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Le 16 Octobre 2018, 05h54

Les quatre pôles de compétitivité que compte la région vont-ils réussir le nouvel examen de passage? En cas d'échec, ils perdront le label.

L’État a demandé aux 71 pôles de compétitivité de faire la preuve, d’ici le 19 octobre, de leur solidité financière, de leur impact économique et de leur ancrage local. Faute de quoi, ils perdront leur label. Dans la région, seule Cosmetic Valley est à l’abri d’un recalage.

STOP OU ENCORE  ! - Créés il y a quatorze ans, les pôles de compétitivité vont rentrer, à compter du 1erjanvier prochain, dans la 4èmephase de leur développement. Une étape cruciale puisque, à l’issue de l’examen du nouveau cahier des charges édicté par l’État, seuls les bons élèves vont conserver ce label, et donc les finances publiques et le rayonnement potentiel qui l’accompagnent. L’enjeu est donc primordial. 

En région Centre-Val de Loire, quatre pôles de compétitivité ont vu le jour depuis 2004 : Cosmetic Valley (cosmétiques et parfums), Élastopôle (caoutchouc), Dream (eau et milieux aquatiques) et S2E2 (énergie). Or, sur ces quatre pôles, un seul, Cosmétic Valley, est assuré aujourd’hui de conserver son titre puisqu’il répond haut la main aux critères arrêtés par l’État : un nombre d’adhérents supérieurs à 150 et en progression depuis trois ans ; un taux de financement privé supérieur à 50%, et en croissance sur les cinq dernières années ; et des projets innovants et collaboratifs ayant déjà obtenu de la part de l’État ou du FSI des crédits d’au moins 10 millions d’euros entre 2013 et 2018. Bref, pour Édouard Philippe, qui a fait l’annonce de cette nouvelle procédure de labellisation le 21 juin dernier, il s’agit de sélectionner les pôles de compétitivité capables de se positionner à une échelle européenne, la seule qui vaille pour exister. 

« On veut des pôles plus internationaux, avec un modèle économique plus robuste »

« Avec cette nouvelle feuille de route, l’objectif est d’augmenter l’ambition, la puissance des pôles de compétitivité. Certains ont critiqué leur nombre trop élevé, là, il n’y a pas de fixation du nombre mais on veut des pôles plus internationaux, avec un modèle économique plus robuste car il faut maintenant aller chercher des crédits européens », explique Patrice Greliche, directeur de la Direccte. « Dès 2004, on a dit que la participation de l’État ne serait pas éternelle et qu’elle n’avait pas vocation à financer éternellement du fonctionnement.» D’ici trois ans, l’enveloppe accordée par l’État aux pôles de compétitivité sera réduite de moitié et l’Europe devrait prendre la relève pour les nouveaux lauréats.

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Fin septembre, François Bonneau, président de la région Centre-Val de Loire, entouré des responsables des pôles de compétitivité et du directeur de la Dirrecte. (Photo. apostrophe45)

Manifestement, les exigences de ce nouveau tour de table ne sont pas de nature à inquiéter Christian Combeau,vice-président délégué de Cosmetic Valley : « Nous sommes arrivés à 500 adhérents et notre terrain de jeu est mondial avec un chiffre d’affaire global de 450 milliards d’euros. Que peut-on faire de plus ou de mieux ? L’ouverture de la Maison de la cosmétique à Chartres en 2019 porte notre volonté de développer la recherche sur le maquillage connecté. L’idée est de renforcer cette partie-là et d’aller vers la beauté connectée, en lien avec le volet « recherche » à Orléans ».

« On ne veut pas imaginer que demain on ne soit pas retenu comme pôle de compétitivité »

Si l’horizon est dégagé pour Cosmetic Valley, il est plus menaçant pour les trois autres pôles de compétitivité régionaux qui, lucides sur leurs limites actuelles, œuvrent à trouver des alliances avec leurs homologues installés dans d’autres régions. Et le temps est compté. « Aujourd’hui, seul, on remplit 70% des critères. On ne veut pas imaginer que demain on ne soit pas retenu comme pôle de compétitivité mais si ça devait être le cas, on serait dans la contrainte budgétaire de se replier sur nous-mêmes. C’est à l’inverse de notre ambition de développement »,confie René Revault, président d’Élastopôle. Et pour éviter ce revers qui résonnerait comme un coup d’arrêt, le pôle régional travaille à une candidature unique avec Plastipolis en Auvergne-Rhône-Alpes et Materalia dans le Grand-Est. 

Même calcul et même volonté de procéder à des regroupements stratégiques interrégionaux pour Dream. « Nous sommes trois à travailler sur l’eau : Aqua-Valley en Occitanie, Hydréos dans le Grand-Est, et nous. On fonctionne déjà depuis trois ans de manière assez conjointe et amicale en se partageant des informations et en reconnaissant les spécificités des uns et des autres. L’appel à candidature est une opportunité pour structurer cette collaboration et l’ancrer dans le dur », reconnaît Marc Brugière, président de Dream, dont le pôle ne compte actuellement qu’une centaine d’adhérents. Bien insuffisant donc pour obtenir le renouvellement du label.

« La transformation de l’économie suppose de nouvelles alliances et de nouveaux déploiements »

Enfin, le pôle de compétitivité S2E2, mise sur une stratégie aux allures de compromis : certes, le pôle s’est rapproché en 2017 de Capenergies en région PACA, de Derbi en Occitanie, et de Tenerrdis en Auvergne-Rhône-Alpes, mais son directeur souhaite porter une candidature autonome, même si S2E2 ne satisfait pas à l’ensemble des critères. « On y répond à 80%, et l’on sait qu’il y aura une tolérance. Nous avons 170 adhérents avec une croissance  depuis l’origine ; nous sommes juste à l’équilibre en 2017 puisqu’on est presque à 50% de privé, mais nous n’obtenons pas le critère de trois années consécutives ; sur le montant des projets de 10 millions, on est tranquille car nous sommes à 14 millions »,assure Thierry Allardadministrateur pour S2E2. « On doit trouver au niveau européen des compensations face au désengagement de l’État. La continuité de la labellisation est donc majeure »,concède-t-il.

De son côté, la Région, consciente de l’enjeu que représentent pour le tissu industriel ces quatre labels, a maintenu son enveloppe de 700 000 euros annuels en soutien au fonctionnement. Pour autant, elle appelle aux initiatives de regroupement. « Il ne s’agit pas de regarder dans le rétroviseur mais de renforcer une approche interrégionale. La transformation de l’économie suppose de nouvelles alliances et de nouveaux déploiements », indique François Bonneau, le président de la collectivité.

En décembre, les résultats de l’appel d’offre seront connus. Pour chaque pôle, l’enjeu est simple : c’est stop ou encore !

Anthony Gautier avec La Lettre Valloire