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Le 27 Mai 2018, 17h51

Les questions budgétaires de l'armée ont été au cœur de l’université d’été de la Défense à Toulon avec toutefois quelques bizarreries.

 

Le nouveau patron des armées, le général Lecointre a mis en garde : on demande trop aux armées (la mobilisation après Irma n’arrangera pas les choses) et il faut en finir avec «  les réflexes de régulation budgétaire sauvages (…) qui détruisent la cohérence de la loi de programmation militaire (ndlr. pluriannuelle) et les budgets annuels. »

CALCUL MENTAL - La communauté de la défense (*) a fait, elle aussi, sa rentrée. C’était à Toulon, les 4 et 5 septembre, pour sa traditionnelle Université d’été. Pas si traditionnelle, pourtant, cette année : nouvelle ministre, nouveau chef d’état-major des armées, nouveau délégué général de l’armement et une foule de nouveaux députés, dont un grand nombre élus sur la vague République En Marche.

Cette édition a aussi été très marquée par un absent : le général de Villiers, ancien patron des armées qui a démissionné en juillet. Son nom était dans toutes les conversations privées mais comme interdit en dehors !

Le nerf de la guerre

La démission du général de Villiers avait jeté la consternation dans les armées. Le président Macron a tenté de rassurer ses troupes, quelques jours plus tard, à Istres, en annonçant une hausse sensible des budgets de la défense pour les prochaines années.

Florence Parly, la nouvelle ministre (ancienne de Bercy) en a remis une louche, à Toulon : «  Le président a pris la décision historique d’augmenter notre effort de défense ». Et de redire que le budget 2018 sera en progression de 1,8 milliard d’euros, celui de 2019 et les suivants jusqu’en 2025 étant augmentés de 1,6 milliard d’euros chacun. La ministre insistait sur la promesse présidentielle d’avoir atteint 50 milliards d’euros d’augmentation en 2025, soit 2 % du PIB. Dit ainsi, c’est réellement impressionnant.

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Mais si l’on regarde de plus près, on constate deux étrangetés. La première, c’est que le président s’engage pour 2025, alors qu’il n’est (pour l’instant) président que jusqu’en 2022. Que vaut son engagement pour les trois années suivantes ? La seconde étrangeté est mathématique : la somme des augmentations annoncée ne fait pas 50 milliards, mais 45 milliards. C’est déjà beaucoup mais ce n’est pas l’objectif promis et pourtant martelé.

«En arrivant, nous avons trouvé une situation calamiteuse»

En ce qui concerne les 850 millions d’euros ponctionnés sur le budget 2017, Florence Parly, évidemment au nom du président Macron, l’a justifié en une phrase : «  En arrivant, nous avons trouvé une situation calamiteuse. » Les nouvelles majorités disent toutes cela mais venant d’un ancien ministre des finances du gouvernement précédent, c’est plus étonnant.

Le nouveau patron des armées, le général Lecointre a mis en garde : on demande trop aux armées (la mobilisation après Irma n’arrangera pas les choses) et il faut en finir avec «  les réflexes de régulation budgétaire sauvages (…) qui détruisent la cohérence de la loi de programmation militaire (ndlr. pluriannuelle) et les budgets annuels. »

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Général Lecointre.

C’est justement pour avoir dénoncé cette régulation sauvage de 850 millions d’euros que le président de la République avait publiquement humilié le général de Villiers le 13 juillet avant que celui ne démissionne le 18. Le général Lecointre est toujours en place : le président Macron ne sait peut-être pas très bien compter mais il sait qu’il ne peut se permettre, politiquement, une deuxième démission de chef d’état-major de ses armées.

BB

(*) Ministère de la défense (ministre et conseillers), armées, industriels de la défense, élus des commissions défense de l’Assemblée et du Sénat, journalistes spécialisés