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Le 19 Octobre 2017, 09h16

La Catalane Nathalie Bofarull-Briand témoigne après les violences policières pour empêcher le référundum sur l’indépendance de cette région.

« Il y a eu plus de 700.000 voix volées, dimanche, par la police espagnole », Nathalie Bofarull-Briand, vivant en banlieue de Barcelone.

INDEPENDANCE DAY - Les indépendantistes et plus largement le peuple catalan redescendent dans la rue, ce mardi 3 octobre, répondant à une grève générale, afin de montrer au gouvernement espagnol toute leur détermination. Deux jours après les violences policières pour empêcher la tenue du référundum d’autodétermination interdit par Madrid, les habitants de cette région d'Espagne sont appelés à cesser le travail, comme en témoigne Nathalie Bofarull-Briand, nièce du docteur Jean-Paul Briand à Orléans. Dimanche, la police et la garde civile sont intervenues dans une centaine de bureaux de vote pour saisir les urnes et les bulletins de vote. « Ce type d’opération s'est fait dans la violence », déplore-t-elle, ayant tenu à glisser, dimanche, son bulletin de vote dans l’urne. Plus de 800 personnes ont été blessées. Témoignage en direct de Barcelonne.

apostrophe45. C’est jour de grève mardi et mercredi en Catalogne. Redoutez-vous les débordements et les violences comme ce fut le cas dimanche ?
Nathalie Bofarull-Briand. On arrête l’activité économique de la Catalogne pour manifester contre la brutalité de la police espagnole survenue lors du vote de dimanche. Tout le monde appuye cette grève. Franchement, je ne crains pas les débordements. Le 11 septembre dernier, il y a déjà eu des manifestations à Barcelone pour l’indépendance de la Catalogne. Il y avait plus de 1,5 millions  de personnes dans les rues et il n’y a pas eu une seule poubelle brûlée.

«Plus de 2.200 policiers espagnols en Catalogne»

apostrophe45. Madrid a toutefois montré, dimanche, un visage plus ferme, plus violent aussi. Le contexte a changé au lendemain du référendum.
Nathalie Bofarull-Briand. Maintenant, ça ne dépend pas de nous, les Catalans. On a montré notre pacifisme. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la police est toujours là avec plus de 2.200 policiers espagnols dans les rues en Catalogne. On est en état de siège.  

apostrophe45. Étiez-vous dans la rue dimanche lors de ces affrontements avec la police espagnole ?
Nathalie Bofarull-Briand. Je suis allée voter et on a eu de la chance. Nous étions sous la menace. Nous savions que tout pouvait arriver mais notre bureau de vote était protégé par la police catalane. J’ai des amis qui, eux, ont enregistré des images terribles des affrontements. C’est choquant. 

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apostrophe45. Ce sont des images justement que les Catalans n’avaient pas vu depuis 20-30 ans.
Nathalie Bofarull-Briand. J’ai 45 ans, je suis née sous le franquisme et depuis cette sombre période, je n’avais jamais vu ça.

apostrophe45. Pour vous, l’État espagnol a-t-il perdu son sang-froid ?
Nathalie Bofarull-Briand. Madrid a perdu le contrôle de la situation. Si ce référendum s’était déroulé dans le calme, il y aurait encore la possibilité d’entrouvrir un dialogue, voire des négociations. Mais là, après tout ce qu’on a vu et enduré, ce n’est plus possible. En réalité, les policiers ont commencé par détruire les bureaux de vote les plus importants, là où les trois ou quatre politiciens du gouvernement catalan devaient se rendre. C’est comme cela que tout a commencé. On a vu leurs intentions. Il faut bien savoir que des politiciens ont été arrêtés, puis conduits devant un juge !

«Les bulletins pour le référendum d’indépendance de la Catalogne ont été imprimés en France»

apostrophe45. Comment expliquez-vous que Madrid ait perdu ses nerfs à ce point ?
Nathalie Bofarull-Briand. En fait, le gouvernement espagnol a vu que c’était du sérieux. Et malgré son interdiction et le siège policier instauré, il s’est rendu compte que le peuple catalan était capable de s’organiser seul et d’appeler le peuple aux urnes. 

apostrophe45. Et quelle est cette histoire d’urnes cachées en France ?
Nathalie Bofarull-Briand. Les bulletins pour le référendum d’indépendance de la Catalogne ont été imprimés à Elne et cachées en France (Pyrénées-Orientales) chez des particuliers. Ils y ont été stockés, comme les urnes, pour éviter leur saisie - soit six milions de bulletins et la majeure partie des urnes. Une dizaine de véhicules de Catalans ont été nécessaires pour transporter les bulletins. 

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apostrophe45. Les dirigeants de la Catalogne, une région grande comme la Belgique où vivent 16% des Espagnols, ont annoncé qu'ils envisageaient sérieusement de déclarer l'indépendance une fois confirmée la victoire du "oui ». Une division de l’Espagne est-elle crédible, possible même, selon vous ? 
Nathalie Bofarull-Briand. On est 7,2 millions de Catalans et la Catalogne a toujours regardé en direction de l’Europe. Elle a toujours défendu l’Europe. Le problème, c’est que 50% des trains qui circulent en Catalogne sont obsolètes alors qu’il n’y en a que 4% à Madrid ; il y a 50% des bourses à Madrid contre 5% en Catalogne. La Catalogne représente 21% du PIB espagnol et l’on vit un vrai déséquilibre. 

«Les Catalans ne sont pas un peuple violent»

apostrophe45. Vous pensez qu’il n’y a plus de possibilité de retour à la normale ? 
Nathalie Bofarull-Briand. J’aimerais que Madrid fasse des propositions mais les politiciens au gouvernement de Madrid ne vont jamais accepter de négocier.

apostrophe45. Comment voyez-vous les emaines, les mois à venir ?
Nathalie Bofarull-Briand. Durs. Mais on va lutter. Dimanche, il y a eu plus de 2,5 millions de votes mais plus de 700.000 voix ont été volées par la police espagnole et la garde civile qui, je le rappelle, est un groupe militaire. Les Catalans ne sont pas un peuple violent et je suis sûr qu’on obtiendra un moyen pacifique pour obtenir notre indépendance. On est cependant prêts à faire des sacrifices. 

Propos recueillis par Richard Zampa