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Le 25 Avril 2018, 18h09

Les échecs électoraux associés aux clivages internes ont eu raison de l’unité qui avait présidé à la victoire de Serge Grouard en mars 2014.

« Il n’y a pas de renouvellement. Les Républicains pêchent de ce côté-là, et la parité n’est pas quelque chose non plus qui intéresse beaucoup les Républicains et cela s’est confirmé pour les sénatoriales », Muriel Chéradame. 

LA FIN D’UN CYCLE - La droite orléanaise semble bel et bien éparpillée « façon puzzle », aujourd’hui, à l’approche de l’élection du nouveau président des LR. Entre celles et ceux qui ont rendu leur carte, celles et ceux qui ont pris leur distance vis-à-vis des Républicains, et enfin, celles et ceux qui regardent avec gourmandise vers d’autres formations politiques, le temps de la splendeur de la droite locale, unie et conquérante, a bel et bien vécu. Et, de manière symbolique, le choix d’Olivier Carré, maire d’Orléans et président de la métropole, de rendre sa carte des Républicains il y a quelques mois, après le naufrage du candidat Fillon à la présidentielle, et les tensions liées à la primaire, en dit long sur cette droite locale qui a manifestement perdu sa boussole. 

Elle semble bien lointaine cette unité qui avait présidé, au moment des élections départementales, à la très large victoire des élus de la majorité municipale orléanaise - qu’ils soient LR ou centristes (UDI) d’ailleurs -, tous élus ou réélus dans de larges proportions, qu’il s’agisse d’Olivier Geffroy, de Muriel Chéradame, de Jean-Pierre Gabelle, de Nathalie Kerrien, d’Alexandrine Leclerc, ou encore de Nadia Labadie. Sans doute le dernier scrutin qui prolongeait une sorte d’état de grâce de la droite locale après l’élection, dès le premier tour, de Serge Grouard, aux élections municipales en mars 2014.

Chéradame a quitté les Républicains, Lagarde fait «une pause»

L’adjointe au maire d’Orléans, Muriel Chéradame, justement, a choisi, elle aussi, de délaisser son engagement auprès des LR. « J’ai rendu ma carte après les élections législatives car je n’étais pas d’accord avec la manière dont les investitures ont été données. Il y a des gens très compétents, ce n’est pas la question, mais il n’y a pas de renouvellement. Les Républicains pêchent de ce côté-là, et la parité n’est pas quelque chose non plus qui intéresse beaucoup les Républicains et cela s’est confirmé pour les sénatoriales », explique l’élue qui votera, malgré tout, le 10 décembre, pour élire le prochain président. Et elle ne votera pas pour le grand favori de ce scrutin, Laurent Wauquiez. « Je voterai car j’ai payé mes cotisations et qu’elles m’ont coûté 150 euros par mois. Je considère donc que j’ai mon mot à dire. Et je voterai pour Maël de Calan. Laurent Wauquiez, ce n’est pas l’ouverture que je défends. Et puis Maël de Calan incarne justement du renouvellement », poursuit l’élue en charge de l’urbanisme pour la ville d’Orléans. Ceci étant, si Muriel Chéradame a quitté les Républicains, il n’est pas question pour elle de rejoindre La République en Marche. « Non, je ne suis pas en Marche pour autant ; les investitures d’En Marche ont été faite à l’emporte-pièce mais ça a quand même permis d’avancer sur les questions de parité et de renouvellement », argue-t-elle. 

La droite locale a manifestement perdu son centre de gravité

Filloniste loyal et fidèle jusque dans le naufrage, Serge Grouard a été vu auprès de Laurent Wauquiez, en Sologne, il y a quelques semaines, au moment de la fête de la violette organisée par Guillaume Peltier, fervent soutien du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes dans cette élection. Pour autant, interrogé sur le vote qui sera le sien en décembre prochain, Serge Grouard ne souhaite pas s’exprimer, et préfère même rester aujourd’hui, publiquement du moins, en dehors des conflits internes et des ambitions affichées par les uns et les autres. Localement, avec le retrait de la vie politique du sénateur Doligé, et le désengagement de Serge Grouard, la droite LR n’a plus de porte-voix. Sans parler d’Hugues Saury, président du Département pour quelques jours encore, qui a été élu sénateur sans l’étiquette LR, en présentant une liste dissidente face à celle de Jean-Noël Cardoux. La droite locale a manifestement perdu son centre de gravité même si elle est parvenue à conserver d’extrême justesse trois députés et un sénateur. 

Candidat malheureux aux élections législatives, Charles-Éric Lemaignen reste fidèle, quant à lui, à son crédo juppéiste : « C’est bien qu’il y ait plusieurs candidats. Dans ma logique, j’étais juppéiste et je soutiens dans cette même logique Maël de Calan à qui j’ai apporté mon parrainage. Je ne me retrouve pas totalement dans la ligne politique de Laurent Wauquiez, après je suivrai, comme je l’ai toujours fait, le choix des militants du parti. J’ai une loyauté à laquelle je tiens », lâche l’élu orléanais. 

Geffroy fait la synthèse

L’adjoint au maire et conseiller départemental, Olivier Geffroy, fait, quant à lui, la synthèse dans la mesure où il reste fidèle à son parti (LR) ; qu’il a parrainé le candidat Maël de Calan « pour des raisons de diversité » et qu’ « il est probable qu’(il) vote Laurent Wauquiez » à la présidence LR. « Je renouvelle ma confiance en cette famille parce que je veux y croire (…) J’aimerais que l’on cesse les querelles de chapelles et que l’on puisse, malgré les courants, pouvoir se rassembler et discuter pour éviter l’éparpillement du parti », lance-t-il, quelques semaines après s’être rendu, lui aussi, à la fête de la Violette.

À l’évidence, ce scrutin ne rencontre pas un enthousiasme délirant de la part des élus encartés, et ils ne sont finalement plus beaucoup à l’être. Ce qui est révélateur, aussi, de la profonde crise que traverse ce tout jeune parti, fondé sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy en 2015. Localement, même François Lagarde, conseiller municipal d’Orléans et vice-président de la Métropole, pourtant considéré comme un élu engagé, a décidé de s’accorder « une pause ». Il n’a en effet pas souhaité renouveler son adhésion chez les LR « en début d’année ». Et s’explique : « Je n’ai pas réadhéré en début d’année à cause du contexte particulier de la campagne présidentielle et parce que j’étais inquiet sur le devenir du parti. J’ai d’ailleurs vécu la présidentielle et les législatives avec beaucoup de recul. » Mais François Lagarde, qui se « sent plus proche de Laurent Wauquiez que des autres candidats à la présidence du parti », n’exclut pas de renouer prochainement avec sa famille politique, d’autant que le départ des « Constructifs », ajouté au devenir (pas forcément positif, selon lui) du gouvernement, redonneraient potentiellement des couleurs aux Républicains.

Ayant figuré à la deuxième place sur la liste du sénateur LR (sortant, investi et réélu) Jean-Noël Cardoux, Muriel Sauvegrain, première ajointe au maire d’Orléans, demeure de facto fidèle aux Républicains même si, au sein de la fédération, elle n’est pas connue pour être une grande militante politique. « Elle était surtout une militante de Grouard », lâcheront certains.

À l'automne 2017, la droite orléanaise, usée et dépourvue de chef, est traversée par les courants, lesquels font plutôt penser à des trous d’air. La première fois depuis seize ans. Faut-il alors y voir la fin d’un cycle ?

La rédaction