Seguin. 
Quand on sera 9 milliards sur Terre, on consommera évidemment de plus en plus. Les classes moyennes augmentent dans le monde. De ce fait, et c’est légitime, elles ont envie de consommer et d’avoir un niveau de vie suffisamment élevé. Mais en même temps, c’est une demande supplémentaire de ressources. Il est donc très important de recycler tout ce qu’on utilise et sensibiliser les industriels à utiliser moins de matériaux pour la fabrication de certains objets. Il est également primordial de préparer en amont le recyclage car il y a des matériaux qui sont difficilement recyclables. Il est alors impératif de réfléchir et d’organiser la chaîne de recyclage et de limiter l’usage de matériaux. On consomme encore beaucoup trop et mal.  Le système «prendre, consommer, jeter» n’est plus possible, aujourd’hui. La question des ressources sera surtout tendue pour la nourriture. Comment arrivera-t-on à nourrir la population quand nous serons 9 milliards d’humains ? Il faudra totalement changer notre mode d’alimentation et évidemment manger moins. Et éviter de gâcher la nourriture.

apostrophe45. Il y a urgence à consommer et à produire autrement. Sommes-nous à un point de non-retour ?

 

apostrophe45. Vous restez optimiste malgré cette information qui doit tous nous alerter ?
Marie Cugny-Seguin. 
Je reste optimiste car l’Homme a su faire des avancées en la matière. On est capable de changer les choses, de produire mieux. À part Donald Trump, il y a une prise de conscience mondiale du changement climatique. Ça tracasse tout le monde. Il y a ensuite des technologies qui évoluent et qui se diffusent. Mais les progrès et les changements sociétaux sont lents. 

apostrophe45. Sauf que le temps presse…
Marie Cugny-Seguin. 
Oui mais atteindrons-nous vraiment les 9 milliards d’êtres humains sur Terre ? Peut-être qu’il y aura des régulations en termes de natalité, peut-être aussi qu’il y aura des épidémies eu égard au changement climatique ou quelque chose d'autre en termes de rupture. Sur le plan de la prospective, tout peut se passer. On peut tout imaginer. Ce que je peux dire, c’est que les sociétés peuvent choisir leur avenir écologiste. Donc, selon moi, tout est possible. 

Propos recueillis par Richard Zampa