Le pure-player qui vous sort de votre quotidien

Le 21 Juillet 2018, 08h08

Le préfet du Loiret assiste, ce mercredi, à la présentation de la police de sécurité du quotidien qui ressemble à l'ancienne police de proximité.

« Il y a eu un choc culturel entre la police de proximité, dont la vocation était d'éviter les délits avant qu'ils ne soient commis, et les Bac (brigades anti-criminalité) qui ne vivent que pour les flagrants délits », témoigne, sur le Huff Post, Jean-Louis Herreros, chef d'Etat-major au commissariat de police de Marseille au début des années 2000.

VERS QUELLE POLICE ? — Orléans deviendra-t-elle ville pilote de la nouvelle police du quotidien, l’une des promesses de campagne d’Emmanuel Macron ? En tout cas, le préfet du Loiret et de la région Centre-Val de Loire, Jean-Marc Falcone, ex-patron de la Direction générale de la police nationale, s’est rendu, à la demande du chef de l’État, à Paris ce mercredi, « comme tous les préfets » et autres directeurs départementaux de la police, commandants de groupement de gendarmerie et cadres du ministère de l'Intérieur, pour assister au grand dévoilement du dispositif de la police de sécurité quotidienne. 

Alors, la « PSQ » n’est-elle qu’une police de proximité qui ne veut pas ditre son nom ? D’après Emmanuel Macron, il ne s’agit pas là de faire un « remake » de la police de proximité mise en place par Lionel Jospin en 1998 avant sa suppression en 2003. 

Dans les pas de la police de proximité ?

L’objectif de la « pol prox » était de lutter plus efficacement contre la délinquance, en rapprochant la police de la population, au plus près des territoires. Une philosophie qui n'est pas sans rappeler ce que fut (ou ce qu'aurait dû être) la police de proximité, née à la fin des années 90 pour combattre le sentiment d'insécurité. Testée dans quelques villes en 1998, la nouvelle doctrine est vite étendue à 62, puis 468 circonscriptions, prioritairement dans les quartiers difficiles. Bref, la « pol prox » se voulait, sur le papier, une police visible, humaine, rassurante car préventive mais aussi capable d'intervenir dans n’importe quelle situation et donc d’être répressive.

Sauf que faute de moyens financiers et de temps de formation, les polices secours ont été déshabillées pour habiller la police de proximité. « Il y a eu un choc culturel entre la police de proximité, dont la vocation était d'éviter les délits avant qu'ils ne soient commis, et les Bac (brigades anti-criminalité) qui ne vivent que pour les flagrants délits », témoigne, sur le Huff Post, Jean-Louis Herreros, chef d'Etat-major au commissariat de police de Marseille au début des années 2000. Les Bac seront alors les premières à se féliciter de la fin du dispositif qui ne survivra pas à l'alternance. En généralisant le dispositif sous la pression des élus locaux qui réclamaient leurs policiers de proximité, Lionel Jospin était contraint de passer d'une réforme de structure à une stratégie dite de « saupoudrage », délayant les effets escomptés.

Un tournant en 2003 sous Sarkozy

Lorsque Nicolas Sarkozy est ensuite nommé ministre de l'Intérieur en 2002, il impose, comme à son habitude, sa doctrine, conspuant le «laxisme» et «l’angélisme» de la politique préventive de la gauche pour lui substituer «la culture du résultat» fondée sur des objectifs chiffrés et donc essentiellement répressifs. Ce que déplorent aujourd’hui les syndicats de police, pas plus tard que mardi dans les rues d’Orléans.

En effet, s’il est facile de comptabiliser le nombre de plaintes reçues ou de crimes élucidés, il existe en revanche un trou noir statistique pour recenser les infractions évitées. Car, contrairement aux flagrants délits, la prévention ne se mesure pas. 

Parallèlement, les différents rapports de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) flinguent une doctrine mal installée, accusée de mettre en péril les policiers qui, du coup, rechignent à s'implanter durablement dans leurs territoires. Et demeurent cloisonnés dans leur hôtel de police, ne sortant que pour les interventions. 

On se souvient du poids des mots de Nicolas Sarkozy et du choc des images à l’occasion d'un match de rugby organisé par une police de proximité à Toulouse : « Organiser un match de rugby pour les jeunes du quartier, c'est bien, mais ce n'est pas la mission première de la police. Vous n'êtes pas des travailleurs sociaux. »

Il convient de souligner que les actions sociales des polices de proximité étaient marginales mais l'attaque a fait mouche, installant durablement l’idée d'une police compromise, laxiste et impuissante face à une délinquance violente à laquelle Nicolas Sarkozy promet une répression à coups de « kärcher ».

Effets pervers

C’est aussi à cette époque que les municipalités, dont celle d’Orléans, investira dans des polices municipales de plus en plus professionnelles, suppléant les absences de la police nationale.

Les représentants syndicaux Unité-SGP Police FO et Alliance dénonçaient, mardi, les effets pervers de la politique du chiffre qui incite des policiers à privilégier les mains courantes pour ne aggraver les statistiques dont dépend la carrière de leurs supérieurs hiérarchiques.

À cela s’ajoutent, à partir de 2007, les coupes franches dans les effectifs de police au nom de l'application de la RGPP. Seule la menace terroriste interrompt cette érosion. Sauf que dix ans plus tard, le spectre de la "pol prox", lui, réapparaît sur le devant de la scène. Mais pour ne pas réitérer les erreurs du passé, encore faudra-t-il doter la police de sécurité du quotidien de vrais moyens.

Une trentaine de villes se sont déjà portées candidates à l'expérimentation qui doit être lancée début 2018, dont Lille, Grenoble, Toulouse, Saint-Denis ou Aulnay. Toutes espèrent renouer "une relation de confiance et d'estime" entre la population et la police.